Homme de l’ombre ayant largement contribué à la création des « Croisières Citroën », la vie d’Adolphe Kégresse est digne d’un roman. Méconnue du grand public, cette dernière est au cœur d’une exposition tout à fait exceptionnelle inédite à Rétromobile
L’homme de l’ombre, génie des croisières Citroën
Homme de génie dont les inventions ont abondamment pris part au développement de l’automobile et de son histoire, le nom Adolphe Kégresse n’en reste pas moins répétons-le, hélas inconnu de la majorité du grand public.Eclipsée par ses inventions et partenaires commerciaux de renom, la vie de cet ingénieur aventurier s’annonce pourtant aussi passionnante que tumultueuse.De sa Franche-Comté natale à sa collaboration avec André Citroën, en passant par son rôle de conseiller du Tsar Nicolas II et son abdication suite à la Révolution d’Octobre, cette dernière se retrouve au cœur d’une rétrospective inédite situé à Rétromobile sur le pont des expositions du plus beau garage éphémère du monde. Pour l’occasion ce ne sont pas moins d’une dizaine de véhicules autochenilles, imaginés par Adolphe Kégresse lui-même, qui traverseront les pans de l’histoire mécanique afin de venir rendre un hommage vibrant à leur créateur.UN PEU D HISTOIRE ..
Adolphe Kégresse, itinéraire de vie d’un génie méconnu
Cela ressemble à un compliment. A la veille de sa mort, et alors que la firme automobile portant son nom vient de tomber entre les mains de Michelin, André Citroën annonce à sa famille que lorsque sa santé le permettra, il lancera une nouvelle affaire avec deux associés : Ettore Bugatti et Adolphe Kégresse.Si la passion de l’automobile et de la technique ne les avait pas réunies, André Citroën et Adolphe Kégresse ne seraient sans doute jamais rencontrés.Ces deux hommes sont aux antipodes. Autant le premier est mondain et joueur, autant le second préfère les fêtes de famille et déteste les jeux d’argent.Homme d’une grande simplicité, Kégresse n’aimait rien tant que pique-niquer. « Enfin, je peux manger le poulet avec mes doigts », disait-il.Adolphe Kégresse, de la suite dans les idées…
La vie de André Kégresse a des accents romanesques. Il est le fils de Gustave Adolphe Kégreisz, directeur d’une filature d’Héricourt, et de Sophie Emilie Buchter qui tient un commerce d’étoffe.Une erreur lors de la déclaration de sa naissance, le 2 juin 1879, à l’état-civil de Héricourt, situé entre Montbéliard et Belfort, lui vaut de prendre le nom de Kégresse.Le garçon grandit en développant une passion pour la mécanique. A l’école pratique et d’industrie de Montbéliard où ses parents l’ont inscrit, ses dons se perfectionnent.Pendant son service militaire, il installe un moteur sur un vélo et donne ainsi naissance à l’un des tous premiers vélomoteur de l’histoire.C’est sa première invention. Il y en aura d’autres. De retour à Héricourt, il entre chez Jeanperrin, un petit constructeur d’automobiles. Il gravit rapidement les échelons mais André Kégresse rêve de mondes nouveaux…Un aventurier au service de sa majesté le Tsar Nicolas II
Sous la pression d’un compatriote, il prend la direction de la Russie en 1903. A Saint-Pétersbourg, la compagnie de chemins de fer l’embauche comme maître mécanicien.C’est là que son destin bascule. Un matin, alors qu’il travaille sur les voies, le train impérial, à bord duquel se trouve le Tsar Nicolas II, s’immobilise sur une plaque tournante bloquée par le gel. Il intervient et débloque l’aiguillage.Son action a été repérée par un membre du voyage princier qui décide de l’engager comme mécanicien dans les garages du Tsar. Tout le monde souligne la qualité de son travail, mais également son inventivité et sa personnalité.Adolphe Kégresse est discret, d’une grande disponibilité et d’une honnêteté sans faille. Ses qualités sont récompensées :il est nommé directeur technique de l’ensemble des services automobiles du Tsar Nicolas II en 1905. Il prend alors la tête d’une équipe composée d’une vingtaine de mécaniciens.Sa proximité avec la famille impériale s’est vérifiée lorsque le Tsar le conduit à épouser Héléna Moniakoff, veuve d’un officier de l’armée impériale. De cette union naissent Sonia en 1904, Elisabeth en 1906 et Valentin Adolphe en 1908.Sa mission ne se limite pas à l’entretien du parc automobile impérial. Il est sollicité pour trouver une solution qui permettrait au Tsar de continuer à pratiquer la chasse aux loups l’hiver.La neige molle et profonde provoquait l’enlisement des véhicules à la hauteur des marchepieds. C’est alors qu’il a l’idée de fixer des skis sur le train avant et d’installer une courroie sur le train arrière pour propulser le véhicule sans peine sur la neige et en tout terrain.Perfectionné, son système breveté en 1913 donne naissance aux chenilles souples. Adolphe Kégresse et André Citroën, ou la rencontre qui changea une vie
Après avoir servi l’armée Russe au début de la Première guerre mondiale, Adolphe Kégresse est obligé de fuir la Russie avec sa famille au début de la révolution bolchévique.Il trouve refuge en Finlande. Sa situation ne le convenant pas, il rentre à Héricourt en 1919 avec pour seul viatique son brevet de chenilles souples.A sa demande, Georges Schwob d’Héricourt, homme d’affaire et ingénieur ayant présidé la société des engrenages Citroën, lui présente Jacques Hinstin, concessionnaire exclusif pour la Seine et Oise de Citroën et associé à André Citroën dans la société d’engrenages.Lors d’une fraîche matinée d’octobre 1920, André Citroën assiste sur un terrain accidenté de Saint-Denis à une démonstration de trois Type A équipés par Hinstin de chenilles Kégresse.Immédiatement conquis, Citroën déclare « cette invention est à moi. » Il s’en assure l’exclusivité en déposant un brevet sous le nom « Citroën-Kégresse-Hinstin ».Un département Autochenilles voit alors le jour et de spectaculaires démonstrations sont rapidement organisées dans les Alpes et les Pyrénées.L’invention de Kégresse participe à l’image de marque de la firme aux chevrons. Kégresse gravit les marches de l’hôtel Régina au volant d’une Citroën équipée des chenilles, faisant ainsi la Une des journaux.Les autochenilles Kégresse ouvrent de nouvelles perspectives à la firme du quai de Javel.Quel coup de pub : le système des chenilles permet à Citroën de se lancer dans de grandes explorations.A la traversée du Sahara en décembre 1922 succèdent la croisière Noire, de 1924 à 1926, puis la croisière Jaune, de 1931 à 1932.Ces expéditions n’auraient bien entendu pas été envisageable sans Adolphe Kégresse qui met au point les véhicules. Parmi les plus proches collaborateurs de Citroën, l’ingénieur franc-comtois parcourt le monde pour faire découvrir son système. Gilles GAIGNAULTPhotos : Joel Jean ZERBIB – Thierry COULIBALY – Bernard BAKALIAN -Jean-Claude JACQ
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