” CHARLES, GÉRARD, JEAN-CLAUDE … ET LES AUTRES “
Nous avions déjà rencontré Vendredi, le jour de ses 88 ” balais ” , celui qui consacra sa vie à Moto-Guzzi dans son magasin de la rue des Laitières à Vincennes, aux sides-cars et à la sécurité au sein de la FFM, dont il présida la commission d’honneur. Barbe blanche, traditionnel nœud ” Pap’ ” un calembour toujours malicieux :” Vous apprendrez cher ami qu’à mon âge les raideurs se déplacent ”Charles Krajka, l’unique, était là comme Président d’honneur de ce Bol d’or, avec un œil toujours pétillant, aguerri sur le déroulement de la pesée des machines en entrée des stands. [caption id="attachment_408655" align="aligncenter" width="828"]
Charles KRAJKA – Photo / Michel PICARD[/caption] Nous n’aurions sans-doute pas assez de temps pour saluer ce Samedi toutes ces légendes qui enfilaient gants et casques, avec ces gestes tant de fois répétés au long de leurs brillantes carrières.Jean-Claude Chemarin, vainqueur à 4 reprises (1976 avec Alex Georges puis 77, 78 et 79 avec le régretté et inoubliable Christian Léon) n’avait pas omis de nouer son foulard fétiche jaune d’or.Je me remémore une arrivée dantesque des 24 Heures de Barcelone 79, qu’il venait de remporter avec Christian Léon, où son cher papa, sauva son fiston d’une asphyxie en dénouant ce foulard que les aficionados voulaient lui arrache[caption id="attachment_408653" align="aligncenter" width="828"]
Jean-Claude CHEMARIN – Photo : Michel PICARD[/caption] Comment ne pas avoir une pensée émue pour tous ceux qui ont porté haut le bol un jour et qui nous ont quitté depuis, emportés par cette passion dévorante tels Christian Léon donc mais aussi Michel Rougerie, Georges Godier, Jean Lafond, Bruno Bonhuil, Yasumoto Nagaï, Thierry Tchernine, Steve Hislop, Anthony Delhalle…Le bruit assourdissant des 4 cylindres chauffait l’ambiance et les cœurs battaient la chamade en échos. Gérard Debrock était déjà casqué, un heaume encore facilement identifiable, remis au goût d’une époque où un design faisait toute la carrière, donc l’identité de son pilote . [caption id="attachment_408650" align="aligncenter" width="791"]
Gérard DEBROCK – Photo : Michel PICARD[/caption]
Debrock enfourcha la Japauto rouge N°1, avec laquelle il remporta les Bol 72 avec Roger Ruiz et 73 avec Thierry Tchernine. Ah! Roger Ruiz quel force de la nature. Roger n’a pas changé du temps où sortant d’un relai des 24 heures de Montjuich à Barcelone, il courait se doucher pour mieux repartir le relai suivant, là où d’autres tiraient la langue d’épuisement, allant parfois jusqu’au renoncement. [caption id="attachment_408652" align="aligncenter" width="791"]
Roger RUIZ – Photo / Michel PICARD[/caption] Rappelons aux plus jeunes, que les équipages composés de trois pilotes datent de 1982 et que le Bol d’or se disputa même seul … jusqu’en 1952 !Ruiz, le rusé, nous rappela qu’il pilotait dans la brouillard, de nuit, sur le grand tracé de Spa-Francorchamps, en comptant dans sa tête pour négocier les virages à l’aveugle!Chemarin ne pouvait pas s’empêcher de se remémorer ses débuts avec Debrock et leurs victoires aux 1000kms de Mettet 73 puis les 24 Heures de Liège 74 sur la Honda 860, déjà managée par Jean-Louis Guillou, venu en voisin – il vit à côté du circuit du Castellet- revivre ces récits toujours précis, alors que 50 ans ont défilé au compteur …Le “Captain” Guillou que tous “ses” pilotes saluent respectueusement autant que Dominique Méliand, l’homme aux 15 couronnes mondiales obtenues avec Suzuki.Gérard Debrock et Jean-Claude Chemarin, plus jeune de dix ans fondèrent d’ailleurs ensemble l’écurie “Delta Charly” mettant en commun sponsors et savoirs afin de courir en vitesse également. [caption id="attachment_408649" align="aligncenter" width="828"]
Gérard DEBROCK et Jean-Claude CHEMARIN – Photo Michel PICARD[/caption][caption id="attachment_408648" align="aligncenter" width="806"]
Gérard DEBROCK et Jean-Claude CHEMARIN – Photo Michel PICARD[/caption][caption id="attachment_408647" align="aligncenter" width="818"]
Jean-Louis GUILLOU et Jean-Claude CHEMARIN – Photo Michel PICARD[/caption]” RETROUVEZ LES COPAINS ÇA NOUS FAIT DU BIEN ! “
Chemarin nous confiait : « C’est toujours une très grande émotion de remonter sur cette RCB surtout ici au Castellet sur un circuit qui m’a fasciné avec des victoires, des chutes aussi où j’ai goûté …à quelques virages de près (rires). Je ne garde que les bons souvenirs. Retrouvez les copains ça nous fait du bien. Nous en avions besoin! »[caption id="attachment_408658" align="aligncenter" width="828"]
Jean-Claude CHEMARIN – Photo : Michel PICARD[/caption] La Honda Japauto de l’écurie de Christian Vilasceca était voisine encore aujourd’hui avec la Honda RCB du HRC mais également avec leur vénérable aînée : celle qui remporta le Bol du renouveau en 1969 avec Michel Rougerie – décédé en course le 31 mai 1981 lors du GP de Yougoslavie – et Daniel Urdich, ce dernier présent aussi à ce rendez-vous avec l’histoire du Bol d’or. [caption id="attachment_408659" align="aligncenter" width="828"]
Daniel URDICH – Photo / Michel PICARD[/caption] Cette ” 4 pattes ” 750 cc N°61, parfaitement restaurée gagna le Bol 69, disputé à l’époque sur l’autodrome de Linas-Montlhéry, alors que les premiers modèles ne furent commercialisés en France qu’un mois plus tard . C’est d’ailleurs à partir de ce moteur réalésé à 860 cm3 que fut obtenu la cylindrée de la Honda d’endurance de 1974.1974 marqua une avancée technologique avec cette superbe Kawa Godier-Genoud au cadre spécial conçu à l’IUT d’Amiens pour une meilleure accessibilité et une meilleure tenue de route. Alain Genoud est là toujours aussi méticuleux, en bon Suisse qui se respecte, avec cette Kawasaki GG qui lui permit de remporter avec Georges Godier, les Bols d’or 74 et 75.Tout est aussi nickel qu’au premier jour avec cet amortisseur unique, la fourche Ceriani, les pinces Brembo, les jantes, les disques de frein et maitre-cylindre arrière JPX. Avec ses deux phares de 55 watts et ses 200kgs en ordre de marche, cette Godier – Genoud en impose encore. [caption id="attachment_408668" align="aligncenter" width="797"]
Alain GENOUD – Photo : Michel PICARD[/caption][caption id="attachment_408663" align="aligncenter" width="828"]
Alain GENOUD – Photo : Michel PICARD[/caption][caption id="attachment_408662" align="aligncenter" width="828"]
Alain GENOUD et Georges GODIER – Photo : Michel PICARD[/caption]HONDA – JAPAUTO, KAWASAKI GODIER-GENOUD, HONDA COULON SDVM …DES MACHINES ET DES HOMMES
L’œil était humide chez Jean-Pierre Oudin qui, avec Patrick De Radigues, remporta l’édition 84, sauvant peut-être ainsi le SERT car l’usine Suzuki se retira avec le titre 83 en poche mais revint sur cette décision en 85. Une autre époque … [caption id="attachment_408661" align="aligncenter" width="756"]
Jean-Pierre OUDIN – Photo : Michel PICARD[/caption] Oudin nous rappela l’histoire de cette Honda Coulon jaune et verte, aux couleurs Yacco, parfaitement restaurée et au guidon de laquelle il monta avec Gérard Coudray sur la troisième marche du podium des 24 heures de Liège 1979, une épreuve chère à son organisateur Jean Patinet du RAC Junior.Aujourd’hui trésorier de la FM Wallonne de Belgique, Jean Patinet organise les 4 heures Liège Classics sur le circuit de Mettet. [caption id="attachment_408665" align="aligncenter" width="823"]
Jean PATINET – Photo : Michel PICARD[/caption] Oudin retrouvait quarante-trois ans plus tard des sensations identiques sur le Ricard :« C’est une super journée. Je ne regrette surtout pas d’être venu car en plus j’ai mon petit-fils qui est là dans les tribunes. Il y a plein d’émotions qui reviennent. Cette machine est celle de la saison 80, avec un cadre PEM fabriqué par Edouard Morena, mono amortisseur, roues Campagnolo, avec un super bon moteur. Il a encore du potentiel. Bravo à André Talichet qui l’a restauré. Evidemment les motos ont évolué mais pour l’époque, Guy Coulon avait bien élaboré cette machine qui aura une suite avec la Honda SDVM toujours à cadre PEM. En 81, avec Gérard Coudray, nous avions pris la 3ème place aux 24 H du Mans. » [caption id="attachment_408669" align="aligncenter" width="804"]
Dominique MELIÀND et Jean-Pierre OUDIN – Photo : Michel PICARD[/caption] Cette SDVM, nous la retrouvions justement aux mains de Jean-Claude Jaubert vainqueur du Bol d’or 1981 avec Dominique Sarron, qui sauvèrent l’honneur de Honda France avec une 998 plus fiable. Nous les avions déjà vu les “Jeunots” remporter en 80, le Bol d’Argent ici même au Ricard. [caption id="attachment_408667" align="aligncenter" width="828"]
Jean-Claude JAUBERT – Photo : Michel PICARD[/caption] Tous les anciens vainqueurs présents n’avaient pas la chance de pouvoir enfiler un cuir et de chevaucher une moto de légende. Jean-Claude Chemarin et Jean-Pierre Oudin n’étaient pas peu fiers de pouvoir se présenter avec des combinaisons d’époque et de claironner qu’ils n’avaient pas pris un gramme depuis, sinon quelques cheveux blancs !Tous se sont vu offrir un superbe blouson estampillé ” ‘Bol d’or 100 ans’ avec leurs noms brodés et la possibilité d’effectuer un tour de circuit comme passager de beaux cabriolets Anglais. Ainsi de Daniel Urdich (1969), à Roger Ruiz (1972), en passant par Jean-Michel Mattioli (87, 89, 90) , Guy Bertin (83), Raymond Roche (83), Alex Vieira (85, 88, 89, 90), Christian Lavieille (96, 99, 2001), Sébastien Gimbert (2002, 2003 , 2007), William Costes (96), Fabien Foret (2015), Jean-Michel Bayle (2002, 2003) et Vincent Philippe (2004, 2005, 2006, 2008, 2009, 2010, 2011, 2016, 2019). Tous avaient répondus à l’invitation pour fêter ce Bol du Centenaire ! [caption id="attachment_408642" align="aligncenter" width="828"]
Les pilotes de légendes du BOL d’or – Photo Michel PICARD[/caption][caption id="attachment_408641" align="aligncenter" width="828"]
Guy BERTIN – Photo : Michel PICARD[/caption][caption id="attachment_408640" align="aligncenter" width="828"]
Jean-Michel MATTIOLI – Photo : Michel PICARD[/caption][caption id="attachment_408672" align="aligncenter" width="828"]
William COSTES – Photo : Michel PICARD[/caption] Jean-Marc Delétang, victorieux, lui, en 1993 avec Suzuki et en 2000 avec Yamaha, et aujourd’hui premier assistant à la direction de course, pris juste le temps de poser pour la postérité mais Julien Da Costa (2008, 2012) ne put l’imiter trop pris par son nouveau rôle d’ingénieur chez Dunlop. [caption id="attachment_408644" align="aligncenter" width="746"]
Lionel LABRANCHE, ravitailleur – Photo : Michel PICARD[/caption]LE GRAND LIVRE DES RECORDS
C’est à Messieurs Maurice Vimont (AMCF) et Bruno Nardini (Moto Revue) que nous devons principalement le retour de cette compétition d’endurance qui connue deux interruptions durant la seconde guerre mondiale (1940 à 1946) et lors du creux de la vague de la pratique de la moto en France (de 1961 à 1968).Gustave Lefèvre remporta seul ces 5 Bol d’or d’après- guerre (1948, 49, 50, 51, 53) puis deux autres encore associé à Georges Briand (1956 et 1957) toujours au guidon des Norton Manx.Les Britanniques Dickie, Smart, Tait et Pickrell firent triompher en 1970 et 1971, la marque Triumph.Dominique Sarron, dont nous regrettions l’absence, remporta à sept reprises le Bol, comme son illustre aîné “Tatave ” Lefèvre. Alex Vieira et Matthieu Lagrive comptent six victoires précédant Terry Rymer qui totalise cinq victoires et Jean-Claude Chemarin avec quatre succés.Vincent Philippe est le recordman absolu avec la bagatelle de… NEUF succès tous obtenus avec le Suzuki Endurance Racing Team, dont quatre victoires consécutives de 2008 à 2011, tout comme Vieira de 1988 à 1991 et Chemarin de 1976 à 1979, pour Honda . [caption id="attachment_408643" align="aligncenter" width="828"]
Vincent PHILIPPE le recordman absolu de victoires au BOL – Photo : Michel PICARD[/caption]Depuis 1969, Suzuki remporta dix-huit Bol d’or et devance Honda avec quinze victoires, Kawasaki onze, Yamaha cinq, Triumph et Japauto deux. [caption id="attachment_408639" align="aligncenter" width="786"]
Mathieu LAGRIVE – Photo : Michel PICARD[/caption] Nous avons pris un grand plaisir à revoir d’autres ‘légendes’ comme Jacques Luc, Christian Bourgeois, Hervé Moineau, Philippe Monneret, Stéphane Chambon, a qui le Bol d’or s’est refusé à leurs brillants palmarès . [caption id="attachment_408645" align="aligncenter" width="822"]
Philippe MONNERET et Christian BOURGEOIS – Photo : Michel PICARD[/caption]
Jacques LUC – Photo / Michel PICARD
Franck GROSS et Pierre- Etienne SAMIN – Photo : Michel PICARD[/caption] Tous les pilotes interrogés se souviennent des années de leurs succès au Bol d’or, tant une victoire marque à vie .Dix pilotes pouvaient cette année améliorer leurs scores: Lagrive, Leblanc, Guarnoni, Masson, Canepa, Di Miglio, Checa, Hook, Guintoli et Black.Le Bol 2022 fut impitoyable et décida de couronner trois nouveaux, le trio Alt, Odentaal et Nigon qui devient le 71ème Français à décrocher ce fameux Bol d’or tant convoité sur ce circuit légendaire. [caption id="attachment_408632" align="aligncenter" width="808"]
Erwan NIGON, le 71eme vainqueur Français – Photo : Michel PICARD[/caption]DES RIRES ET DES LARMES…
Quel lieu magique sur lequel nous avons vécu le doublé historique 250 et 350cc au Grand Prix de France 1975 d’un jeune inconnu venu du lointain Vénézuéla… Johnny Cecotto. Le “Kid de Caracas” n’avait que 19 ans et la voie royale des Grands Prix allait s’ouvrir pour lui ce jour-là.Les mauvais moments hélas sont toujours là aussi, indélébiles, comme le dernier départ de “Cheval”, Olivier Chevalier… L’enchaînement des ‘S’ de la Verrerie, avec ce souvenir noir, nous sautant dramatiquement toujours à la figure car le pire arriva là- bas en ce 6 Avril 1980 …Ce 5,8 kms magique, moderne, réputé l’un des plus sûrs au monde, nous a pris pourtant d’autres amis pilotes, comme encore Alain Renouf ou Eric Sabatier mais aussi ce commissaire percuté en pleine nuit alors qu’il balayait des débris de verre car de sinistres spectateurs ivres avaient lancé leurs canettes de bière sur la piste.Nos pensées sont multiples et nous reviennent au galop en cette commémoration du centenaire et c’est peut-être pour cela que l’instant est si impalpable …car éphémère.
JOHNNY TOUJOURS LÀ
Nous ne remercierons pourtant jamais assez les organisateurs de nous avoir permis de revivre ces instants de vie forts du passé auprès de ces machines et de ces hommes qui ont écrit l’histoire de l’endurance parfaitement relatée dans un superbe ouvrage édité, pour l’occasion, par Moto Revue et écrit par Christian Batteux : 100ans de Bol d’or !Un 45 tours vinyle de la chanson Bol d’or de Johnny Hallyday écrit pour sa venue en 1974 sur le circuit Bugatti du Mans, est joint au livre en souvenir. [caption id="attachment_408634" align="aligncenter" width="828"]
Le coffret souvenir – Photo : Michel PICARD[/caption] Nous avons croisé Yarol Poupaud venu rendre hommage à Johnny Hallyday sur la scène du Bol d’or et le guitariste Dan Hawkins du groupe de Hard Rock “The Darkness”qui transcendera ensuite la nuit du Bol. Poupaud a accompagné Johnny de 2011 jusqu’au dernier concert des “Vieilles canailles” en Juillet 2017 à Carcassonne.Rendre hommage à Johnny, c’est aussi célébrer cette énergie qui nous anima tous les deux depuis l’adolescence : le Rock ‘n’ Roll” . [caption id="attachment_408629" align="aligncenter" width="740"]
Hommage à Johnny – Yarol POUPAUD – Photo : Michel PICARD[/caption][caption id="attachment_408631" align="aligncenter" width="717"]
JOHNNY au BOL d’or 1974 – Photo : Michel PICARD[/caption] Comme Johnny et son copain Eddy Mitchell l’on chanté : ” On veut des légendes. On est en manque, on en redemande ! Texte et photos : Michel PICARD [caption id="attachment_408666" align="aligncenter" width="771"]
Bruno NARDINI et Maurice VIMONT avec les vainqueurs du BOL d’Or 1984- Didier de RADIGUES et OUDIN – Photo : Michel PICARD[/caption]]]>










