Claude Le Guezec dit ‘Le zec’ nous a quitté
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CLAUDE-LE-GUÉZEC-Portrait-au-GP-de-MONACO-2009. [/caption] Lorsqu’on évoque Claude Le Guézec, ce véritable gentleman, cet homme toute sa vie passionné par la Compétition, et de surcroît extrêmement attachant, les initiés pensent tout naturellement au glorieux passé de l’Équipe Matra, tant son nom reste attaché aux tous premiers exploits de la firme en course.
La carrière de Claude sera aussi très liée à la CSI. (Commission Sportive Internationale), laquelle deviendra la FISA. (Fédération Internationale du Sport Automobile), avant d’être intégré à la maison mère, la FIA. (Fédération Internationale Automobile).
Aujourd’hui âgé de 98 ans, il était né le 16 juin 1923, notre homme coulait une retraite paisible dans le Midi de la France. Il nous avait souvent reçu chez lui dans sa propriété de Mouans-Sartoux, près de Grasse, pour évoquer quelques bons souvenirs.
Notre ami Stéphane Muller très proche de lui depuis le décès de sa femme Nicole en septembre 2015, nous a annoncé ce dimanche soir 28 novembre, sa mort survenu hier samedi 27 novembre 2021, à l’hôpital de Grasse.ITINÉRAIRE D’UN PASSIONNÉ !
Avant de rejoindre celle qui allait devenir la prestigieuse écurie Matra, Claude Le Guézec fut tout d’abord, au cours des années 50, un Rallyman de très haut niveau et de grande qualité ayant acquis un brillant palmarès.Depuis ses tous débuts (16-18 mars 1951), au ‘Lyon-Charbonnières’, qu’il dispute avec Jean Pagès sur une 4 CV Renault, à sa dernière apparition en course (14-20 janvier 1966), lors du ‘Monte-Carlo’ disputé avec le regretté et inoubliable Johnny Servoz-Gavin, au volant d’un Matra Djet V, Claude a couru un peu partout dans les plus grands et réputés Rallyes. À une époque où cette discipline était encore considérée comme Reine du Sport Auto.Claude a conduit les plus belles autos de sa génération : De la 4 Chevaux Renault à la Ford Comète, en passant dans le désordre par les 203 Peugeot, Ferrari 212, Vespa 400, Triumph TR2, Salmson, Jaguar XK120, DB Panhard, Alfa Romeo, Lotus Elan, Ford Falcon, AC Bristol, Porsche 356, Dauphine Gordini. Dauphine 1093 et surtout Aston Martin DB4GT.C’est après une Licence en Droit et en tant que plumitif, qu’il débuta dans le Journalisme. C’est ainsi que va se révéler sa vocation et le lancer dans une prometteuse carrière. Dans la Presse Aéronautique, d’abord, dès 1946, puis Automobile à partir de 1951, où Claude collaborera avec “l’Actualité Auto“, puis la célèbre Agence de Presse UPI.1951, année où il se lance, on l’a dit, en Rallye, le voit aussi commencer et débuter comme jeune vendeur à la concession Peugeot d’Asnières.Dès 1953, il dirige le Garage Grenelle Auto, distributeur des rutilantes Facel-Vega. Et à partir de 1959, il devient enfin Chef des Ventes au Garage Mirabeau, qui importe alors les prestigieuses Aston Martin. Et ce, juste avant qu’une certaine… Annie Soisbault, Marquise de Montaigu, ne rachète l’affaire !Mais sa véritable passion, ce sont les grands espaces, les Rallyes, et après le baptême du Lyon-Charbonnières, en 1951, Claude n’a cessé de rouler et d’enchaîner les épreuves les plus renommées. S’alignant dans ces courses aux noms magiques et mythiques tel que le Liège-Rome-Liège, au volant de la 203 Peugeot avec Roger Jondeau.En 1952, Claude participe à son tout premier Monte-Carlo (du 22 au 28 janvier) avec une Ford-Vedette et le fidèle Pagès à ses côtés. Puis il se lance dans les grandes épreuves, comme les redoutées et redoutables ‘Mile Miles’, (Mille Miglia… Brescia-Roma-Brescia) le 4 mai de la même année, toujours flanqué de Pagès avec une 4 CV.Ils termineront l’épreuve, et se classeront 113ème. Puis il poursuit et dispute avec celui qui va devenir son plus fidèle ami, Bernard Consten, le ‘Tour Auto’ 1954, au volant d’une Triumph TR2.Il court ensuite un peu partout : ‘Routes du Nord’, ‘Lorraine’, ‘Limousin’, ‘Sestrières’, ‘Cévennes’, ‘Tour de Corse’, ‘Liège-Sofia-Liège’.Il roule beaucoup et toujours…On le voit même au départ du prestigieux ‘East African Safari’, qui se déroule sur les pistes défoncées du lointain Kenya et du Tanganyka. En 1962, avec une 4L Renault, associé au ‘pote’ Consten.Le duo termine à une belle 41ème place, belle performance avec une auto de si petite cylindrée.Puis on le découvre encore aux non moins célèbres ’24 Heures du Mans’ au sein de la grande équipe Aston Martin que dirige et manage alors avec brio et succès un certain John Wyer. Aston sera d’ailleurs la marque à laquelle il apportera son seul succès sur route en triomphant aux ‘Routes du Nord’ en 1964. [caption id="attachment_245286" align="aligncenter" width="600"]
CLAUDE LE GUEZEC et sa MERCEDES 300 SL chez lui a MOUANS SARTOUX.[/caption] Ensuite, il rachète au fameux armateur, le milliardaire grec Niarchos, une Mercédès 300 SL, le joyau de l’époque. Fabuleuse et mythique automobile avec laquelle il écumera les Rallyes deux saisons durant, de 1956 à 1957.En 1965, sur recommandation de Jean Lucas et Gérard Crombac, les futurs fondateurs du Magazine “Sport Auto”, Claude Le Guézec se retrouve un beau jour dans le bureau d’un certain… Jean-Luc Lagardère, le tout jeune patron de Matra, nouvellement embauché par les actionnaires Marcel Chassagny et Sylvain Floirat. Lesquels viennent de se porter acquéreurs de la petite firme automobile Française, René Bonnet.Lagardère recherche donc à recruter un responsable du futur Service Course, qu’il veut créer et développer pour relancer la marque, devenue Matra-Bonnet. Claude fini par accepter ce beau challenge.Il lance alors Matra avec succès sur tous les circuits où la jeune firme installée à Vélizy, dans les Hangars Bréguet, où se préparent ses premières voitures. Cinq années durant, la jeune équipe va progressivement tout gagner. Sous la direction de Claude, l’écurie Matra vaincra en F3, puis F2 et enfin en Sports Prototypes.L’exploit ?À l’époque, durant l’hiver, se disputait en Amérique du Sud, la fameuse ‘Temporada‘, en Argentine. Matra gagne tout, écrase tout et survole toutes les épreuves où elle participe. Les pilotes français s’offrent victoire sur victoire, avec à la clé des doublés et triplés.Beltoise, Jaussaud et Servoz-Gavin ne laissent que des miettes à leurs adversaires surclassés. Du jamais vu, et pour Lagardère, c’est le triomphe.Et bien sûr, notre ami Claude Le Guézec est adulé par le jeune patron de Matra.Hélas, comme bien souvent dans la vie, cette formidable aventure va se terminer plus vite que ne le prévoyaient les deux hommes. Suite à un sérieux différend, début 1970, opposant Beltoise à Matra, Claude, qui défend les intérêts de son employeur se retrouve au centre d’un conflit, dans lequel Lagardère finira par soutenir son pilote fétiche, Beltoise.Le Guézec en prend ombrage et choisit donc de quitter Matra, claquant la porte brutalement.Cette belle épopée Matra, prend donc fin tristement pour Claude et s’arrête sur un goût d’inachevé.Ainsi, Claude, ne sera malheureusement pas des triomphes qui s’annoncent pour la marque française aux ’24 Heures du Mans’ 72,73 et 74.Mais à ce sujet, Le Guézec, nous expliqua un jour dans sa villa de Mouans-Sartoux, qu’il avait considéré comme vengeance, le fait que JPB. ne gagne pas… au Mans !Alors cela, selon lui, lui permit de tourner la page Matra.Du coup, libre, Claude est recruté immédiatement par la ‘SAFRAR’, le Distributeur Peugeot en Argentine, où sa côte, depuis les exploits de la Temporada est toujours extrêmement élevée dans les esprits du milieu sportif Argentin.
La ‘SAFRAR’ lui fait donc un véritable ‘pont d’or’ et en Dollars surtout pour monter et diriger le commando de trois Peugeot 504, que la firme souhaite engager dans le futur et très médiatique ‘Rallye Londres-Mexico’.Des Peugeot destinées à Claude Laurent, Jean-Claude Ogier et Pepe Migliore. Finalement, après bien des péripéties dans la Cordillère des Andes, c’est ce dernier, qui se classera le mieux des trois : 6ème à l’arrivée à Mexico.Libéré de son juteux contrat sud-américain, Le Guézec, est alors appelé par Guy Ligier. Ce dernier lui offre la Direction Générale de ses propres affaires, alors qu’il vient de monter les “Automobiles Ligier” et son propre Service Course.Claude y restera deux ans, jusqu’en 1972, année où le Prince Metternich, qui préside la FIA., et lors du Congrès de Tokyo, fait à son tour appel à ses services pour occuper le poste de Secrétaire Général de la CSI. (Commission Sportive Internationale) en remplacement d’Henri Treu.Claude nous avait confié :«J’avais un important carnet d’adresses à travers le monde et des relations un peu partout dans l’univers de l’Automobile, et en outre, j’étais parfaitement bilingue. Ce qui intéressait le Président de la FIA.».Il restera ainsi cinq ans au sein de la FIA. Étant très apprécié, Claude Le Guézec se révélera un fabuleux ‘Go Between‘, pour la FIA. Sa connaissance du milieu, et ses qualités de relations publiques en feront un excellent intermédiaire entre les Écuries et la Fédération. Claude, d’ailleurs, aime souvent à rappeler, que le Prince Metternich ne tarissait pas d’éloges à son égard, tout comme le fameux Baron Fritz Huschke von Hanstein, l’ancien Patron du Service Course de Porsche, et membre éminent et influant de la FIA. Cet homme appréciait énormément Claude, au point de le recevoir fréquemment dans sa propriété azuréenne de la Croix Valmer, près de St Tropez.Claude restera à la FIA. jusqu’au Congrès de San Francisco en 1977, où il est écarté sans ménagement par un certain Jean-Marie Balestre, nouvellement élu à la FISA., la partie sportive de la FIA., qui avait succédé à la CSI, les deux hommes ne s’appréciant guère…Un jour où il nous avait convoyé au Grand Prix d’Allemagne à Hockenheim, dans sa sublime Mercedes 600, il nous avait évoqué l’affaire, alors que je venais d’intégrer la FISA. comme Attaché de Presse :«Vois-tu, je n’ai jamais compris pourquoi Jean-Marie m’a liquidé, alors que j’avais pourtant fait jouer toutes mes bonnes relations pour le faire élire et le porter au pouvoir».Effectivement, comprenne qui peut !La vie est une roue à aube, parfois injuste et ingrate…Depuis, les années ont passé, les mois ont défilé, tranquillement. [caption id="attachment_281113" align="aligncenter" width="510"]
F1-2018-GP-MONACO-Claude-LE-GUEZEC-avec-Jean-RAGNOTTI-et-François-MAZET[/caption] Et Claude, qui a quitté sa merveilleuse demeure de Marly le Roi, s’est installé sur la Cote d’Azur. Toujours aussi passionné, il s’adonnait ces dernières années à sa folle passion des belles ‘bagnoles’ de prestige, dans sa luxueuse propriété de Mouans Sartoux, qu’il avait racheté il y a plus de vingt ans, au milliardaire Canadien Walter Wolf, un temps Patron d’une Écurie de Formule 1 éponyme.Ce Team remporta d’ailleurs trois Grands Prix en 1977 en Argentine, au Canada et au prestigieux GP de Monaco, avec au volant de la Wolf, le pilote sud-africain Jody Scheckter, qui deviendra Champion du Monde en 1979, au volant d’une Ferrari, cette fois.Très ami avec Michel Boeri, le Président de l’ACM. (Automobile Club de Monaco), Claude aimait toujours assister chaque année aux Grands Prix en Principauté (Voir photo ci dessus lors de l’édition 2018, le dimanche 27 Mai).Salut à toi, le passionnéAutonewsinfo présente ses sincères condoléances attristées à son fils Jérôme et à ses trois petits-enfants, Thibault, Stanislas et Juliette. Gilles GAIGNAULTPhotos : Marie Odile DESVIGNES- AUTONEWSINFO et DR Ses obsèques seront célébrés vendredi prochain 3 décembre 2021, à 10h30 a Plascassier. ]]>










