Il n’est pas inutile de rappeler aux plus jeunes, la belle carrière de Jean-François Baldé, ancien brillant pilote moto Français, né le 29 Novembre 1950, à Mulhouse et qui a disputé 200 Grands Prix moto, dont le premier en France en 1973 et le seul en 500cc.Son palmarès comporte 5 victoires (Argentine 1981 en 250cc sur Kawasaki et second du championnat, Pays – Bas et Grande-Bretagne 1982 en 350cc sur Kawasaki et troisième du championnat). Sa dernière victoire a eu lieu en Afrique du Sud en 1983 sur une Chevalier 250cc.
Nous verrons qu’il a remporté sa première course en 1969 lors du rendez-vous incontournable du début de saison d’alors : La côte Lapize et qu’il mis un terme à la compétition en 1989 en ayant également obtenu 4 meilleurs tours en course et 7 pole position.Rappelons pour la petite histoire qu’en 1981, les Grands Prix moto comportaient douze rendez-vous avec pas moins de 6 catégories (50,125, 250, 350, 500cc et Side-cars) et les Français représentaient avec leurs structures privées mais aidées souvent par les importateurs ou des concessionnaires, le tiers du plateau en 250cc avec outre JF.Baldé, P.Fernandez, J-L.Guignabodet, JL.Tournadre , T.Espié, E.Saul, Ch.Estrosi, R.Sibille, H.Guilleux, P. et J.Bolle, A.Gouin, B.Fau, Ch. Huguet, sans oublier O. Chevalier, M.Rougerie, P.Pons et Ch et D. Sarron!
Baldé s’est forgé aussi un beau palmarès en endurance en remportant en 1973, les 10Heures de Montlhéry avec Michel Cholet et les 1000 Kms du Mans avec Christian Léon sur la Kawasaki 750, préparée par Gilbert Guignabodet.Lors des Bol d’Or 1975 et 1976, disputés sur le circuit Bugatti du Mans, il monte avec le Canadien Yvon Duhamel sur la 3ème marche du podium au guidon de l’une des Kawasaki Godier-Genoud et remporte de nouveau avec cette machine en 76, les 1000 Kms du Mans avec Gilles Husson. En 1977, Baldé se classe second avec le Suisse Michel Frutchi au Bol d’Or.C’est au guidon d’une Suzuki du SERT que Jean-François a bouclé son dernier Bol d’Or à la 9éme place sur le circuit Paul Ricard en 1987, avec Eric Delcamp et Hubert Jund.Quelques semaines aprés le décès de Gilbert Guignabodet, Jean-François, a accepté de nous parler du ‘père Guigna et d’évoquer leurs premières rencontres, lesquelles ont lancé sa belle carriére qui l’a vu triompher à plusieurs reprises en Grand Prix du Championnat du monde de vitesse, le fameux, à l’époque ‘ Continental Circus !!!
JEAN-FRANÇOIS BALDÉ : LA RÉVÉLATION DE MA VIE.
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1973-1000-kms-Montlhéry-1ers-Baldé-Cholet-Ecurie-Elf-Kawaski-Guignabodet-Archives-Michel-Picard[/caption] « Quand j’étais gamin je suis venu à la Mobylette puis à la moto parce que mon père m’avait dit : tu resteras jusqu’à ta majorité à 18 ans en vélo et bien sûr quand on t’interdit quelque-chose j’ai tourné, vite acheté une vieille Mobylette que j’ai démontée en cachette puis remontée. Ainsi, j’ai réussi à amadouer mon père et à acheter une première Mobylette mais comme les copains avaient une moto il m’a fallu aussi une moto et pour en acheter une. Les seuls concessionnaires qu’il y avaient dans le coin c’était Guignabodet qui vendait Norton, Triumph puis Kawasaki et Ruggia qui faisait BMW et Yamaha.Tous les soirs après l’école que je voulais arrêté, j’allais à Toulon pour regarder la vitrine de Guignabodet où il y avait une belle Norton qui était à vendre et que j’ai fini par acheter en faisant de petits boulots. En fait il faut comprendre dans quel état d’esprit j’étais à l’époque. J’en ai tellement bavé en vélo à l’âge de 14 ans dans les montées en rentrant chez moi le soir que je n’en pouvais plus. Alors, le jour ou un copain m’a prêté son Solex et que j’ai vu qu’en bougeant mon pouce j’étais propulsé ce fut la révélation de ma vie. Là, tu lâchais un truc et tu te sentais emmené, ça été fou ! Ensuite ce fut l’escalade car une fois que tu as un Solex, tu te fais dépasser par les Mobylette et tu veux toujours allé à l’étape au-dessus. Un copain m’a prêté sa 500 AJS et je me rappelle précisément la scène de ce premier essai. Je roulais et je me suis mis à côté d’une voiture, j’ai regardé le mec et j’ai accéléré. Tout ça pour dire que je me suis satisfait à passer une voiture et d’où m’est venu cette sensation de la vitesse. Après avoir acheté cette Norton nous allions avec Guignabodet et tous les motards faire la plus célèbre des concentrations qu’il y avait en France : Les Chamois à Val d’Isère. Nous allions également tourné au circuit du Luc avec lui et nos Norton pour s’amuser. »Guignabodet avait lu dans Moto Revue un gonflage des Suzuki T20 et avait décidé de préparer ainsi la sienne. Pourquoi la T20 ?« Parce que c’était la première moto qui se rapprochait d’une moto de course avec 6 vitesses et il m’a dit : “une boîte 6 c’est mieux que 5 ou seulement 4 vitesses pour la compétition “. De plus elle était très légère et Guignabodet se décida à en préparer une. Au Luc, il avait remarqué qu’avec ma grosse Norton je ne tombais pas, que je n’étais pas fou et m’a proposé la chose suivante :« Écoutes… je vais préparer une 250 Suzuki car aujourd’hui la compétition ne se pratique plus avec des Norton et si tu veux, tu demandes à tes parents s’ils veulent bien que tu prennes une licence ».A l’époque la licence ne s’obtenait qu’à 18 ans alors que j’avais passé mon permis moto à 16 ans. Mes parents qui étaient âgés et chez qui je vivais toujours ne se rendaient pas compte du danger et m’ont dit : tu fais ce que tu veux !» 1969 : LA CÔTE LAPIZE : BALDÉ EN VEDETTE SOUS LA PLUIE !
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1969 Cote Lapize – Baldé – Suzuki 250c T20 © Photo Micou Montange[/caption] « Donc, j’ai pris ma licence en 1969 et avec Guignabodet nous sommes partis de Toulon à la côte Lapize à Montlhéry en Combi Volkswagen. Je lisais tous les Moto-Revue et j’y voyais tous les grands noms de pilotes : Léon, Boinet, Rougerie, Chevallier, Appietto. Lorsque je suis arrivé là-bas et que j’ai vu toutes ces motos qui avaient des gros freins qui arrivaient jusqu’aux jantes, Auréal et l’écurie Sonauto alors que nous avions fait cette moto avec de petits moyens, j’aurais pu me laisser impressionner. Guignabodet qui avait de l’expérience m’a surtout bien guidé : ” Tu ne t’enflammes pas, tu ne te prends la grosse tête ” …Lapize? C’était 800 mètres mais surtout il fallait arriver et parvenir en haut sur la courbe pour faire un chrono. Sous la pluie par contre à fond, le risque était de sortir dans l’herbe à l’arrivée. Il fallait faire un choix. Grâce aux 6 vitesses, surtout au démarrage et à la légèreté, j’ai fait le meilleur temps de la journée parce que les grosses cylindrées ne pouvaient pas s’exprimer sous la pluie. Je n’en revenais pas car quand tu vois tous ces grands noms et qu’au panneau d’affichage, restait toujours Baldé, Baldé je ne comprenais pas… Et, pourtant ! Quand tu as 18 ans, tu as vite fait de t’enflammer la tête mais c’est là que Guignabodet m’a appris mon métier en me remettant en place :” C’est bien ce que tu as fait mais c’est un coup de bol ! “.J’ai eu mon premier article dans l’Equipe, grand comme quatre pouces superposés en largeur, où il y avait marqué : Baldé en vedette sous la pluie ! Je dois l’avoir toujours dans mon Press-Book. Imagines toi le retour sur Toulon comme il était joyeux !Nous nous sommes dits : allez on va continuer en faisant quelques courses du Championnat de France ! La deuxième épreuve 250cc c’était Pau, une vraie course sur circuit. Guignabodet m’a de nouveau super bien encadré, bien expliqué en freinant la fougue que tu peux avoir à 18 ans… Je n’étais pas habitué à mes gants, ils me gênaient et j’ai décidé de partir pour la course sans mes gants, ce qui maintenant est totalement interdit. J’arrivais à suivre les mecs devant comme Auréal, Chevallier et d’un seul coup? il s’est mis à pleuvoir. J’étais motard, j’allais en Angleterre avec ma Norton et la pluie ne me dérangeait pas . J’ai commencé à remonter, ça tombait beaucoup, la pluie comme les motos avec les bottes de paille un peu partout puis il s’est mis à grêler. Je continuais toujours mais la direction de course à mis le drapeau rouge et je me suis arrêté les doigts en sang à cause des grêlons et l’absence de gants. La course fut annulée, la pluie montait à moitié des essieux du fourgon, comme ça arrive à Pau.A partir de là, le virus de la course avait fait chemin mais c’est grâce à Gilbert , sa vision et son savoir de la compétition que j’ai appris .ENDURANCE : LA PRISE DU POUVOIR DES JAPONAISES
” Les motos Japonaises prenant le pas sur les Anglaises en compétition , Guignabodet s’est mis à préparé des Kawasaki, à l’époque la dernière marque disponible. J’ai continué avec ma T20 car au début les premiers moteurs 1R serraient beaucoup et Kawasaki n’avait pas les résultats escomptés. Je me rappelle il y avait le ” vieux ” Costeux avec sa grosse moustache et sa Aermacchi que je piquais au freinage en perdition comme un chien fou que j’étais et lui qui me repassait sur l’élan de sa machine. J’ai appris mon métier comme ça en me faisant repéré par Mr Maugendre qui était lui même très intéressé par le travail de préparateur de Mr Guignabodet car pour faire connaître la marque qu’il importait, la compétition s’imposait .Entre-temps j’avais fait le Bol d’Or 69 avec Patrick, le frère de Gilbert, sur la Suzuki. Patrick n’était pas vraiment coureur mais il taquinait sur la route en allant à Val d’Isère et se débrouillait pas mal. Nous étions en tête de la catégorie lorsque nous avions eu une grosse panne et nous n’avions pas été classé. Je crois me rappeler qu’il y avait eu un mélange d’huile de ricin avec de la synthétique qui avait fait des boules qui bouchaient le pot d’échappement. Un truc dingue ! Une erreur d’un mécano toute bête . “ LA CONCLUSION DE BALDÉ : SANS ” GUIGNA ” MICKEY SERAIT RESTÉ MÉCANICIEN !
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1982 GP Allemagne 250 circuit Hockenheim 26 Septembre Jean-François Baldé Kawasaki N°2 © Photo Michel Picard[/caption] Sans Guignabodet, j’aurais peut-être été peintre en bâtiment comme mon père, non mécanicien car j’aimais trop la mécanique … c’est lui qui m’a tout appris, qui m’a mis dans les rails et surtout, surtout , surtout qui m’a appris à ne pas avoir la grosse tête. C’est très important d’être raisonnable et de se remettre en question .Quand il a été malade, il était content que “Mickey ” lui téléphone . Il était toujours content de se rappeler des bons trucs . Il m’estimait beaucoup. Ma mère m’appelait Mickey … Ah mon Mickey… et tout le monde m’appelait ainsi! D’ailleurs a son enterrement j’ai amené le Mickey en question avec lequel je dormais lorsque j’avais cinq ou six ans pour dire à Mme Guigna : ” voilà pourquoi il m’appelait Mickey . Je l’ai toujours car ma mère l’avait gardé. “Je n’étais pas le meilleur pilote en France mais la fidélité à Kawasaki m’a servi. Je n’ai jamais été à la recherche de l’argent car moi c’était la passion du sport. Ma fidélité m’a toujours réussi. Lorsque Jean Louis Guillou, le boss de chez Honda endurance voulait refaire l’équipage Léon – Baldé, car nous étions les meilleurs, il était descendu à Hyères et m’avait fait … un chèque vierge mais déjà signé. Il m’a dit : ” vous mettez le chiffre que vous voulez ! “ Je n’avais pas une tune à l’époque. Je n’étais pas pauvre. Je vivais normalement avec mes parents mais j’ai refusé. Avec Xavier Maugendre, je n’étais pas payé mais il m’aidait et je me suis dit, avec ce qu’il a fait pour moi, je ne vais pas pouvoir me regarder en face dans la glace. Il a dû le savoir et ensuite, même si je n’étais pas le meilleur, il s’est débrouillé, battu pour me payer mes Kawasaki qui m’ont permis de faire ma belle carrière. Tout cela je le tiens de l’éducation de mes parents mais également du ” père Guigna ” .Autre souvenir, à l’époque lorsque France Télévision a retransmis les Grands Prix, il y a eu tous les ” renards ” de la France qui sont venus s’inscrire mais j’ai été choisi, car Jacques Bonnecarrère, le créateur de l’émission ‘ Auto-Moto, m’avait recommandé à Jo Choupin et j’avais été le seul à ne pas avoir demandé combien j’allais pouvoir gagner … Je voudrais dire aujourd’hui qu’il est parti le père Guigna, et que l’on dit toujours, j’aurais dû plus m’en occuper. Je regrette aussi de ne pas avoir pris le temps d’aller le voir à la montagne plus souvent. C’est peut-être un peu d’égoïsme… Nous nous appelions de temps en temps jusqu’à l’année dernière … J’aurais dû lui dire qu’à chaque instant de la compétition je pensais à lui obligatoirement car c’est grâce à lui que j’ai eu cette vie merveilleuse. J’ai voyager dans le monde entier, gagner des courses, rencontrer des gens qui m’idolâtraient . Lorsque tu gagnes ton premier Grand Prix tu as l’impression qu’un lait de jouvence te tombe sur le corps. Beaucoup de gens n’ont pas pu avoir cette vie là que j’ai eu grâce à lui. Il a été celui qui sur le circuit du Luc, m’avait repéré en roulant sur une Norton et en me disant : ” Tiens toi, je vais te faire essayer une T20 ! “. Il ne s’était pas trompé…” Propos recueillis par Michel PICARDPhotos : COLLECTION FAMILLE GUIGNABODET – Michel PICARD – Micou MONTANGE ]]>










