La pratique de la compétition auto ou moto résulte très souvent d’une passion éprouvée dès le plus jeune âge, mais tous les passionnés ne passent pas à l’acte en raison des aléas de la vie, des coûts élevés de ces pratiques, des interdictions de la famille ou du conjoint….alors, quand le parcours de formation vous permet de toucher du doigt à ce type de challenge, comment ne pas s’enthousiasmer pour la chose ?C’est bien ce qui arrive depuis de nombreuses années aux étudiants de la section BTS Moteurs à combustion interne du Lycée privé de La Joliverie près de Nantes.C’est donc avec une fabuleuse histoire que nous débutons un triptyque intitulé « JEUNES DANS LA COURSE »
Philippe Maindru
Il était une fois un professeur peu banal. Philippe MAINDRU est ingénieur ESTACA de formation et enseignant en BTS au sein du grand groupe d’établissements privés, offrant des formations variées de la maternelle, à Bac +5.En 1985, il découvre le règlement de la première compétition énergétique du SHELL ECO MARATHON et de suite, il perçoit que cela correspond tout à fait, à sa passion de la compétition, comme à ses convictions environnementales et pédagogiques. Il conçoit spontanément les modalités de ce challenge qui peut se résumer ainsi :– Un défi technologique
– Une autre façon de travailler
– Un aiguillon formidable : la compétitionQuand de surcroit, on sait que la formation en BTS repose avant tout sur l’expérimentation, on ne s’étonne plus de savoir que depuis 28 ans, ces mêmes ingrédients, ajoutés aux aspects de sécurité et à la limitation de vitesse, permettent de monter d’emblée un projet quasiment universel puisqu’aucun aspect ne peut être critiqué.C’est sans doute pourquoi dès le départ, Philippe MAINDRU, trouve un écho favorable au projet en la personne d’un autre enseignant, Gilles DESQUIBET (ingénieur Centrale Nantes). Maindru au moteur, Desquilbet à la structure aéro, la machine est lancée.Pour mieux fixer les idées, nous demandons à Philippe MAINDRU de nous parler du cadre de cette compétition qui continue à fédérer des générations d’étudiants.Ces jeunes, nous les rencontrons tout au long d’une journée passée au milieu d’eux à Nantes. Ils rentrent d’une compétition nationale à NOGARO, le week-end du 1er mai et remettent en état le matériel pour repartir à ROTTERDAM, disputer une compétition internationale.De cela, nous reparlerons, mais écoutons le Professeur MAINDRU :« La base de la compétition n’a pratiquement pas bougé depuis l’origine. Dans sa réglementation l’origine c’est : j’ai 25 kilomètres à faire à une vitesse donnée (à l’époque 25 kilomètres/heure). Je suis libre, mais j’ai des dimensions de voiture à respecter : voiture aux alentours de 3 mètres, largeur de la voie plus de 50 centimètres, un pilote en position allongée et le but c’est de consommer le moins d’énergie. Ces règles issues des épreuves créées à Silverstone en 1976, sont restées en vigueur et à peu près constantes jusqu’en 2000. Les voitures étant parfois trop lentes, la réglementation est passée à 30 kilomètres/heure et le poids du pilote est passé de 45 kilos à 50 kilos.Bientôt Top départ
Le SHELL ECO Marathon est resté 12 ans sur le circuit du Castellet. A la fermeture de la piste Provençale aux compétitions, on arrive à Nogaro. En 2008, le SHEL ECO MARATHON (qui est devenu européen), s’expatrie en Allemagne à Lautsiz (circuit en ovale), le pétrolier visant dorénavant le marché Européen et abandonnant la totalité de son réseau Français.Et, pour le remplacer en France, on donne naissance à un nouveau challenge dénommé lui, EDUCECOPhilippe Maindru, poursuit :” Aujourd’hui, donc 2012, on va partir à ROTTERDAM. On change à nouveau de circuit. C’est la première course en ville. C’est un circuit avec 5 virages et par rapport à la difficulté de ces virages, la réglementation a baissé en vitesse et on est à nouveau à 25 kilomètres/heure. Par contre, ce qui a évolué c’est le cahier des charges de la sécurité et des contraintes. Aujourd’hui, on a une cinquantaine d’éléments placés sous contrôle : les batteries, le freinage, les ceintures, les arceaux de sécurité …. Pour satisfaire à la réglementation on a une voiture plus complexe. Ce qui est important de savoir c’est que l’esprit est toujours le même : une distance à 25 à l’heure et pour consommer le moins possible. » Pilotage position allongée
Nouveau record pour Polyjoule
Voila un peu le panorama avec les prototypes (véhicules à 3 roues rappelons le).A partir de 2003, SHELL a eu la volonté de faire concourir des engins qui se rapprochent de la voiture de Monsieur Tout le monde.Le nom de cette nouvelle catégorie c’est : URBAN CONCEPT. C’est une voiture à 4 roues, avec pilote de 70 kilos, avec deux portes, avec un coffre, des phares, des clignotants des systèmes de sécurité, bref , potentiellement une voiture qui peut rouler sur la route.Cette catégorie là, est pour l’heure dominée par les danois, les allemands et les hollandais.Philippe Maindru, poursuit :Pour nous à la Joliverie, c’est notre challenge 2013 et comme on peut en juger, la dynamique de projet fonctionne à plein et l’on est déjà tendu vers d’autres objectifs. Là c’est un professeur très pointu dans son domaine qui parle, mais qu’en est-il des étudiants qui passent deux années et obtiennent presque à 100% leur BTS moteurs à combustion interne. ? Avant de leur donner la parole, nous les avons observés vivre un temps de travail spécifique, consacré à « un entre deux courses ».En effet, une des grandes forces de ce projet pédagogique réside dans son intégration totale dans le cursus et donc dans la démarche globale de cette formation en BTS.La formation « classique » ou « normale », en tout cas celle rencontrée le plus souvent dans le système traditionnel français, met toujours en avant : l’abstraction.En opposition à cette forme courante d’enseignement, les plus grandes réussites scolaires résident dans la mise en œuvre de projets qui sont inscrits « dans la vraie vie ».C’est bien le cas à la Joliverie , où avec Microjoule et Polyjoule, on fait tout aussi bien appel aux aspects de l’entreprise, à la rigueur scientifique, au respect mutuel, au travail en équipe, aux vertus de la communication.Sur place, ce qui nous a frappés, c’est de constater que la parole de l’élève, équivalait à celle de l’enseignant. Réflexion commune Prof élèves
Alors sur ces principes, toute une organisation globale du cursus avec le projet Microjoule (plusieurs heures par semaine en soirée pour le projet et quinze jours spécifiquement consacrés à la préparation des compétitions), s’est mis en place. Ainsi certaines périodes particulières sont banalisées. Ce 9 mai est une de ces journées charnières dévolues à la remise en état des matériels de retour de la compétition EDUC ECO de NOGARO , en vue de la participation au SHELL ECO MARATHON de Rotterdam.Quand nous arrivons au lycée dans le département Moteurs, c’est un peu la caverne d’Ali Baba.Le camion a été déchargé et l’on côtoie tout aussi bien les caisses qui protégent les prototypes, qu’un banc de puissance, des gamelles pour le camping et tout un matériel de stand que l’on pourrait retrouver pour des compétitions automobiles grandeur nature.La petite ruche –avec quand même 55 étudiants– semble tout à fait hiérarchisée dans ses activités. Chacun semble concerné par une tâche précise et nous cherchons à connaître ce schéma organisationnel.En fait, Le projet global est divisé en 10 secteurs d’activités (moteurs, châssis, aérodynamique, moyens d’essais, informatique…..)
– Chaque secteur d’activité est dirigé par un enseignant.
– Chaque secteur d’activité est divisé en service.
– Chaque service est dirigé par 1 étudiant BTS deuxième année (BTS2) qui a sous sa responsabilité 1 ou plusieurs étudiants BTS première année.(BTS1) Tout revoir avant la course
Le BTS 2 forme son équipe en fonction de l’importance de sa tâche. Il reçoit un cahier des charges de sa mission donné par le responsable de secteur d’activité. Il transmet ses responsabilités à un BTS 1 à la fin de sa scolarité.Tout cela est parfaitement intégré et la démarche bien huilée. Dans le fonctionnement du moment, l’on repère bien vite les fondus de technique comme certains autres plus portés sur le rangement, le nettoyage, la logistique. Le moteur thermique (4 temps de 30 cm3 pour une puissance de 800 Watts) est mis à nu, le démarreur qui semble avoir un peu grippé est démonté, les coques sont nettoyées de leurs autocollants et seront redécorées en fonction d’une nouvelle maquette propre à la course européenne, les connexions et câblages sont inspectés, testés de même que les talkies-walkies servant entre le stand et le pilote.Le travail ne manque pas avec les deux prototypes : le MICROJOULE ET LE POLYJOULE, ces deux véritables stars des épreuves ECO. On sent bien en interviewant Umberto GROC, Alexis PICHON (BTS première année) et Quentin COULOMBEL (BTS seconde année) combien la passion de l’automobile les habite et aussi comment ils intègrent cette dimension collective et l’esprit d’équipe dans leur formation, à la fois performante et valorisante. de g à d Quentin Coulombel, Alexis Pichon et Umberto GROC
Écoutons-les un peu :Umberto : « En termes d’intérêt c’est très différent on voit les profs, les élèves, tout le lycée d’une autre manière. On remplace la pression des notes par la pression de la réussite. On s’éloigne de l’aspect pédagogique « enfermé » dans une classe et ça c’est bien. Moi je m’investis beaucoup, c’est ma passion et même si ça n’est pas du sport automobile comme on le connait d’habitude, ça reste une vraie compétition avec un enjeu derrière. C’est tout ça l’intérêt, faire en sorte qu’on soit les meilleurs. »Alexis poursuit : « Oui, notre motivation pour la compétition est grande. Nous rentrons de Nogaro où se déroulait la compétition Educ Eco où nous avons fait de très bons résultats. Maintenant nous repartons sur un nouveau challenge. C’est un nouveau circuit (en ville à Rotterdam), nous devons redéfinir de nouvelles bases. Il y a beaucoup de choses à retravailler en découvrant ce nouveau circuit, même si nous avons déjà planché sur le papier, après il va y avoir la réalité, de nouveaux records à établir … »Umberto nous précise sa participation et son investissement dans la compétition de Nogaro :« En début d’année dans les ateliers chacun prenait le travail qu’il y avait, puis au fur et à mesure de l’avancement des travaux, chacun s’est un peu spécialisé sur des rôles. Pour ma part j’étais sur les freins de Polyjoule (la voiture préparée en collaboration avec POLYTECH Nantes). A Nogaro, pour la compétition, comme sur les freins tout allait bien, j’étais sur le banc d’essai de Microjoule. C’est moi qui lançais le moteur avec Quentin d’ailleurs. J’ai fait du démontage moteur pour apporter des modifications, du remontage … beaucoup de travail sur le moteur durant cette épreuve. »On court ensemble
Alexis a pour sa part opté pour un autre versant de la compétition :« Notre professeur ayant demandé si certains d’entre nous voulaient bien se porter volontaires pour intégrer l’équipe d’organisation de l’épreuve, je me suis donc retrouvé intégré à cette équipe et j’ai participé au jury. Du coup, je n’ai pas pris part aux opérations sur nos protos, mais j’ai pu faire le tour de toutes les autres équipes. C’était une bonne expérience. J’ai pu voir les autres établissements, l’importance des projets selon les établissements (collèges, lycées ou écoles d’ingénieurs) en tout cas ce fut très enrichissant. »
Quentin avec sa deuxième année de participation au projet porte un regard déjà un peu distancié :« C’est un projet pédagogique qu’on ne retrouve pas dans toutes les formations. Je ne connaissais pas l’existence du projet en arrivant ici mais on s’y fait très facilement. On voit que toute la classe est vraiment soudée autour de Microjoule et Polyjoule. On y trouve tous quelque chose à faire et on participe tous pour avoir cette victoire. Au départ c’est un projet pédagogique mais ensuite ça devient des liens assez spéciaux, c’est pas du tout scolaire avec les professeurs. On a une approche très intéressante de notre formation, qui dans certains cas pourrait apparaitre rébarbative, et bien là non, on a des explications concrètes. En cours on utilise souvent des exemples autour de notre voiture Microjoule et ça nous intéresse plus. On est plus à fond dans les cours. En plus il ya l’esprit d’équipe et d’entraide. » On gagne ensemble
Umberto conclut cet entretien avec cette formule :
« Avec les professeurs c’est différent d’un enseignement classique. Là on gagne ensemble, on perd ensemble. Par exemple à Nogaro quand il y eu le record du monde de Polyjoule c’était la fête avec les professeurs, c’était une seule équipe. Il n’y avait plus ce rang des professeurs au dessus, des élèves en dessous. Ce sont toujours les professeurs qui décident mais on forme une seule équipe comme dans n’importe quel team de sport auto. » … Et, on fait la fête ensemble !
A écouter ces jeunes on mesure combien le fait de passer par la médiation de la compétition peut changer les rapports entre les élèves et les professeurs, mais aussi donner du sens aux apprentissages scolaires ou pratiques.En fait, les 4 professeurs en charge de cette section de BTS, ont indexé leur pratique pédagogique sur le projet, voilà d’ailleurs les objectifs qu’ils se sont assignés pour cette formation :– Vivre une aventure collective et solidaire sur 2 années,
– Prendre des responsabilités et les assumer,
– Découvrir tous les aspects du référentiel, (animer une équipe, mettre en place une démarche qualité, communiquer lors des salons, des courses et des conférences de presse)
– Ressentir la nécessité du savoir théorique,
– Se confronter à la réalité dans l’expérimentation, échouer pour mieux réussirUne formation concrète
– Faire avec ses mains et être fier de son travail,- Découvrir le monde politique et médiatique,
– Découvrir le monde industriel dans un échange équitable.
– Gérer l’imprévu,
– Se construire dans la richesse des autres, dans le regard des autres,
– Développer l’engagement bénévole (projet non évalué par une note),
– Vivre des événements intéressants à raconter à l’extérieur et donc se valoriser,
– Gérer son temps et maîtriser une échéance,
– Se découvrir une identité : dans l’école, l’atelier devient sa « maison », le projet son histoire,
– Parler Anglais dans un contexte professionnel
– Voyager : Angleterre, Allemagne, Finlande, Canada, Corée, Japon,
– Vivre une scolarité inoubliable,
– Aimer l’école et la quitter à regret.A côté de cet aspect pédagogique original et déterminant, il ne faut pas négliger d’aborder la collaboration technique établie avec de grands partenaires. En effet, qu’on ne s’y trompe pas, La Joliverie, au fil des années est devenu un véritable laboratoire de recherche.La notoriété aidant, on peut dire que dans chaque domaine, le lycée a établi des partenariats avec la firme qui fait référence en la matière. Freinage par patins
On sait que MICHELIN, a développé des pneumatiques spéciaux pour Microjoule, pneus qui maintenant sont mis sur le marché. MAHLE fournit des pistons particuliers pour les moteurs de la Joliverie, tout comme DELVERT, des soupapes ou MECACHROME, des culasses.Particularité des partenariats, ils ont tous été établis sous la forme du mécéna,t à partir de relations personnelles du coordinateur du projet, l’inoxydable Philippe MAINDRU.Il faut dire que son pouvoir de conviction, n’a d’égal que sa compétence technique extrêmement pointue. Sans doute, les firmes, sont elles directement intéressées par les apports technologiques que le projet, leur apporte en retour.C’est ce qu’on appelle, une crédibilité établie sur un palmarès certes, mais aussi sur une méthodologie d’expérimentation rigoureuse et validée.Par contre, il n’est pas besoin d’aller bien loin pour obtenir des concours pratiques immédiats. En effet, le panel de formations du lycée, permet de mobiliser les sections d’ouvrages métalliques, productique, peinture, arts graphiques autour du projet fédérateur de Microjoule.Le proto, porte ainsi les couleurs de tout un établissement, renforçant le sentiment d’appartenance à une cause commune de toute la communauté scolaire.On l’a bien compris, le MICROJOULE, est le proto du lycée proprement dit. Il fonctionne à l’essence.Le POLYJOULE, lui, est né d’une collaboration avec POLYTECH Nantes, il fonctionne soit en électrique, soit avec une pile à combustible.Les futurs ingénieurs, ont travaillé sur les calculateurs extrêmement sophistiqués pour obtenir un rendement intéressant.Pour bien fixer les idées à propos des rendements, écoutons le professeur MAINDRU, nous délivrer un petit cours théorique :Des calculateurs puissants
« Ce qui fait notre force par rapport à la concurrence c’est que nous avons obtenu des rendements énergétiques intéressants. Ainsi avec le moteur thermique nous avons un rendement de 36 % alors que c’est 15% pour un moteur de Mobylette ! Pour la pile à combustible, on travaille avec des Suisses au niveau des membranes, mais aussi avec des universités siciliennes sur la fabrication du cœur de la pile elle même. La pile est alimentée par de l’hydrogène. On mesure le débit d’hydrogène consommé et l’on ramène ce volume à une énergie équivalente essence. La pile fournit de l’électricité qui par une électronique particulièrement sophistiquée va alimenter des moteurs électriques. Entre l’hydrogène et le travail récupéré on a des rendements à la roue autour de 50%.Dans le cas du moteur électrique c’est la même voiture que Polyjoule mais sans la pile. Là on a une batterie. Un moteur électrique bien conçu et bien piloté a un rendement de 90 %. On voit bien les rapports établis entre les divers modes d’énergie. Moteur essence c’est un rendement à la roue de 30% soit 3300 kilomètres, pile à combustible rendement 50% soit 5000 kilomètres, moteur électrique 90% soit 10 000 kilomètres. C’est donc l’efficacité énergétique pour chaque voiture qui fait la consommation. » Le moteur thermique
Tout au long de la journée, nous avons alterné les moments de rencontre entre les professeurs et les élèves et découvert que pour chaque épreuve un élève de deuxième année est désigné comme chef d’équipe.Nous avons donc croisé, François BORDAGE, dont la mission s’est achevée au retour de NOGARO et Clément YOU, qui a en charge la compétition à venir de ROTTERDAM.François nous indique :« Nous avons préparé la course, 3 à 4 mois à l’avance. On essaie de tout planifier en termes d’organisation, et là à Nogaro tout s’est bien passé… »Dans les stands à Nogaro
Clément le relaie par ces mots :« Oui je suis chef d’équipe pour le SHELL ECO MARATHON qui a lieu à Rotterdam cette année. C’est tout nouveau pour nous avec un circuit en ville. Tout a été à revoir au niveau de l’organisation. En plus des questions techniques, il y a pas mal de papiers à remplir : inscriptions, formulaires de droit à l’image. Nous partons à la fois curieux de voir ce que ça va donner et confiants parce que nous sommes bien préparés. »A regarder les étudiants s’affairer à des tâches diverses, à la voir solliciter les professeurs quant à des prises de décision à propos d’une modification, d’un changement de pièce, d’une façon d’aborder un démontage, on sent combien, le maître mot de cette organisation collective, est sans doute la volonté des enseignants de mettre en valeur l’intelligence des jeunes sous toutes ses formes. Une moisson de victoires
L’aiguillon de la compétition fédère toute l’équipe.On se projette déja à Rotterdam et on redoute cette course en ville, nécessitant sans doute une adaptation délicate en termes de pilotage. Il faut bien dire que la clé de la réussite réside dans un jonglage astucieux, entre la recherche de la bonne trajectoire, des mises en route du moteur aux moments opportuns et bien entendu comme on l’a compris, de la qualité de « l’attelage » constitué par le châssis, la carrosserie et le poids, le tout servi par le meilleur coefficient de pénétration possible.Pour les connaisseurs, précisons donc que le CX (coefficient de pénétration est de : 0,1 ; une Porsche Carrera a un Cx de 0,29) alors que la surface frontale est de 0,31 m2.Ces paramètres de conception, sont conjugués avec une masse de 30 kilos pour la coque en carbone et avec des pneumatiques MICHELIN, à très faible résistance au roulement, soit un Fr de 0,001 !Avec MicroJoule, le lycée La Joliverie démontre ainsi par l’exemple qu’une pédagogie de projet peut développer des relations école – entreprise, école – société et consolider ainsi le vivre ensemble dans une école de fraternité. Admirez le CX
Les étudiants de la Joliverie sont bien entendu, avec tous les records établis depuis des années, convaincus de disposer des meilleurs protos du vaste plateau réuni à Rotterdam.Pourtant, ils prennent la concurrence (227 équipes de 24 pays européens engagées dont 63 françaises) très au sérieux, et surtout, c’est le circuit en ville qui cristallise toutes leurs craintes.Des simulations fort sophistiquées, ont été menées à partir du circuit numérisé et avec les paramètres de pente de la piste, du profil et des angles de virage, de la voiture elle même et bien entendu du moteur et de ses performances.Les étudiants, nous expliquent avec passion que le pilotage, est toujours une chose délicate.Le départ se prend moteur arrêté. 10 tours d’un circuit de 1,6 kilomètre, sont à couvrir et cela en moins de 39 minutes. Après le démarrage et la vitesse de 30 kilomètres atteinte, le moteur est coupé puis des relances du moteur d’une durée de 4 secondes ont été programmées à raison de 2 par tour.Une équipe attentive
Le pilote indiquant par radio sa vitesse à des moments précis, des instructions pourront lui être passées pour ajuster les redémarrages à des moments plus adéquats que ceux initialement prévus.Avec cette description de la course, nous comprenons mieux pourquoi Umberto, tenait tant à optimiser le fonctionnement du démarreur ou encore pourquoi, François GERBOT, Professeur en retraite et manager de l’opération, mettait tant de soin à vérifier le fonctionnement des talkies-walkies.Certains étudiants analysaient encore le tracé sur les ordinateurs, alors que d’autres vérifiaient et refaisaient telle ou telle soudure, par sécurité.Poste de pilotage
Oui, La Joliverie est dans la course jusqu’au cou !Le projet pédagogique, conjugué avec un fabuleux programme industriel entraine tout un département de formation dans une formidable dynamique de groupe.La compétition aiguillonne passion, talents, innovation, recherche, travail en équipe, ouverture aux autres.Du 17 au 19 mai, à Rotterdam, nos étudiants servoitures vers les sommets, que par tradition, La Joliverie se doit de tutoyer.C’est un peu ce message que nous avons retenu : la victoire avant tout.Peut être aussi nos enseignants futés et quelques étudiants curieux, vont-ils fureter dans les paddocks pour observer les Urban Concept qui seront déjà engagés dans cette course.En effet, nous avons bien noté que c’est sur cette évolution proche d’une voiture « normale », que le Lycée axe ses projets 2013 et 2014.Nous laisserons le mot de la fin à Philippe MAINDRU qui nous glisse à propos de la course :« Quand on voit sur une compétition, le bonheur des jeunes et que ça se partage, on peut dire que ça nourrit.. »
Comme on a du mal à voir comment l’instigateur de cette belle histoire pourrait quitter pour la retraite l’établissement et le projet, Philippe MAINDRU, nous rassure :« Oui je pense que je pourrai vivre sans Microjoule. En tout cas je n’ai aucun regret par rapport à cette démarche. J’ai le sentiment d’être bien à ma place. Alors… à la retraite vous voulez savoir ce je pourrais faire ? Et bien, je me verrais bien m’investir dans la formation de collègues pour transmettre mes convictions et mon expérience de la pédagogie de projet. Et puis je m’investirai sans aucun doute plus fortement dans le développement de l’Association EDUC ECO… »
Cette association milite pour le développement des épreuves d’éco mobilité en France. On vous le dit, la compétition mène à tout à condition d’en sortir ! Pour notre part, on verrait bien ce Professeur Tournesol, conseiller les constructeurs pour aborder de manière pragmatique grâce à son énorme compétence technique, les réels enjeux de la disparition de l’énergie fossile.Nous ne pouvons pas terminer ce papier sans adresser un grand merci au département Moteurs à combustion interne (personnels enseignants et étudiants) pour l’accueil chaleureux qu’il nous a réservé.Prochain article Les jeunes dans la course : Les élèves du Junior Team Le Mans Sud Suzuki. Texte : Alain MONNOT
Photos: Alain Monnot et Evan ForgetL’ANCÊTRE !!!
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