
Je me souviens…. Les 24 Heures du Mans

Je me souviens de la cour de récré de mon école Roger-Bouvet avant les 24 Heures.
Impossible pour les instits de nous contrôler, ni même de nous interdire cette gesticulation annuelle.
Chaque année en juin, une semaine avant la course, à chaque récréation, un essaim de mômes faisait des tours de cour, en galopant souvent avec des pompes à la semelle usée jusqu’à la corde, en paquet, en imitant chacun le moteur de sa voiture de course préférée.
Nous étions alors tous en blouse grise, petits clones de l’École de Jules Ferry, égalitaire et émancipatrice mais chacun avait sa vision et son interprétation très personnelle de la course qui nous fascinait comme l’étaient les lucioles à la lueur d’un réverbère.
Moi c’était le grondement des ‘ bagnoles Américaines, les Cunningham et des Corvette.
Le grand Blin tentait d’imiter… les DB Panhard pétaradantes.
Les plus snobs bien sur voulaient rugir comme les Ferrari et les Maserati italiennes.
Les instits, eux, n’en pouvaient plus…
Vivement les grandes vacances. Juste avant le Tour de France où nous rééditions nos courses folles.
Mais le vélo, ça fait moins de bruit…

Ces quelques lignes tirées d’un ouvrage à paraître en septembre aux Éditions Éric Jamet me disent combien ma ville est marquée par ces ‘’24 Heures du Mans’’.
Combien chacun de nous est empreint de cette marque indélébile construite entre le Tertre Rouge, Mulsanne et Arnage !
Alors quand il y a plus de vingt ans, en 2002, Patrick Peter, réunit un extraordinaire plateau de vénérables autos de courses qui furent concurrentes au Mans, j’étais aux anges…
Évidemment.

Le premier départ du plateau 1 souleva en moi une émotion incommensurable, j’y avais amené ma fille qui nourrit évidemment la même passion que moi pour ces engins extraordinaires et ce fut une communion totale.
Nous étions déjà fort nombreux. C’était un bouillonnement de souvenirs.
Impossible de satisfaire notre boulimie de tout voir tant la fête était grandiose.
Vingt-deux ans plus tard, les jambes se font moins agiles, le pas plus mesuré, le corps humain n’est pas du même métal que ces bolides d’or.

Toutes ou presque qui se sont illustrées jadis… reviennent. Avec évidemment des petites nouvelles, celles des années quatre-vingt.
On aurait pu penser que bien des anciennes auraient rejoint les salles pas toujours bien éclairées de musées plus ou moins fréquentés.
Mais non, les ‘mamies font de la résistance et rutilent toujours dans la lumière mancelle de juillet.

Depuis plus de vingt ans, nous avons réappris à les connaître. Elles sont désormais de vieilles amies que, nous avons plaisir à retrouver toujours aussi vaillantes, aussi audacieuses, aussi séduisantes.
Et puis pourquoi ne pas s’en réjouir, nous retrouvons aussi les acteurs humains de la légende. Il nous faut évidemment faire abstraction des m’as-tu vu et des perroquets poseurs mais en général, tout ce monde se comporte bien, respectant l’extraordinaire solennité qui préside souvent aux mises en route des respectables moteurs maintes et maintes fois démontés, remontés, rénovés, rajeunis parfois et réglés comme du papier à musique.
C’est aussi le moment d’avoir une pensée pour tous nos amis partis vers le grand circuit de l’éternité.

Nos souvenirs les retrouvent çà et là aux alentours des stands, des paddocks, de la salle de presse aussi.
Ils furent nos compagnons de passion et de travail.
Le Mans Classic c’est aussi le temps de se souvenir de ces hommes et de ces femmes qui participèrent tous, à leur niveau à la formidable histoire de cette course qui décidément, ne peut jamais disparaitre tant elle s’est chargée de l’histoire des hommes de notre temps.
Jean-Michel LE ROY
Photos : Stéphane CAVOIT – Willy CHANTELOUP -Thierry COULIBALY












