Waouh! Quel bouquin… sacré travail que de sortir une telle oeuvre car ce livre restera assurément et il n’y a pas matiere à discussion … comme celui du Centenaire !
Des livres sur l’édition 2023 des 24 Heures du Mans Autos, nous en avons déjà réçu une bonne demi douzaine – présentés dans notre rubrique livre – mais plein d’autres d’ici la course du Centenaire des 10 et 11 juin prochains, nous sont encore annoncés par les maisons d’éditions, dont l’un que nous avons eu la primeur de consulter et qui devrait rester comme LE livre référence, tant il est documenté et franchement précis.Un vrai livre à découvrir et à posséder pour les amoureux et inconditionnels de la célèbre épreuve Sarthoise !
Ses auteurs, le très chevronné journaliste Henri Charpentier qui a couvert pendant plusieurs décennies les compétitions automobiles pour la Radio ´France Inter et son compère, le photographe Bernard Bakalian, des années durant grand reporter, pour la prestigieuse agence photo Gamma, ont sacrément bossé pour nous offrir un ouvrage exceptionnel sur la plus grande course du monde, que sont ces 24 Heures du Mans et que publient les Editions Michel Lafon, avec une très belle Préface de Gérard Larrousse, l’un des pilotes de l’inoubliable équipe Matra, victorieux associé à une icône du Mans, le légendaire Henri Pescarolo, à deux reprises de l’épreuve Mancelle, en 1973 et 1974, face à la grande écurie Ferrari. Le ‘Grand ayant déjà triomphé un an plus tôt en 1972, en compagnie de Graham Hill, double Champion du monde de F1 sacré en 1962 et 1968.
Laquelle Scuderia Ferrari effectue officiellement cette année son retour en Sarthe … cinquante ans après sa dernière apparition officielle !Les deux auteurs de ce livre extrêmement précis sur la belle et grande HISTOIRE des 24 Heures du Mans, sont donc deux éminents spécialistes des courses automobiles. Ils ont su allier leurs connaissances et leur amour pour cette course d’endurance unique en son genre, afin de lever le voile sur des informations et des documents totalement inédits, et souvent même exclusifs, à l’aide de découvertes dans de multiples lieux d’archives à travers le monde.
ALORS… UN PEU D’HISTOIRE !
Comment et qui, pour la première fois, a inventé l’expression “Les 24 heures du Mans” depuis la course originale des 26 et 27 mai 1923, alors appelée Grand Prix d’Endurance de 24 Heures ?Et bien la véritable appellation est antérieure à cette épreuve puisque le quotidien sportif d’alors, “L’AUTO”, l’utilise déjà dans sa rubrique Automobile du 1er mars 1923… soit près de trois mois avant la première épreuve.Qui plus est, on découvre aussi que cette première édition du Grand Prix d’Endurance de la Sarthe est parti à 16h le 26 mai 1923 pour se terminer le lendemain 27 mai 1923 à 17h! Incroyable mais pourtant bien vrai, la course a officiellement duré 25 heures… mais en réalité les voitures ont bien tourné 24 heures…L’Histoire fait parfois des facéties et certains journalistes à l’époque ont souligné que ce décalage horaire était simplement dû au fait que l’heure d’été venait de naître trois jours plus tôt suite à un vote du Parlement. Un décret du Président du Conseil, Raymond Poincaré ordonnait l’application immédiate de la mesure…Les organisateurs de l’ACO ont appliqué à la lettre les directives gouvernementales. Le changement d’horaire, avançant les aiguilles des horloges d’une heure à minuit, entraînait des répercussions immédiates sur l’heure d’arrivée, désormais fixée à 17h ! Sur le papier la course avait donc duré 25 heures !Voilà le genre de curiosité insensée que l’on peut découvrir dans ce livre bourré d’anecdotes, où à chaque page on découvre une histoire toujours différente de celle que l’on connait et illustrée à chaque fois par des extraits de journaux, des publicités, des photographies, bien souvent encore jamais publiés dans un livre.
Henri Charpentier et Bernard Bakalian ont aussi pris l’engagement de concentrer leurs recherches uniquement sur les vainqueurs à la distance, c’est-à-dire au classement général, et donc sur les voitures qui ont triomphé en couvrant un maximum de tours et de kilomètres en 24 heures. Un choix délibéré tant il est vrai qu’au Mans le vrai palmarès est celui qui consacre la marque victorieuse et les pilotes qui franchissent la ligne d’arrivée en tête.
De plus, au fil des pages, dès la première course, on retrouve les témoignages et confidences de tous les “héros” qui ont marqué, de leurs exploits répétés, les 100 années de cette compétition unique en son genre. C’est aussi la force de cet ouvrage de retrouver les propos de ces champions de l’endurance qui ont bravé la nuit au volant de leurs voitures de plus en plus puissantes et rapides au fil du temps…malgré des éclairages et des pneumatiques de qualités très moyennes au début de l’expérience.Et c’est pourquoi en 1926, les ingénieurs de l’Ecole des Ponts et Chaussées, ont fait des études sur le revêtement des routes pour améliorer la sécurité. Ainsi nos confrères ont-ils retrouvé un rapport de cette époque où la fameuse ligne droite des Hunaudières était surnommée “la route en or” !
Au chapitre des illustrations iconographiques on peut découvrir la première publicité consacrée à la Chenard et Walcker, gagnante de la toute première course de 24 heures dans la Sarthe. Autre image saisissante, celle de la publicité en couleur imaginée par Lorraine-Dietrich, firme auteur du premier triplé de marque à l’arrivée en 1926. Ce jour-là, André Rossignol, déjà vainqueur en 1925, récidivait et l’emportait à nouveau en arborant, comme toujours en course, un superbe nœud papillon !
L’ensemble des clichés sur la victoire du constructeur Lorraine-Dietrich sont assez exceptionnels car rarissimes. On peut d’ailleurs nettement voir le premier phare antibrouillard sur la calandre avant de la voiture de 1926.Autre révélation, le cas du pilote anglais Joel Barnato, orphelin milliardaire qui achète à Walter Owen Bentley son entreprise en 1927… Il conserve son ami constructeur à la tête de la direction sportive. Passionné de course, il participe trois fois aux 24 Heures du Mans et triomphe à chaque fois au volant des légendaires Bentley avant de renoncer définitivement à la course en 1930.
En 1929, Bentley l’emporte en terminant aux quatre premières places. Une performance extraordinaire. C’est cette course que décrivent les auteurs avec un cliché encore jamais publié des deux pilotes vainqueurs, Joel Barnato-Tim Birkin. Nos deux confrères en profitent pour présenter en exclusivité le récit de Barnato lui-même sur ses trois victoires consécutives avec en illustration un tableau du peintre Rob Roy sur cette fameuse course de 1929 encore dans toutes les mémoires des amateurs de courses automobiles.Petit détail qui a son importance pour la promotion interne de la course : en 1930, le journaliste Edmond Dehorter, surnommé “le Parleur Inconnu” depuis ses reportages en direct à la radio aux Jeux Olympiques de Paris en 1924, devient le premier speaker officiel du Mans et ses commentaires enflammés ajoutent encore un peu plus au suspense de l’épreuve mancelle. Il fut l’un des prédécesseurs d’Henri Charpentier à ce poste !
Tout au long du livre il est fait aussi référence à différentes victoires, comme celle de 1931 où l’Alfa Romeo de Tim Birkin et Lord Howe franchit la barrière des 3.000 km en 24 heures. En 1932 la course prend sa nouvelle identité et deux documents préfectoraux d’époque permettent de comprendre exactement quand l’expression “24 Heures du Mans” est officiellement reconnue.
En 1933 avec un troisième succès consécutif Alfa Romeo, avec en prime un fabuleux triplé, marque la géniale invention de la ligne blanche continue dans le but d’améliorer la visibilité nocturne des conducteurs lancés à toute allure dans la ligne droite des Hunaudières. C’est aussi cette année-là qu’on découvre dans un article du Miroir des Sports, que les commissaires, pour repérer les éventuels tricheurs, se mêlaient à la course à bord d’une voiture et surveillaient les concurrents pour empêcher les pleins d’essence ou les changements de roue intempestifs hors règlement. Le reportage hallucinant est signé Gabriel Hanot. A admirer aussi la sublime photo d’Ettore Bugatti avec son chapeau melon, constructeur français bien connu et au faîte de sa gloire après ses victoires de 1937 et 1939. Les auteurs ont choisi de raconter la vie de ses deux pilotes vainqueurs et surtout “résistants héroïques” contre les nazis, Robert Benoist et Jean-Pierre Wimille. Le premier d’entre eux était le directeur sportif de Bugatti et a fini tragiquement sa vie en déportation à Buchenwald où il fut pendu en septembre 1944.
On les retrouve d’ailleurs en 1949 à la UNE du Maine Libre lors de la reprise de la course douze années plus tard avec la première victoire internationale de Ferrari grâce à son ami Luigi Chinetti, triple vainqueur des 24 Heures du Mans. Devenu américain après-guerre, Chinetti deviendra importateur exclusif Ferrari aux USA et gagnera l’épreuve en 1965 avec sa propre écurie NART. (North American Racing Team)… Il est aussi le premier pilote à avoir été fait “citoyen d’honneur” de la Ville du Mans.La performance sportive n’est jamais éloignée de l’amélioration technologique et les auteurs n’oublient pas de rappeler que Jaguar est aussi le premier constructeur à couvrir plus de 4.000 km en 24 heures en 1953 sur sa Type C dotée des révolutionnaires freins à disque.Avec pudeur, Henri Charpentier et Bernard Bakalian évoquent aussi, avec beaucoup de dignité, l’épouvantable tragédie du 11 juin 1955 qui fit 82 morts. Sous le commentaire “L’émotion nationale”, ils privilégient de revenir sur cette catastrophe avec un habile montage d’une dizaine de UNE de journaux de l’hexagone relatant le drame.Ils ont aussi retrouvé les mots du proviseur du Lycée Montesquieu et du professeur principal de la classe de Pierre Rouchy, l’une des plus jeunes victimes de cet accident, messages adressés à ses parents. Il est encore très émouvant d’y lire les signatures de tous ses camarades.Les témoignages des pilotes concernées, et notamment celui de Juan Manuel Fangio, recueilli plus tard par Henri Charpentier, ajoutent au sérieux du travail réalisé. J’ajoute que les auteurs, au passage, rendent hommage à Roger Couderc qui, dans un de ses livres raconte cette folle après-midi. Il était à l’époque en direct pour commenter la course sur Paris Inter avec Raymond Marcillac. Un témoignage vécu historique fort bien trouvé.
Il faut également se pencher sur les épopées de Ferrari et de Ford entre 1958 et 1969 où ces deux grands noms de l’automobile se sont affrontés par l’intermédiaire de deux des “monstres” sacrés de l’endurance :la Ferrari Testa Rossa et la Ford GT40. Les “écorchés” de ces deux phénoménales prototypes, symboles de l’histoire de l’endurance, dont les règnes successifs y sont présentés comme un témoignage de la course à l’armement auquel les deux constructeurs ennemis se livraient sur le circuit de la Sarthe.Les paroles des pilotes Olivier Gendebien, Phil Hill, Bruce McLaren et Chris Amon sur ces affrontements qui drainaient près de 400.000 spectateurs au Mans, renforcent encore plus la profondeur des recherches entreprises.
D’ailleurs rien n’est oublié et c’est en 1966, avec la toute première victoire Ford que la moyenne des vainqueurs passe le cap des 200 km/h. Un an plus tard, c’est la Ford GT40 de Dan Gurney-“AJ” Foyt qui pulvérise tous les records en franchissant la barrière des 5.000 km sur le double tour d’horloge !En 1969, l’insolence d’un jeune pilote Belge, futur vainqueur de l’épreuve, Jacky Ickx va bientôt contraindre l’ACO à changer sa formule du départ en épi. Une vraie révolution est en marche et en deux étapes successives, la formule de départ
Présent au Mans depuis 1951, la firme allemande Porsche connait enfin la victoire de prestige qu’elle visait en 1970 à l’issue d’un duel épique face à Ford. Aujourd’hui le constructeur de Stuttgart détient le record de victoires (19) dans cette course et les multiples documents en provenance des archives permettent de revenir brillamment sur l’essentiel des performances réalisées par Porsche dans la Sarthe: du record de distance de la Porsche 917K de Ickx-van Lennep en 1971 (record battu en 2010 seulement par Audi) jusqu’à la première victoire d’un moteur Turbo en 1976, de l’extraordinaire course de 1977 avec la première victoire d’un trio de pilotes, Ickx-Barth-Haywood, le succès du mécène Dior sur Porsche avec un duo exceptionnel Jacky Ickx-Derek Bell pour défendre les couleurs du parfum “JULES”… et de l’ultime succès en 2017 de la Porsche 919 Hybrid.
Honneur aussi aux constructeurs Français avec dans l’ordre Matra et ses trois victoires successives (1972 à 1974). Henri Pescarolo y raconte cette fabuleuse épopée. En 1978, Renault et son unique victoire avec le pneu radial Michelin permet à Pironi et Jean-Pierre Jaussaud les raisons d’un succès très difficile. Enfin, en 1980 Jean Rondeau, seul et toujours unique pilote-constructeur à vaincre au volant d’un prototype de sa propre conception.
Un véritable exploit pour un artisan qui réussit, avec son ami l’expérimenté Jean-Pierre Jaussaud, à terrasser l’ogre Porsche et son duo vedette Ickx-Bell. Les aveux de Jean Rondeau sur ses souffrances en fin de course sont terriblement poignants et grandissent encore plus sa victoire sur ses terres.
En 1991, le japonais Mazda signe son unique succès sur son modèle 787B à moteur rotatif équipé de freins carbone. Les photos de cette mécanique difficile à maîtriser proviennent directement des archives d’Hiroshima où la voiture a été mise au point de longues années durant. Elle disposait aussi d’une redoutable arme technologique utilisée pour la première fois au Mans : les freins carbone.Deux anecdotes essentielles ne sont pas oubliées. Un an avant, en 1990, le circuit perd son ADN, ce qui depuis sa naissance en 1923 signe son originalité: la célèbre ligne droite des Hunaudières doit suivre les nouveaux règlements en matière de sécurité.La Commission Sportive Internationale interdit sur tous les circuits du monde des lignes droites de plus de deux kilomètres. En conséquence l’ACO obtempère et dessine deux chicanes pour réduire la vitesse. Peine perdue, puisqu’en 2010 le vieux record de la Porsche 917K de 1971 est battu par une Audi R15 TDI. Et puis c’est en 1991 qu’un astucieux président des commerçants du Mans, Bernard Warain, crée les empreintes dans le bronze des pilotes vainqueurs que désormais tout visiteur peut admirer sur le parvis de la gare du Mans en descendant du train.
Après Porsche, le Français Peugeot s’illustre à son tour dans la Sarthe en y triomphant à trois reprises en 1992, 1993 et 2009. Là encore nos auteurs se distinguent en révélant la 905 gagnante de 1992. Ils nous font découvrir la maquette originale avec tous les détails techniques et internes du prototype tel que personne ne l’a encore jamais vu. Ils nous offrent aussi les dessins colorés de la silhouette de profil et du dessus de la carrosserie sur papier calque de la voiture qui a offert à Yannick Dalmas la première de ses quatre victoires au Mans.Le champion Français analyse parfaitement ses succès avec quatre constructeurs différents et c’est aussi pour toutes ces confidences de pilotes que cet ouvrage nous plonge au coeur de l’évènement.
A chaque époque son écurie: Audi a posé son empreinte sur la course dès le début du XXIème siècle avec un pilote emblématique, le Danois Tom Kristensen qui gagnera au total neuf fois l’épreuve dont sept fois pour la marque aux quatre anneaux. Il va surtout réussir la performance de l’emporter six fois de suite entre 2000 et 2005. Audi sera le dernier constructeur à gagner avec son R8 à moteur thermique à essence en 2005, puis le premier à imposer la technologie du Diesel avec son R10 TDI en 2006. Enfin, en 2012, Audi crée la sensation avec l’hybride R18 e-tron quattro.A signaler que l’italien Emanuele Piro réussit à monter neuf fois consécutivement sur le podium entre 2000 et 2008. Pour être parfaitement complet nos deux auteurs reviennent sur l’édition 2010 où Audi réalise un splendide triplé tout en améliorant le vieux record du circuit datant de 1971… avec au volant de l’Audi R15 TDI, Timo Bernhard, Romain Dumas et Mike Rockenfeller. Sur le podium on peut constater que les neuf pilotes ont tous gagné au moins une fois les 24 Heures du Mans et qu’ils représentent ensemble vingt-neuf succès dans la Sarthe… C’est le plus beau podium jamais vu au Mans.
Enfin pour terminer, saluons la domination Japonaise depuis 2018. Toyota a sorti de ses archives des documents originaux qui permettent encore une fois aux auteurs de nous distiller quelques illustrations peu communes et de revenir sur le plus cruel des échecs vécu par la firme nippone en 2016 quand sa voiture rend l’âme sur la ligne d’arrivée, un tour seulement avant la fin de la course.La déception de Nakajima le pilote de l’écurie faisait peine à voir mais depuis, selon sa propre formule, “Au Mans il ne faut jamais rien lâcher”, il a oublié cet épisode et remporté trois fois consécutivement l’épreuve. Comme il le confie aux auteurs, “Au Mans j’ai connu l’enfer et le paradis”. Avec cinq victoires lors des cinq dernières éditions, Toyota a vaincu le signe indien et pourrait bien être celle qui remportera la course du centenaire avec sa GR010 Hypercar.´
J’ai aussi énormément apprécié à la fin du livre le chapitre consacré aux biographies très précises de dix-sept pilotes. Tous, par leur palmarès au Mans, ont indéniablement marqué de leur empreinte et de leur talent l’histoire de cette course si difficile à maîtriser.
Leurs déclarations donnent à cet ouvrage un caractère presque intime, où la modestie des propos tenus par tous ces champions du volant face à cette course très spéciale dans sa conception, nous les rend plus humains, plus simples, et donc beaucoup plus proches de nous.La préface signée de Gérard Larrousse, aujourd’hui Président de l’Association des Pilotes du Mans, deux fois vainqueurs comme pilote et une fois comme directeur de Renault Sport, est aussi un gage du travail extrêmement rigoureux réalisé pendant cinq années par Henri Charpentier et Bernard Bakalian Gilles GAIGNAULTPhotos : Bernard BAKALIAN Editions LAFONLes 24 Heures du MANS, L’HISTOIREAuteursHenri CHARPENTIER- Bernard BAKALIANPrix :29,95Euros [caption id="attachment_429272" align="aligncenter" width="630"]
En route pour les 24 Heures du Centenaire …[/caption]]]>










