Les 24 Heures Off Road du Maroc sont, sur la carte, en bas du pays. Pour deux manches, l’une ce mardi dans la région de M’Hamid, l’autre le lendemain à côté de Zagora.L’écart en tête est infime, neuf minutes entre le Trophy Truck de Vigouroux et Winocq, et l’Oscar OSC de Radelet, Schlesser et Kaket. Sur deux fois six heures de course en terrain extrêmement beau mais franchement hostile et des températures extérieures à peine supportables, c’est “peanuts”, même si c’est toujours mieux d’être devant que derrière..
CAP AU 180…
GRAND MOMENT DE VIE …
[caption id="attachment_47645" align="aligncenter" width="600" caption="SCHLESSER ENVOIE..."]
[/caption]Au moment où il repart, les mécanos lui ont, par signes, demandé de faire au moins cent mètres avant de la recasser (Là c’est moi qui invente… je n’entends point le Letton, langue maternelle des deux mécanos en question…Peut être que chez eux, par signes, on peu confondre ” arrête de ramer on entend la falaise” et “t’occupes pas de la fumée, mets du charbon”… )Sept tours plus tard, il est rentré avec des pneus lisses, mais ayant récupéré la tête du classement général…Lui il avait compris qu’il fallait mettre du charbon!Alors, c’est comment un Schlesser énervé?Je ne vais pas être déçu.Une histoire comme on en entend seulement quatre ou cinq dans une vie…[caption id="attachment_47620" align="aligncenter" width="600" caption="A DROITE DE LA PHOTO, JEAN CLAUDE LE NAVIGATEUR"]
[/caption] Jean Claude Kaket raconte.Il faut imaginer cette discussion avec un Monsieur très élégant dans sa façon de parler, avec un délicieux accent belge annonciateur de grands moments dans les sports mécaniques.Pourquoi ce petit pays a t’il eu autant de Champions du Monde en sports mécaniques?Une vraie pouponnière de talents.Ajouté au Maroc, cela fait des équipages très efficaces…Jean Jacques Radelet est belge habitant au Maroc, Jean Louis Schlesser est né au Maroc…“D’abord, il faut rappeler que le premier jour, Jean Louis monte à bord de l’auto et part en compète sans jamais l’avoir pilotée. Le tour de reconnaissance, c’est Jean Jacques Radelet qui l’a fait avec moi. On fait plusieurs tours avec Jean Jacques et au changement de pilote, je me retrouve pour la première fois avec Jean Louis comme son navigateur. On a décidé de rouler d’abord un ou deux tours pour se connaître, (120 km) , mais il fallait quand même rester en tête de course… Au bout de peu de temps, il avait magnifiquement l’auto en mains, il me dit d’ailleurs qu’elle est facile, elle est bien faite. Style tout à fait différent de Jean Jacques, qui pilote plus en glissade. Il faut d’ailleurs que je m’adapte d’un pilote à l’autre, la façon d’annoncer n’est pas la même… D’ailleurs, ensuite, quand Jean Jacques reprend le volant, il me dit que je n’annonce plus de la même façon… ça laisse des traces de naviguer un Schlesser… Bon mais le deuxième jour, quand “Schless” passe au delà d’un état moyennement calme?“Je vais te dire, quand un mec d’immense talent prend un volant et attaque, c’est un mec différent de celui que tu connaissais avant de rouler. Vraiment pas le même. Il ya deux hommes différents tu vois? L’homme et puis le pilote. Si tu as peur du pilote, il faut faire autre chose…Et là, en ce qui me concerne, ou bien j’aime la compétition ou bien je reste chez moi.. Et assister à ce genre de pilotage, c’est un privilège! Peur? Bien sûr que non. Pas avec des mecs comme mes pilotes! Leur demander de se calmer? ce serait ridicule, long, je les déconcentrerais, et puis je ne suis pas là pour ça. On a quand même un code. Le mot “Hop!”. Si je le prononce, c’est que j’ai un doute sur ce qui peut se passer. Au hasard, on arrive VRAIMENT trop vite sur une saloperie, ou bien je pense que l’annonce que j’ai faite n’a pas été… entendue? Ce n’est pas un ordre, juste un avis. Ils en font ce qu’ils veulent. En deux jours, je crois que je l’ai dit une fois à Jean Louis. C’est court, c’est net, c’est facile. Pour le reste, si j’annonce un piège et que l’on roule à 180, je le dis, disons , largement avant les 200 mètres! puis je le redis… Aux deux cent mètres. Après, c’est leur vision, pas la mienne… Il se trouve que parfois, je suis pilote aussi, je sais donc ce qui m’énerve de la part du copi… Le reste, c’est du plaisir. “Bon lecteur, je te retrace cette interview comme je l’ai ressentie. Avec une sorte de délicieux frisson d’être comme une petite souris qui s’est glissée dans le cockpit. J’espère avoir transmis. Ce mardi, boucle autour de M’hamid, six heures sur un circuit de 51 km. La température extérieure ne va pas baisser, quarante cinq vers deux heures de l’après midi… Alors à l’intérieur des cockpits? Sur ceux qui sont ouverts, le Trophy Truck, par exemple, qui n’a pas de pare-brise, l’équipage prend des tonnes de poussière mais bénéficie d’ un refroidissement à air sympa pour les gens à bord. Enfin la poussière, c’est quand on est derrière quelqu’un et le vent quand on va vite.. ce qui est le cas, et donc sur six heures, on va finir par en doubler du monde, même sur un circuit de cinquante bornes. Donc un peu d’air brûlant et beaucoup de ce que Thierry Sabine surnommait joliment “le brouillard de l’Afrique”. Dans les voitures fermées en revanche, la température sera effroyable… Soixante? Et pourtant, pilotes et copi auront la banane sur la ligne de départ. Le bonheur est le premier élément de cette épreuve. On se souvient alors de Steve Mc Queen, qui adorait les courses de désert avec son pote Malcolm Smith ( Film cultissime On any Sunday…).“Racing is life, anything else is waiting…” La course c’est la vie, le reste n’est qu’une attente…Vu comme ça, c’est fastoche le bonheur…










