Nous avons été nombreux à avoir été touchés en plein cœur par la disparition survenue le Jeudi 3 Février dernier, à l’âge de 87 ans, de Gilbert Guignabodet tant sa vie fut pleine, intense et tant il aida sans compter, au début des années 70, de nombreux jeunes pilotes qui n’auraient jamais pu percer et briller sur le devant de la scène internationale motocycliste, sans son expérience et ses conseils précieux.Regardons dans le rétroviseur pour retracer le chemin d’une vie, celle de Gilbert Guignabodet que tout à chacun surnommait ” Guigna” ou encore ” Gil ” pour les plus intimes et qui était né le 27 Avril 1934, à Nogent Sur Marne. Là, où les guinguettes poussaient au fil du chemin de halage de la Marne, dans l’un des panoramas les plus beaux, proche de la capitale et rendu célèbre par la chanson de ce petit vin blanc que l’on buvait du côté de Nogent!
LOUIS, ROBERT, GILBERT … LA BELLE HISTOIRE
Ironie de l’histoire, la saga vrombissante des Guignabodet, débuta dans les années 1910, par une course à pieds remportée en Belgique par le Grand-père Louis, modeste zingueur, qui gagna une ‘motomobile’ comme on disait à l’époque (FN 4 cylindres) et qui ne quitta plus la famille tout comme l’appétence pour les deux roues.Louis Guignabodet eu deux enfants, Robert et Paulette. Robert, grand gaillard sportif, comme son père Louis, devint mécano, disputa des critériums, puis s’installa bientôt à son compte avec sa femme.En 1945, en parallèle du garage, ils ouvrirent une petite boutique de deux roues à Brie Conte Robert, où ils étaient agents exclusifs pour les marques AJF, Ariel, Gilera, Jonghi …C’est là donc que le jeune Gilbert, vécu avec ses deux frères Patrick (motoriste ensuite chez Matra Sports où nous pouvions l’apercevoir a cote du circuit Paul Ricard, du côté de Signes lors des essais des beaux protos bleus) et Jean-Louis, décédé lui après-guerre de maladie.Les Guignabodet partirent ensuite pour s’installer pas très loin à Chelles en Seine et Marne, où ils avaient déménager pour ouvrir leur nouveau magasin de moto.Gilbert et Patrick travaillaient comme mécaniciens avec leur père Robert et débutèrent ensemble la compétition en side-cars puis en solo et en rallyes moto.En 1950, dès l’âge de 16 ans, Gilbert courut à Linas-Montlhéry le Bol d’Or sur sa 125 Jonghi se classant douzième de sa catégorie et seul au guidon durant 24 heures car, à cette époque et jusqu’en 1953, le règlement l’imposait !Au Bol 1951, il termina 10éme au guidon de sa Puch en catégorie 175cc, puis 18éme en 1952 sur une Guiller à moteur AMC.En 1955, durant son service militaire au 1er Régiment de Train, il faisait partie de l’équipe nationale des motards de l’armée en trial et obtenu l’autorisation de continuer la compétition.En 1956, Gilbert fut sacré Champion de France sur une Moto-Guzzi 250 et se classa second de la classe 175cc au Bol d’Or, avec son équipier Rouger sur une Alcyon.Retenons encore qu’en 1955, Gilbert épousa Yvonne et de leur union naîtront deux fils : Jean-Louis né le 28 Mars 1956 qui fit une brillante carrière en disputant 129 Grands Prix 250 et 350cc entre 1974 et 1987 avant de créer les échappements MIG ( Moto Industrie Guignabodet ) puis Yann né en 1968 qui prendra la direction de l’entreprise transmise par Gilbert en 1996 parti profiter d’un repos bien mérité .Gilbert a su prendre une retraite paisible en profitant de ses autres passions : la nature , la chasse et la pêche dans le village de Saint André Les Alpes qu’il adorait tant.Yann pouvait être fier en 1999 de posséder la plus grosse concession Honda de France , située non plus près du port mais à la sortie de Toulon . [caption id="attachment_386311" align="aligncenter" width="600"]
GUIGNA Photo 2 Yvonne avec Gilbert et Yann Guignabodet Archives Guignabodet[/caption] L’EXPLOIT AU BOL D’OR 1957 AU GUIDON D’UNE ÉTRANGE YDRAL LIBÉRIA :
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1957 Bol d’or Montlhéry Gilbert Guignabodet et Georges Agache avec l’ingénieur Durand père de la Libéria Ydral 1ers classe 175cc P4 au général Archives Guignabodet[/caption] Fort de son titre de Champion de France 56, Gilbert Guignabodet fut incorporé dans l’équipe Ydral, associé à la marque Libéria. Ces noms ne nous disent plus rien aujourd’hui car elle n’existent plus depuis fort longtemps .Ydral, marque déposée en 1926 est en réalité l’anagramme d’Anatole Lardy, dont le 1er Brevet d’invention fut en , le moyeu amovible avec frein et amortisseur pour motocycles .Le premier moteur Ydral deux temps, simple et robuste, fut créé en 1945 dans l’usine de Suresnes (92) par Lardy en collaboration avec René Maucourant, fabricant des ” Superculasses ” et il équipa plus de 70 modèles de motos françaises dont Libéria de Grenoble avec son type Y de 1956 qui fut une bien jolie petite machine , de style Italien . Les standards de l’époque arboraient de magnifiques petits réservoirs sports , des cadres simple berceau tube carré d’acier 103 de 3 mm d’épaisseur, des fourches Tiger, une suspension arrière oscillante et la selle biplace Aurora ou Bolland . [caption id="attachment_386313" align="aligncenter" width="600"]
-Affiche-moteurs-Ydral.j[/caption] Cette marque Libéria restera confidentielle avec une production avoisinant les 2000 unités face au géant Motobécane et ses 300.000 véhicules produits. C’est par la compétition que Ydral et la firme Grenobloise Libéria allaient se bâtir une bonne réputation alors que les grands constructeurs ramaient en sens contraire dans les années cinquante . L’arrivée des firmes Japonaises allaient souffler un vent nouveau grâce aussi à leur implication rigoureuse dans la course au grand désarroi des constructeurs Français qui n’avaient pas vu venir le danger et qui ne s’en relèveraient plus.Ceci est une autre histoire qui mettait toujours en rogne le jovial Georges Houel , ancien pilote sur 2 et 4 roues de cette époque pionnière, et qui avait ouvert un restaurant dans le 15éme arrondissement ” Le volant ” non loin de la Sidemm, située à l’époque rue de l’église et crée par Xavier Maugendre qui importa les premières Kawasaki . Nous verrons que Maugendre fut lié aussi à la destinée des préparations effectuées en endurance par Gilbert Guignabodet. Georges Houel, toujours accueillant, recevait à sa table , que nous appelions ‘la cantine’, tout le milieu de la compétition des sports mécaniques midi et soir avec les souvenirs humains des belles rencontres qui refont surface .L’ami ” Jojo” décédé le 10 Avril 2008 à 95 ans n’aura pas vu la triste fin de l’aventure Voxan , la seule et dernière moto française , dont la société fut mis en liquidation judiciaire en 2009 après avoir subi plusieurs plans de reprise et de cession depuis 2001. L’agonie Voxan mis à mal par effet dominos les affaires de la société MIG des frères Jean-Louis et Yann Guignabodet, les fils de Gilbert, qui avaient investi dans des machines-outils spécifiques pour réaliser les tubes de cadre et les échappements d’origine des Voxan. Un ultime pari de passionnés dont faisait partie également Yves Kerlo et sa société Reflex , mais à une échelle moindre dans la prise de risques, qui conclut : ” Nous étions des autodidactes et la passion prenait le dessus sur la raison…” .Reprenons le voyage de l’histoire de ce 29éme Bol d’or 1957 et le fil de la belle vie de Gilbert Guignabodet en ce premier week-end ensoleillé de Juin sur l’autodrome de Linas-MontlhéryGilbert fut associé pour ces deux tours d’horloge à Georges Agache qui assuraient, sans relâche, les recherches sur les ” Ydral usine ” tant au banc d’essais dans l’appentis aménagé sous l’anneau de Montlhéry ou à l’atelier de la station de service Ydral situé rue du Débarcadère à Paris. Le plus talentueux des pilotes Ydral se nommait Alain Dagan et était jusqu’alors l’équipier d’Agache mais Dagan s’était vu embauché par le concurrent Gnome & Rhône.Guignabodet et Agache réalisèrent un véritable exploit au guidon de la Libéria Ydral N°49 en remportant la classe des 175cc et en se classant au quatrième rang du général à plus de 100 km /h de moyenne. Gilbert Guignabodet, le longiligne, avait du mal à caser sa carcasse à l’intérieur de la carène avec ses coudes à l’intérieur de ses genoux en opposition à la taille Jockey d’Agache. Si vous ajouter un rayon de braquage très faible de la machine , des ampoules qui n’en finissaient pas de griller avec les imperfections des dalles en béton de l’autodrome , l’épreuve ne fut pas vraiment une partie de plaisir . [caption id="attachment_386314" align="aligncenter" width="600"]
1957 La Libéria à moteur Ydral de G.Guignabodet et G.Agache 1ers classe 175cc et P4 au général du Bol d’or Archives Guignabodet[/caption]L’INSTALLATION À TOULON
Q’importe la souffrance car, à 23 ans, la victoire fut belle et retentissante pour Gilbert qui à la fin de l’année 57 descendra s’installer avec Yvonne et le petit Jean-Louis à Toulon pour y monter son premier petit atelier de réparation de motos au port marchand de la ville, face au lycée Dumont d’Urville . [caption id="attachment_386315" align="aligncenter" width="600"]
GUIGNA Photo 6 Toulon le magasin et la famille de Gilbert Guignabodet Archives Guignabodet[/caption] En 1958, Gilbert réalisait le meilleur temps absolu de la montée de la célèbre côte Lapize au guidon de la prestigieuse Gilera 500 Saturno que possédait aussi Georges Houel.En 1961, sur le circuit du parc Borely de Marseille, Gilbert se classait 3éme en 175cc sur une Morini puis remisera momentanément son casque en fin de saison après sa dernière victoire en 350cc lors des Coupes du Salon à Montlhéry au guidon d’une AJS avec laquelle il se classera troisième du Championnat de France .En 1963, il a commencé à vendre des motos Japonaises de marque Honda tout en gérant avec son épouse son atelier de réparations et en se consacrant à la préparation de motos de marque Suzuki, Kawasaki et Yamaha alors qu’il vendait des Honda !Gilbert Guignabodet a su donner la chance à de nombreux jeunes pilotes prometteurs pas moins de quarante répertoriés) en faisant courir ainsi Christian Léon, Georges Fougeray, Jacques Luc, André Kaci ou encore Jean-François Baldé qui très aimablement a bien voulu nous accorder son émouvant témoignage sur sa rencontre décisive avec Gilbert Guignabodet dès son adolescence Toulonnaise où il est arrivé en 1963, à l’âge de 13 ans. (Voir lien) LA CRÉATION DU BOL D’OR A 100 ANS CETTE ANNÉE
Le Bol d’Or 69 avait été celui du renouveau de la moto en France car devant la renaissance des grosses cylindrées et l’abondance des nouveaux modèles MM. Jean Murit et Marcel Seurat poussèrent Moto – Revue à relancer sur le plan national cette épreuve interrompue depuis 1961 .Le premier Bol d’Or a eu lieu sur le circuit des Loges à St germain en Laye en 1922 (nous fêterons cette année donc le 100éme anniversaire de sa création) par Eugêne Mauve et l’association des anciens motocyclistes militaires (AAMM) qui devint l’AMCF (Association des Motos Cyclecaristes) dont son président Maurice Vimont donna son accord avec enthousiasme pour reprendre une 33éme édition tout en créant un comité d’organisation avec l’aide d’un autre club le MC Châtillonnais et le side-car Club de France patronné par Moto-Revue et le BMW Club.HONDA FAIT SON MARCHÉ DE PILOTES ET PLACE SES PIONS EN ENDURANCE
En 1970, Honda avait organisé une sélection de pilotes en vue du Bol d’Or pour former des équipages sur le circuit privé d’Aubusson, au Mas du Clos,créé par Pierre Bardinon. Guignabodet y était aussi car il courait encore et avait toujours la niaque . Tout le monde devait tourner sur une seule Honda Daytona avec des Japonais qui prenaient et notaient tous les chronos dans tous les virages. Le premier a l’avoir enfourchée devait être Guili puis ce fut Laprie qui s’est cassé la gueule avec et nous ne pouvions plus l’utiliser. Nous avions ensuite pris le guidon d’une ” quatre pattes ” d’origine. Je n’étais pas spécialement à l’aise sur une moto de route et j’ai été quand même sélectionné mais en 250 alors que Guignabodet avait obtenu sa sélection en 750.Baldé se suvient : J’ai fait avant – dernier au Bol 70 que j’ai couru avec Charly Dubois car nous avions changé les tendeurs d’arbre à cames dans les stands en démontant le moteur car les tendeurs se bouffaient ! La 250 Honda était équipée d’un Racing Kit mais avec une base de série. On aurait dit un moteur électrique au bruit . Elle ne consommait pas et nous faisions 2h1/2 de relai avec un gros réservoir . Nous nous faisions doublé par tous comme des fous mais le temps qu’ils mettaient à ravitailler , nous repassions devant. Par contre, il nous fallait un palan pour nous sortir de la moto au bout du relai ! “ [caption id="attachment_386465" align="aligncenter" width="600"]
1970 Bol d’Or – Linas-Montlhéry Dernière course de Gilbert Guignabodet CB750 Honda Daytona N°30 P7 associé à Christian Frémin – Archives Guignabodet[/caption] 1971 : GILBERT GUIGNABODET : DU CASQUE À LA PRÉPARATION
Le Bol d’Or 70 qui s’était de nouveau ouvert aux internationaux sera le dernier couru sur l’autodrome de Linas-Montlhéry devenu trop vieillissant. Gilbert Guignabodet y disputa sa dernière compétition au guidon de la Honda CB 750 Daytona N°30 associé à Christian Frémin qui deviendra, auprès de Maugendre, le directeur commercial de la Sidemm Kawasaki. Ils se classeront à la 7ème place du général remporté par la Triumph de Dickie et Smart.En 1971, son casque définitivement remisé au clou, Gilbert Guignabodet allait consacré son temps entre le magasin et l’atelier en préparant une Honda 750 pour Michel Rougerie et Georges Fougeray qui remportèrent en Avril les 10 Heures de Montlhéry. Un mois plus tard, Christian Léon remplaçait Rougerie et remportait avec Fougeray, les 1000 Kms du Mans, puis en Juillet, le duo Léon -Fougeray, s’adjugeait encore, les 6 Heures de Rouen sur le circuit des Essarts. Georges Fougeray étant sacré Champion de France en endurance .1972 / 1973 : DE HONDA À KAWASAKI AVEC TOUJOURS DES VICTOIRES SIGNÉES GUIGNABODET .
A l’Automne 71, Christian Léon quittait la région Parisienne pour travailler au magasin de Guignabodet qui lui proposait la nouvelle Kawasaki H1R, puis la H1RA et ce afin de disputer la saison 72. La fragilité de la H1RA, coûtera malheureusement à Léon, le titre de Champion de France 500cc, face à Christian Bourgeois, et ce malgré ses 5 victoires. Guignabodet aidé du technicien, Jean-Jacques Catillon, ils reviendront au premier modèle plus fiable.En endurance sur la Honda ” Guigna ” 750, Léon était associé à André Kaci et ils se classèrent troisièmes aux 10Heures de Montlhéry, puis seconds lors des 1000 Kms du Mans. Baldé remporta en cette année 1972 le championnat de France national en 500 cc sur sa Kawasaki . ” A cette époque, insiste Jean-François Baldé, les motos de ” Guigna ” étaient une référence et il était devenu célèbre grâce à ses préparations. Avec Michel Cholet nous avions remporté les 10 Heures de Montlhéry en 1973.Au lendemain de ce Dimanche 15 Avril, nous pouvions lire sous la plume du grand reporter du quotidien L’équipe Patrick Chapuis qui consacrait alors de pleines pages à l’endurance, une déclaration de Guignabodet : ” Ce que j’apprécie chez Jean-François c’est son sérieux en course . Il ne se laisse jamais emporter, respecte les consignes données depuis le stand .”Baldé associé cette fois à Léon remportait dans la foulée les 1000 kms du Mans .Apartir de la, Xavier Maugendre qui voulait monter une écurie d’endurance en France, se tournait en 1974 vers le tandem Godier-Genoud, car Guignabodet voulait se consacrer exclusivement à la carrière de son fils, Jean-Louis, qui débutait en Grands Prix en 50 cc, puis 125, 250 et 350 jusqu’en 1987. [caption id="attachment_386466" align="aligncenter" width="600"]
1973-1000-kms-Montlhéry-1ers-Baldé-Cholet-Ecurie-Elf-Kawaski-Guignabodet-Archives-Michel-Picard[/caption]GUIGNABODET DONNE LA PRIORITÉ À LA FAMILLE
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Années 60 Toulon Jean – Louis et son père Gilbert Guignabodet devant le magasin Archives Guignabodet[/caption] Jean-Louis Guignabodet, dit ” Loulou ” a été élevé, comme plus tard son frère Yann, au milieu de l’atelier et du petit magasin de motos Toulonnais, situé près du port. Tombé tout jeune dans la marmite aux odeurs d’huile de ricin mitonnée par son père, qu’il a vu courir et préparer les machines de jeunes pilotes qu’il côtoyait à longueur de journée et qui deviendront de véritables Champions comme Léon ou Baldé, il était logique que jean-Louis veuille à son tour prendre une licence et s’engager en compétition… A 15 ans, il a suivi les cours de pilotage du circuit Paul -Ricard que dirigeait alors Georges Fougeray et sera le dauphin du lauréat, Jacques Luc.Papa ” Gil ” aidera à débuter du mieux qu’il pourra son jeune fils ” Loulou ” mais entre le magasin et la préparation des premières Hond, puis Kawasaki d’endurance et de vitesse des Baldé et Léon … il va se trouver devant un choix cornélien qui lui vaudra une petite brouille avec Christian Léon. Le cœur parlera car Gilbert donnera la priorité à la carrière de son ” minot “, comme on dit au pays des cigales .Yves Kerlo qui a vu débuté Jean-Louis, se souvient : ” En 1972, il y a donc un demi siècle , je roulais en 125 national avec une Aermacchi et Jean-Louis également . Il devait avoir 16 ans car il est plus jeune que moi qui en avait 20 . Gilbert m’avait dépanné de pièces et nous avions sympathisé . “Yves Kerlo qui se défini comme … bricoleur professionnel et pilote occasionnel, préparait lui même ses machines et avait fondé en 73 sa société (KYF pour Kerlo Yves Fabrication). Les routes de Kerlo et Guignabodet père et fils, se croiseront souvent avec cette passion commune pour la mécanique et un savoir faire de génie. Kerlo, Chartrain d’origine, deviendra un prestataire incontournable dans d’innombrables aventures mécaniques qui l’amèneront à crée fin 90, la Sarl Reflex qui permettra à Philippe Monneret associé à Rachel Nicotte et Bruno Bonhuil de remporter les 24 Heures du Mans 1991, au guidon de la Yamaha Finacor, dont la préparation avait été confiée par ” Phiphi ” Monneret… à Reflex!Dès 1974, Jean-Louis sera Champion de France 250cc, en remportant sur sa Yamaha TD3, les victoires sur les circuits de La Châtre et de Mayenne, tout en s’alignant avec autant de succès au guidon de sa 125 Yamaha à cadre PEM d’Edouard Moréna . Ainsi nous le retrouvions sur les plus hautes marches des podiums en début et fin de saison à Pau – Lesca, puis à Bourg En Bresse.1974 marquera ses débuts en Grands Prix à une époque où les engagements s’obtenaient au coup par coup grâce aux précieux points obtenus en national. Le méticuleux secrétaire d’alors de la FFM, Paul Spératza , notaient les Lundi matin tous les résultats valant ‘sésame, afin d’obtenir la précieuse licence Inter. Celle-ci ne garantissait aucunement le droit d’être accepté par les organisateurs – uniquement Européens de la dizaine de Grands Prix – à participer à la grande messe ! Gilles Gaignault, enrôlé par Patrick Chapuis au quotidien sportif ‘L’Equipe, et qui couvrait le GP Motos, se souvient : Cette situation d’une autre époque ne rebutait pourtant pas les jeunes loups du ” Continental Circus ” d’effectuer la grande tournée Suède / Finlande/ Tchécoslovaquie, malgré ce handicap et leurs faibles moyens financiers . L’excellent documentaire sorti en 1972 et réalisé par Jérome Laperrousaz en reflète merveilleusement bien l’ambiance .Dans ce contexte, le 22 Septembre 1974, Jean-Louis Guignabodet obtenait ses quatre premiers points en Championnat du Monde 250, grâce à une superbe 7ème place lors du Grand Prix d’Espagne, disputé sur le tracé urbain hyper dangereux de Montjuic, situé sur les hauteurs de Barcelone, dans le parc de Montjuich . Il s’y déroulait aussi le GP F1 jusqu’en 1975 et les 24 heures motocyclistes qui prirent fin à la suite du boycott des usines en 1982 déclenché par l’accident de Raymond Roche sur la Kawasaki Performance qui se pulvérisait sur une moto au sol et non signalée .En 1975, Jean-Louis Guignabodet débutait sa saison de GP en fanfare avec la 4éme place en 350 au guidon d’une TZ Yamaha, sur le circuit Paul Ricard qu’il connaissait comme sa poche. La victoire revenait au jeune prodige Vénézuélien, Johnny Cecotto qui à peine débarqué en Europe réalisait un doublé historique en 250 et 350 cc dont nous fûmes les témoins conquis .En 1976, c’était le retour dans la catégorie 125 avec un Morbidelli , de belles quatrième places à Assen et à Imatra et une sixièm position finale au Championnat du monde .Pour la saison 77 , ” Loulou ” s’engageait en 50cc (7éme au championnat) et 125 cc (4ée au final dont trois 3émes places à Jarama, Silverstone et Imatra, deux 4émes places à Opatija et Anderstorp et deux 5émes places au Ricard et à Assen) sur des Morbidelli .La carrière de Jean-Louis prenait une belle tournure dont son père était fier avec en prime le titre 125 au Championnat de France, mais la saison 78 sera médiocre avec le choix de piloter une 125 Bender qui ne donnera qu’une modeste neuvième place au Championnat .En 1979, Jean-Louis gravissait la seconde marche du podium, lors du GP de Suède avec son 125 cc Morbidelli .Ensuite, c’était le passage en 1980, dans la catégorie 250cc (8éme en Espagne, Belgique et Finlande) avec une Kawasaki, semblable à celle de Baldé . 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GUIGNA Photo 11 1981 V81 98 GP Allemagne 250cc 03 Mai Circuit Hockenheim Jean-Louis Guignabodet kawasaki N°21 P13 © Photo Michel Picard[/caption] En 1981, nouvelle 3éme place au GP de Finlande et la 6éme au Championnat du monde 250cc, puis en 1982 Jean-Louis se classait 4éme aux Pays Bas et 8éme au Championnat alors que le titre revenait à un autre de nos compatriotes … le Clermontois Jean-Louis Tournadre, auteur d’une saison performante et régulière!Face à la concurrence, la Kawa n’était plus très véloce, ce qui expliquait le retour sur une Yamaha en 83 avec une 4éme place à Assen. Puis le choix se portait sur Honda en 1984, mais sans plus de résultat alors qu’un autre Français était couronné, un autre Auvergnat… Christian Sarron sur une Sonauto Yamaha .Gilbert et Jean-Louis décidaient de passer à la construction de leur propre machine, la MIG 250 à moteur Rotax Autrichien pour la saison 85, au cours de laquelle, elle marquera le point de la 10éme place à Rijeka en Yougoslavie. L’aventure de la MIG n’aura pas plus de succès en 86 puis en 87, même équipée d’une fourche Fior . [caption id="attachment_386469" align="aligncenter" width="600"]
1982 GP Belgique 250 circuit de Spa Francorchamps 04 Juillet Jean – louis Guiganbodet Kawasaki N°7 P16 © Photo Michel Picard[/caption] La carrière de pilote de ” Loulou ” prendra fin discrètement avec un passage en Superbike sur une Honda en 1988 mais les projets de la fratrie des Guignabodet se tournaient vers la construction d’une nouvelle concession Honda ultra moderne et la fabrication de pots d’échappements sous la marque MIG (Moto Industrie Guignabodet ) .Pourtant le virus de la compétition était toujours latent et une idée germait dans la tête de Gilbert pour fêter ses 60 Printemps …GILBERT ENGAGE UNE RC 45 HONDA AU BOL D’OR 1994 POUR FÊTER SES 60 ANS
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Bol d’Or 16 et 17 Septembre circuit Paul – Ricard Panneau box Honda 750cc RC45 Guignabodet N°12 © Photo Michel Picard[/caption] Yves Kerlo s’en souvient : ” La grosse manœuvre remonte à 1994. Gilbert m’a appelé car il voulait inscrire une RC45 au Bol d’Or pour fêter ses 60 ans.” Cette année là, Reflex s’occupait de la Honda officielle RC 45 pour Honda France qui n’était pas une moto d’usine qui sont toujours habituellement conçues en interne. Gilbert m’a dit : “Je te paye un billet d’avion et tu viens passé deux jours ici à Toulon et est-ce que tu peux nous épauler ? “Yves poursuit et précise :Bien évidemment je l’ai fait. nous avions déjà couru deux épreuves et nous savions ce qu’il fallait, ou non , faire sur cette machine. Aux 24 Heures de Liège, ils se sont installés à côté du stand Honda France et ça s’était relativement bien passé en prenant la 4éme place avec Jean-Michel Mattioli, Michel Siméon et Thierry Autissier, puis ils terminent le Bol d’Or, à la septième position et décidèrent de s’engager sur le Championnat du monde 95. Honda France a alors repris les reines de l’opération mais je leur ai donné un gros coup de mains en mettant ma structure Reflex, un de mes salariés à disposition, des béquilles, des carénages et mon semi – remorque…” [caption id="attachment_386471" align="aligncenter" width="600"]
24 Heures du Mans 15 et 16 Avril 1995 – circuit Bugatti Honda 750cc RC45 N°12 Jean-Michel Mattioli P6 © Photo Michel Picard[/caption] 1995 L’ÉCURIE MIG GUIGNABODET CHAMPIONNE DU MONDE EN ENDURANCE
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24 H Liège 15 et 16 Juillet circuit de Spa-Francorchamps Honda 750cc RC45 Guignabodet N°12 P1 Michel Siméon © Photo Michel Picard-2[/caption] Jean-Louis connaissait très bien déjà l’endurance pour avoir fait partie de l’écurie Honda pour sa dernière saison de compétition en 1988, lorsqu’il fit équipage avec Sabatier et Mouchet sur la seconde machine des rouges .” Loulou ” revient sur le choix de l’équipage qui pilotait la Honda MIG Guignabodet tout au long du championnat 95 : ” J’ai voulu monter une équipe homogène autour de Mattioli, le déclencheur de cette opération. Je voulais des pilotes expérimentés, faciles à vivre et en harmonie avec notre conception familiale du team. Le Belge Michel Siméon, propriétaire d’une concession moto à Bruxelles et importateur MIG, n’avait eu aucun mal à intégrer une structure qu’il connaissait déjà. Restait Stéphane Mertens, vice – champion du monde Superbike et engagé en mondial 600cc, capable de tirer les autres vers le haut. Grâce à lui l’évolution a été très nette. La victoire aux 6 Heures d’Assen, en Avril, a été le déclic pour tout le monde puis la victoire à la régulière aux 24 Heures de Liège nous avait propulsé en tête du Championnat du Monde avant le Bol “. [caption id="attachment_386473" align="aligncenter" width="600"]
1995 24 H Liège Ravitaillement Honda Guignabodet P1 © Photo Yves Kerlo 337[/caption] Le Bol d’or sera pourtant un vrai cauchemar avec en tout debt de course… une chute de l’avant de Mattioli à 15h57 dans le double droite du Beausset qui relégua la N°12 au fond du classement après plus d’une demi – heure passée au stand à réparer les gros dégâts. Puis ce fut le coup de grâce, avec la très violente cabriole de Mertens, évacué avec quatre côtes cassées et une lésion aux poumons. C’est l’abandon et les espoirs de titre semblent perdus pour le Team Guignabodet. Les lois de l’endurance joueront cependant en faveur de l’équipe Toulonnaise car toutes les équipes en lice pour le titre abandonnèrent également. La pression fut à son comble jusqu’au dernier tour et Gilbert ne pu retenir ses larmes car très émue de voir le nom des Guignabodet sur le toit du monde… [caption id="attachment_386474" align="aligncenter" width="600"]
1995 Bol d’or l’émotion de Gilbert Guignabodet avec Mr.Mertens © Photo Y.Kerlo 338[/caption]LA CONCLUSION DE BALDÉ : SANS ” GUIGNA ” MICKEY SERAIT RESTÉ MÉCANICIEN !
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1982 GP Allemagne 250 circuit Hockenheim 26 Septembre Jean-François Baldé Kawasaki N°2 © Photo Michel Picard[/caption] Sans Guignabodet j’aurais peut-être été peintre en bâtiment comme mon père , non mécanicien car j’aimais trop la mécanique …c’est lui qui m’a appris , qui m’a mis dans les rails et surtout, surtout , surtout qui m’a appris à ne pas avoir la grosse tête . C’est très important d’être raisonnable et de se remettre en question .Quand il a été malade, il était content que “Mickey ” lui téléphone . Il était toujours content de se rappeler des bons trucs . Il m’estimait beaucoup. Ma mère m’appelait Mickey … Ah mon Mickey… et tout le monde m’appelait ainsi . D’ailleurs a son enterrement j’ai amené le Mickey en question avec lequel je dormais lorsque j’avais cinq ou six ans pour dire à Mme Guigna : ” voilà pourquoi il m’appelait Mickey . Je l’ai toujours car ma mère l’avait gardé. “Je n’étais pas le meilleur pilote en France mais la fidélité à Kawasaki m’a servi. Je n’ai jamais été à la recherche de l’argent car moi c’était la passion du sport. Ma fidélité m’a toujours réussi. Lorsque Mr Guillou, le boss de chez Honda endurance voulait refaire l’équipage Léon – Baldé, car nous étions les meilleurs, il était descendu à Hyères et m’avait fait un chèque vierge mais déjà signé. Il m’a dit : ” vous mettez le chiffre que vous voulez ! ” Je n’avais pas une tune à l’époque. Je n’étais pas pauvre. Je vivais normalement avec mes parents mais j’ai refusé. Avec Xavier Maugendre, je n’étais pas payé mais il m’aidait et je me suis dit : avec ce qu’il a fait pour moi je ne vais pas pouvoir me regarder en face dans la glace. Il a dû le savoir et ensuite, même si je n’étais pas le meilleur, il s’est débrouillé, battu pour me payer mes Kawasaki qui m’ont permis de faire ma belle carrière. Tout cela je le tiens de l’éducation de mes parents mais également du ” père Guigna ” .Une seconde fois , lorsque France Télévision a retransmis les Grands Prix , il y a eu tous les ” renards ” de la France qui sont venus s’inscrire mais j’ai été choisi car Bonnecarrère m’avait recommandé à Choupin et j’avais été le seul à ne pas avoir demandé combien j’allais pouvoir gagner … Je voudrais dire aujourd’hui qu’il est parti et que l’on dit toujours, j’aurais dû plus m’en occuper. Je regrette aussi de ne pas avoir pris le temps d’aller le voir à la montagne plus souvent. C’est peut-être un peu d’égoïsme… Nous nous appelions de temps en temps jusqu’à l’année dernière … J’aurais dû lui dire qu’à chaque instant de la compétition je pensais à lui obligatoirement car c’est grâce à lui que j’ai eu cette vie merveilleuse. J’ai voyager dans le monde entier, gagner des courses, rencontrer des gens qui m’idolâtraient . Lorsque tu gagnes ton premier Grand Prix tu as l’impression qu’un lait de jouvence te tombe sur le corps. Beaucoup de gens n’ont pas pu avoir cette vie là que j’ai eu grâce à lui . Il a été celui qui sur le circuit du Luc m’avait repéré en roulant sur une Norton et en me disant : ” tiens toi je vais te faire essayé une T20 ! “. Il ne s’était pas trompé…”Pour Yves Kerlo qui a pris sa retraite active au soleil et restaure désormais depuis fin 2006 des machines anciennes au sein de sa structure Kerlo Classic . Il ajoute pour terminer : ” De Gilbert je garderai le souvenir d’un mec vraiment bien, pondéré, prêt à aider les autres mais à ses côtés il fallait aussi remplir le cahier des charges je dirais en te comportant bien . Je n’ai que de bons souvenirs de nos collaborations . “ [caption id="attachment_386476" align="aligncenter" width="600"]
1998 Grenoble Jean-Louis et Gilbert Guignabodet devant le Liberia Ydral du Bol d’Or 1957 au carénage Type poubelle .Archives Guignabodet[/caption] Autonewsinfos tient à remercier Jean-Louis qui est reparti au Canada où il vit désormais près du circuit du Mont Tremblant et son frère Yann Guignabodet aujourd’hui chocolatier à Cuers et qui, malgré leurs peines d’avoir perdu leur père, nous ont adressé son chemin de vie… hors du commun . Nos remerciements également à Yves Kerlo pour l’évocation de la dernière période endurance de l’écurie MIG Guignabodet et bien sûr saluons la gentillesse de Jean-François Baldé pour cette évocation si attachante de cette tranche de vie exceptionnelle qu’il a vécue auprès de ” Guigna ” son père spirituel , sans qui rien n’aurait été possible. Gilbert Guignabodet repose au cimetière du petit village provençal de Cuers situé à 20 kms au Nord de Toulon. Michel PICARD Photos / Archives famille GUIGNABODET, Yves KERLO, Micou MONTANGE et Michel PICARD. ]]>










