1922 – 1950 : DU GARAGE TRONCHON AU GARAGE MAINGRET
L’HISTOIRE…
Remontons le temps tout d’abord car il faut bien le souligner, la famille Maingret de Pont de Vaux dans l’Ain, représente à elle seule une véritable institution .Le portique installé lors d’une rétrospective initiée par le salon moto de Lyon en 2018, titrait : ” La saga Maingret “!En effet, c’est l’histoire d’une fratrie. Six frères : Christian, Bernard, Maurice, Daniel, Michel, Dominique et une soeur Annie qui, seule échappa au virus !60 ans plus tard, les frères Maingret consacrent toujours leurs existences aux sports mécaniques mais deux d’entre-eux, Daniel et Dominique ont hélas quitté ce monde… Nous leur dédions cette saga car ils ont, nous le verrons, apportés leurs pierres à l’édifice devenu, serions -nous tenté de dire, un monument !
Du garage Renault de Charles et Paulette, leurs parents, situé sur la place Poisat de Pont De Vaux mais aujourd’hui transformé en partie en pizzeria, un siècle nous contempleChristian nous raconte :” Le grand – père maternel Tronchon issu d’un milieu de charrons était installé à Chavannes Sur Reyssouze à 6 kms de Pont de Vaux. Cette famille maîtrisait depuis plusieurs générations le fer et le bois, traitait l’acier pour fabriquer des socles de charrues qui durent. Très jeune, il fut muni, ainsi que son frère, d’une bonne éducation acquise au petit séminaireEn ce temps là, c’était souvent l’un des seuls moyens de s’instruire pour les enfants intellectuellement doués vivant à la campagne, venant un peu de la bouse…Alphonse Tronchon travailla chez Victor Vermorel, un industriel qui fonda son entreprise en 1893 à Villefranche-sur-Saône. Les usines Vermorel ont compté jusqu’à 1200 ouvriers. Elle fut rendue célèbre par l’invention du tarare et de ” L’éclair “, cette sulfateuse en cuivre, dont les vignerons s’harnachaient en pulvérisant la fameuse bouillie Bordelaise sur les vignes, éradiquant le champignon parasite : le redoutable Mildiou .Avant la grande guerre, Vermorel s’était lancé dans la fabrication de voitures, s’engageant en compétition et remportant en 1908 la course de côte du Mont Ventoux.Lorsque le conflit éclate, le grand-père est envoyé dans les tranchées puis, grâce à ses capacités techniques, comme affecté spécial chez Renault à Boulogne-Billancourt pour contrôler la fabrication des obus. La guerre devait durer … trois jours et au mois de Septembre il n’y avait plus de munitions! Il n’y avait plus d’ouvriers non plus car ils étaient tous partis au front .Les affectés spéciaux, plus âgés, encadraient les femmes surnommées les ” munitionnetes “.Christian poursuit : “Après la guerre, mon grand-père continua à travailler auprès de Louis Renault et fit la connaissance de ma grand-mère qui était professeure de musique au conservatoire. De cette union , Paulette Tronchon est née en 1920. La légende voudrait que mon grand-père maternel soit revenu sur son lieu d’adoption en 1922 avec l’arrivée des premières voitures dans nos campagnes et sur l’insistance de sa famille :” Alphonse revient, nous avons besoin de toi, il y a tout à faire ici ! “Il a obtenu le panneau Renault car étant proche de la direction et s’est installé à Pont De vaux pour vendre, réparer des autos et tout ce qui roulait ou touchait à la mécanique. La crise économique de 1929 aura raison des usines Vermorel qui stopperont la production des automobiles.Christian intarissable poursuit:” Notre père Charles Maingret était né en 1918 d’une famille ayant des biens agricoles mais voulant faire de la mécanique, il se retrouve apprenti au garage Tronchon dont il épouse la fille Paulette, notre mère. La seconde guerre éclate et le voilà parti tout jeune se battre alors que le garage est bombardé. Notre frère Bernard et notre sœur Annie sont nés durant le conflit. Peu après 1950, au décès du grand-père Tronchon, notre père a repris le garage en y installant toute la famille. A l’époque, mon père garda le panneau Renault car nous étions chauvins chez les Maingret : c’était Renault ou rien d’autre “.C’est ainsi que les frères Maingret sont plongés dans la mécanique dès leur plus jeune âge.L’aîné , Bernard né en 1943 se souvient :” J’ai passé un CAP de carrossier à côté de Lyon et après je suis parti sur le Compagnonnage à Lyon, Paris puis Toulouse. Nos Parents ont toujours faits pour le mieux pour nous. Ils ont pensé qu’il fallait que je me bonifie une fois l’examen en poche même si j’avais obtenu une mention et que j’étais à l’aise dans ma spécialité. Ensuite il y a eu l’appel de l’armée qui durait 24 mois à l’époque même si j’en ai fait que 22 . En rentrant je voulais repartir Compagnon . Mon père avait tellement de 4cv , de Dauphine et de Juvaquatre à réparer que je suis resté . J’avais ma place au garage en carrosserie et peinture que j’ai appris tout seul d’ailleurs et ça marchait fort.”Vous maîtrisiez bien aussi le polyester qui en était à ses débuts ?” En fait , j’ai commencé à courir en 1964 et j’avais connu Gombert sur les circuits qui , un jour de 66 , tombe en panne dans les alentours et il a atterri au garage . De cette rencontre j’ai effectué un stage de polyester d’une semaine chez “La Gombe “, une figure des sports mécaniques de l’époque , qui maîtrisait bien le sujet . J’ai eu une bonne clientèle Alpine sur la région.” 1964 : LES DÉBUTS EN COMPÉTITION DES FRÈRES MAINGRET
En 1964, Christian né en 1946 et Bernard Maingret débutent donc en compétition. Christian, passionné de mécanique très jeune, nous confie qu’il a eu un parcours très simple :” J’ai fait l’école technique de Chalon sur Saône pour obtenir un CAP de mécanicien auto avec un solide bagage”.Bernard et Christian s’adonnent à la moto en participant d’abord aux épreuves traditionnellement disputées le premier week-end de Mai sur le circuit international des Vennes à Bourg En Bresse, près de la forêt de Seillon.En 1973, la mort du Champion Français, André-Luc Appietto laissera un grand vide et sonnera le glas de ce type de tracé sans sécurité.En 1965, Bernard, l’aîné, obtient deux podiums sur son 50 Itom aux Coupes du Salon et Eugène Mauve à Montlhéry, tandis que Christian participe au Championnat de France des rallyes moto sur Royal Enfield, puis il se tourne vers la vitess, en devenant en 1966, vice-champion de France en 50 Sport, sur Derbi .
Ce Derbi avait été racheté à René Metge par Bernard qui avec son frère Christian, montèrent à Montrouge en 4 cv ! Retour dans la journée par Nevers pour acheter des pièces chez Roca. Et sans autoroute à l’époque !Cette année là, 1966, marquent les débuts, à 18 ans, de Maurice sur le 50 Itom .Maurice s’en rappelle bien :” Bernard me l’avait vraiment mis dans les pattes tout jeunot. Ce sont de bons souvenirs . Nous courrions avec peu de moyens. Je suis très reconnaissant de la confiance que mes frères m’ont accordée alors que j’étais tout minot. J’ai eu une chance extraordinaire . L’itom reste très important car ce fut ma première moto et on se souvient toujours de sa première.”Maurice que l’on surnomme ” Momo” est aussi appelé par ses proches ” Sosthène ” ou ” Sos ” tout simplement. Christian se rappelle :” Il tient cela d’un journalier qui travaillait chez la grand-mère où nous passions notre enfance de famille nombreuse. Il le surnomma ainsi car tout minot il n’arrêtait pas de courir ! “En 1967, Maurice, alias ” Momo ” ou ” Sosthène ” récupère ensuite le 50 Derbi et obtient sa licence inter en 68. C’était l’époque de la course en famille avec les motos chargées dans une remorque attelée à la grosse Frégate familiale. Maurice se rappelle avoir souvent conduit, plus qu’à son tour, cette ” Manoir ” Transfluide, à convertisseur hydraulique de couple pour se rendre souvent en Belgique. Elle était aménagée afin que deux personnes puissent s’y reposer à l’arrière, en l’occurrence Bernard et Christian .Michel né en 1953, nous raconte :” Oui , quelques fois pour les vacances familiales , nous étions même trois à l’arrière et trois sur la banquette avant. Avec Dominique, dit ” Babar ” le petit dernier né en Septembre 57, nous étions couchés à la hauteur des fenêtres et dans certaines traversées de ville nous montrions nos fesses aux badauds sous les sacs de couchage . Mais il arrivait que nous soyons bloqués au feu rouge , et là …les passants nous rattrapaient . Nous avions un peu la honte ! “En 1969, plus sérieusement, Maurice passe en 125cc sur Bultaco puis sur Villa alors que Christian devient avec Joseph Duhem (BMW) un équipage renommé en side-cars . Ils sont sacrés Champions de France Inter en 1970 et obtiennent une 4ème place au GP d’Italie à Monza.
Christian nous parle de sa rencontre avec Duhem :” Duhem était un brillant side-cariste de Bourg en Bresse qui avait un atelier de mécanique avec une très grande expérience et une rigueur de Maître Compagnon en fraisage, tournage… Il avait eu des Norton, des BM et avait des moteurs de grande qualité. Il n’était pas sans moyens au point de s’acheter après guerre, une Bugatti pour aller aux Coupes de l’Armistice, où il avait rencontré Ettore qui avait posé un vilebrequin sur une table en disant : Je vais construire une voiture de course. Duhem avait mis un chèque sur la table pour retenir une voiture qui ne sortira jamais. Par contre il acheta une 55 à compresseur!”Il enchaîne :“J’ai sonné à sa porte un jour des années 65 pour des usinages et c’est le début d’une grande complicité . Un jour il m’appelle et me demande si je veux remplacer son équipier pour Monza. Je n’avais jamais fait de side mais nous terminons quatrième. Il avait un engin très rapide et j’ai fait ce qu’il fallait pour ne pas tomber en marche mais ça ne tournait pas trop là bas ! je n’avais pas la volonté de faire ça et je courrais dans un soucis de dépannage. En 70, lorsque j’ai arrêté, Duhem me dit : ” si tu veux je t’inscris champion de France avec moi “ Je n’avais pas fait grand-chose mais nous avions gagné sur le tracé de Gueux à Reims. Quand c’était rapide nous étions royaux !Bernard et Christian sont des passionnés de mécanique et de moteurs et laissent progressivement le soin à Maurice de représenter la famille en course à partir de 1971.Bernard se souvient :” J’ai arrêté la course moto en 1970 car j’avais déjà trois marmots …c’est comme ça ! Et puis lorsque mon père est parti à la retraite j’ai repris le manche et je donnais un coups de main sur les circuits et pour la peinture et le polyester des carénages …à Christian qui s’est installé comme préparateur Yamaha dans une partie du garage familial qui est aujourd’hui une pizzeria . C’est de là que débouchera aussi l’aventure des rallyes raids .”Maurice se frotte à la dure discipline des courses de côte sur sa 500 Maïco et débute avec succès en endurance aux 10 Heures de Montlhéry, en remportant la catégorie 250, avec Christian Bourgeois, à l’initiative du projet afin de prouver la solidité de la 250 TD2 Yamaha préparée par Christian. Nous retrouvons aussi Maurice aux côtés d’Alain Genoud sur 450 Honda-Egli. Alain est d’ailleurs le parrain de Rodolphe, le fils unique de Maurice.En 1972, selon le même schém , Maurice troque la 500 Maïco pour une 450 Ducati Bongiovanni qu’il engagera aussi en endurance avec ” Néné ” Hordelalay puis il partage le guidon de la 750 Honda-Egli de Georges Godier.MAURICE MAINGRET : PILOTE D’ENDURANCE CASSEGRAIN , JAPAUTO , PIPART …
Maurice Maingret continue son apprentissage devenant vice champion de France 125 en 1973, puis il obtient une neuviéme place dans la catégorie, lors du GP de France 74, disputé sur le grand circuit de Charade. En endurance, il se classe 10ème du Bol d’Or sur une 900 Kawasaki avec Brutinot.En 1975, Maurice prend la 6e pace du GP de France 125cc sur le tout nouveau circuit Paul Ricard et intègre en endurance, l’écurie Leuridan aux côtés de Jean-Bernard Peyré. Lors des 24 H de Spa, Maurice chute dans la très rapide courbe de Burnenville, à cause d’une panne de lumière et se casse seulement un fémur!
C’est en 1976 que l’écurie Kawasaki Cassegrain, concessionnaire à Orléans, engage Maurice aux côtés de Jean-Bernard Peyré, pilote- préparateur et qu’ils remportent les 8H du Nurbürgring .C’est aussi l’année où nos chemins se croisent avec une amitié bétonnée pour toujours, car chez les Maingret? l’amitié est solide, inoxydable. Chez les Maingret? on traîne sur les mots avec cette accent si typique de cette région de la Bresse Bourguignone, mais dont le parler Bressan s’estompe avec les nouvelles générations.
Maurice nous parle de cette époque de l’endurance avec son folklore qui n’existe plus :” Les meilleurs souvenirs c’est quand on gagne ! Bien sûr je garde une grande part d’émotion quand je repense à mes débuts, dans la seconde partie des années 60, avec des motos Espagnoles et Italiennes, grâce à mes frangins Bernard et Christian. Ma plus belle victoire, nous l’avons obtenu avec ” Nono “, Jean-Bernard Peyré, lors des 8 H du Nürburgring 1976, avec de plus, le record du tour acquis sur l’ancien circuit mythique, avec ses virages dans la forêt pris à l’aveugle… Cette victoire m’a valu de devenir pilote Japauto en 77. Christian Vilaseca connaissait bien mon frère Christian et faisait partie de ces gens qui s’arrêtaient à Pont De Vaux, pour passer des moteurs au banc d’essai. Je me rappelle de son break Cadillac qui impressionnait sur la place. Il pilotait aussi son avion personnel, ce qui était rare à l’époque. Un grand Monsieur par la taille mais aussi par l’esprit qui n’hésitait pas à effectuer le niveau d’huile lors des ravitaillements. Très respecté dans le milieu et qui instaurait une très bonne ambiance avec Michel Barbier, le responsable atelier de l’imposant magasin, situé Avenue de La Grande Armée à Paris. J’ai fait équipe avec le pilote Anglais Gary Green, très discret, disparu aujourd’hui, mais dont je garde que des bons souvenirs. Nous avions gagné la première épreuve à Misano puis nous avons finis 3èmes aux 8H du Nurbürgring et 4èmes des 24 H de Barcelone. Nous étions en tête du Championnat mais ça s’était gâté pour Spa et le Bol avec des casses et des chutes. Nous avions pris la place de premiers privés derrière les Honda officielles mais l’année suivante? Japauto décida de ne pas faire toute la saison .”Maurice Maingret pilota aussiavec Philippe Bouzanne aux 1000 kms du Ricard 1977, la National Motos de Pipo Baldit et ils se classèrent 3èmes . 1978 : LA PLUS BELLE SAISON DE MAURICE
Maurice rejoint Jean-Bernard Peyré qui a trouvé en Guy Pipart, un nouveau concessionnaire prêt à s’investir en endurance en 77 après Jean-Jacques Cassegrain . 1978 reste la plus fructueuse saison pour le Pipart Racing Team et le duo reformé Peyré-Maingret (seconds à l’issue des premières 24 H du Mans et des 24 H de Liège, 4émes au Bol d’Or et 5èmes aux 24 H de Barcelone disputées dans le dangereux Parc de Montjuich).Cette année-la, la Kawasaki Pipart est dotée d’un nouveau bras cantilever maison développé avec le fabricant d’amortisseurs De Carbon, le motoriste Alain Terrier a rejoint à temps plein l’atelier des Metz prés de Versailles.Jean-Bernard devient pilote de développement Michelin. La Kawa Pipart confirme le potentiel de l’association et les talents de metteur au point de Jean-Bernard Peyré. il collabore également avec Labo Industrie et adaptent les bougies Eyquem à la moto et les plaquettes de freins pour Abex.1979 est la dernière saison des belles Kawa vertes Pipart mais les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances de l’écurie, tant la spirale infernale des chutes au Mans, à Barcelone, à Spa et à Mettet annihile tous les espoirs légitimes et le potentiel de l’équipage Peyré-Maingret qui s’adjuge pourtant deux belles 4èmes places aux 6 H d’Assen et aux 8 H du Nûrburgring. La saison se termine sur une 5ème place aux 1000 kms de Brands Hatch avec Pierre Soulas, en remplacement de Maurice blessé.Maurice achèvera sa carrière au Bol 79 par une superbe quatrième place associé à Jean Lafond sur une 750 TZ préparée par Christian Maingret.Jean-Bernard Peyré voyait à l’Automne 79, les portes de son destin s’ouvrirent du côté du pays du soleil levant avec cette nouvelle mission : faire gagner Suzuki dans le Championnat du Monde d’endurance, dans le jardin du géant Honda. Ceci est une autre très belle mais tragique histoire…car en essais privéds, Christian Léon va se tuer!Mais que sont devenus en effet Christian, Bernard et les autres pendant ce temps là ?La suite au prochain épisode de la Saga ! Texte Michel PICARDPhotos : Michel PICARD et Archives Famille MAINGRET ]]>










