
Le confort de l’ignorance
J’ai travaillé chez Elf.
J’ai vu naître, grandir, puis disparaître un monde industriel au profit d’un autre, avec l’arrivée de TotalEnergies.
Je ne parle pas depuis un plateau télé. Je ne parle pas depuis un slogan.
Je parle depuis le terrain.
Je vais être clair : ce que j’entends aujourd’hui est, dans une large mesure, une accumulation d’âneries
Le slogan comme substitut à la pensée
“Superprofits.”
“Multinationales prédatrices.”
“Il faut taxer toujours plus.”
Et en face, un silence sur une autre réalité.
Depuis 40 ans, les choix politiques, les approximations, les décisions prises à courte vue ont coûté des sommes vertigineuses.
Des milliers de milliards.
Mais ces mêmes responsables, ou leurs héritiers, viennent aujourd’hui expliquer, avec aplomb, que tout se résume à “faire payer les entreprises”.
C’est un peu court.
La réalité que personne ne veut entendre
Une entreprise comme TotalEnergies ne fait pas ce qu’elle veut.
Elle compose avec :
• Des États souverains
• Des fiscalités lourdes
• Des risques industriels majeurs
Le pétrole qu’elle exploite ne lui appartient pas. Il appartient aux pays qui le détiennent.
Elle investit. Elle prend le risque. Et elle partage. Souvent très largement.
J’ai vu le décor :
• Des projets à des centaines de millions partir en fumée
• Des équipes travailler dans des conditions que beaucoup refuseraient
• Des décisions prises sous contrainte, pas par confort !
Et j’ai vu aussi l’envers du décor lors de la fusion. ELF TOTAL
– Le placard.
– Le temps long.
– Le silence.
Sur le principe ? Normal. Quand on fusionne, on coupe.
Sur la manière ? Disons que j’ai de la mémoire.
Mais ce que j’ai vécu ne me pousse pas à caricaturer.
Au contraire.
Dans l’imaginaire collectif, une multinationale, c’est le fantasme du coffre-fort.
On ouvre, l’argent coule.
La réalité :
• Exploration incertaine
• Coûts colossaux
• Fiscalité multiple
• Contraintes techniques extrêmes
Un puits, ce n’est pas un robinet. C’est un pari industriel.
Et souvent, un pari perd
Ce qui me frappe le plus, c’est le grand tour de passe-passe, le glissement.
Pendant des décennies, des choix politiques ont façonné notre dépendance, nos fragilités, nos coûts.
Et aujourd’hui, ceux qui en sont à l’origine ou qui s’inscrivent dans leur continuité expliquent que la solution serait simple :
– Taxer davantage ceux qui produisent.
Comme si cela pouvait effacer 40 ans de décisions discutables.
Comme si la complexité du réel pouvait disparaître d’un trait de plume fiscal.
On peut taxer. Bien sûr. Mais il existe une réalité fiscale qu’on évite.
Oui, mais uniquement là où l’activité existe.
Or, la réalité est simple :
– La majorité des opérations de TotalEnergies se déroule hors de France.
Taxer davantage en France, c’est :
• Toucher une partie limitée
• Potentiellement déplacer les investissements
C’est un choix.
Mais qu’on arrête de le présenter comme une solution miracle !
Le prix à la pompe : la mauvaise cible
On accuse Total. Toujours.
Mais en France :
• Les taxes représentent la plus grosse part
• Le reste dépend des marchés et des coûts
Les stations autoroutières ?
– Attribuées par l’État.
– Avec des loyers élevés.
Mais c’est plus simple de désigner un coupable que d’expliquer un système.
Les actionnaires : le réflexe pavlovien
“Les actionnaires se gavent.”
Derrière ce mot, il y a :
• Des retraités
• De l’épargne
• Des investisseurs du monde entier
Parce que oui : TotalEnergies n’est plus une entreprise française au sens capitalistique.
C’est une entreprise internationale.
Mais le discours, lui, est resté local… et simpliste.
Ce qui me dérange vraiment, ce n’est pas la critique. Elle est nécessaire.
Ce qui me dérange, c’est la facilité. Cette manière de faire oublier des décennies de décisions politiques discutables en désignant un coupable unique.
Cette paresse intellectuelle qui remplace l’analyse par le slogan.
Remettre les choses à leur place
Oui, il y a des débats à avoir :
• Sur la fiscalité
• Sur la transition énergétique
• Sur les responsabilités
Mais non, on ne peut pas résumer tout cela à une addition simpliste et à une indignation permanente.
Je n’ai aucune raison de défendre qui que ce soit.
J’ai été dedans, j’en suis sorti, et j’ai payé, à ma manière, le prix des transformations.
Mais c’est précisément pour cela que je refuse les raccourcis.
Parce que derrière ces discours, il y a une réalité que peu connaissent.
Une réalité que Fabrice Luchini résumerait d’un mot :
“Énorme.”
On peut continuer à accuser, À simplifier, À détourner le regard.
Mais à un moment, il faut choisir :
Assumer les conséquences de 40 ans de décisions…
Ou continuer à chercher des coupables faciles.
Parce que sinon, ce n’est plus un débat.
C’est une fuite.
Daniel TREMA











