
A seulement quelques heures de son premier départ aux 24 Heures du Mans, Hadrien David vit un moment qu’il attend depuis toujours.
Le pilote de l’équipe AKKODIS ASP, l’écurie créée par l’ancien pilote, le Grenoblois Jérôme Policand, basée dans le Tarn au sud d’Albi, très exactement à Rabastens, engagé sur l’une des deux Lexus RC F LMGT3, la N°78, savoure l’instant tout en gardant les pieds sur terre.
Entre l’émotion de courir devant le public français, les ambitions de l’équipe tricolore et la découverte de la nuit mancelle, le jeune pilote français – coaché par l’ancien pilote Dider André – s’est confié avec franchise.

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Hadrien David :
« Le premier rêve est de prendre le départ, le second est de gagner »
Le néophyte originaire de Royan en Charentes Maritimes, nous confie ce que représente pour lui, le fait d’être aujourd’hui au départ des 24 Heures du Mans ?
« C’est énormément d’émotions. Déjà parce que je fais partie d’une équipe française, que je suis pilote français et que je roule sur un circuit français. Mais surtout parce que je ressens le soutien du public français. C’est quelque chose que je découvre et c’est vraiment exceptionnel.»
Il enchaine :
« Pour tout pilote, il y a deux grands rêves : participer aux 24 Heures du Mans et les gagner. Le premier sera réalisé au départ de la course samedi à 16 heures. Le second, j’espère pouvoir le cocher un jour, peut-être dès cette année, peut-être plus tard. Mais l’objectif est clairement là. »
L’Hyperpole est-elle un objectif important pour vous ?
« Bien sûr, nous allons nous battre pour obtenir le meilleur résultat possible. Mais au Mans, partir en pole position reste avant tout symbolique. C’est important pour l’image et pour les médias, mais cela ne garantit absolument pas la victoire. L’objectif réaliste est d’être bien placé sur la grille. Un Top 5 serait une excellente performance et un Top 10 correspond déjà à ce que nous avions envisagé au départ. »

Depuis le début de la semaine, l’équipe Akkodis ASP semble davantage concentrée sur la course que sur la performance pure…
« Exactement. Depuis les premiers essais, nous travaillons surtout sur les longs relais et la gestion des pneumatiques. Les ingénieurs ne cherchent pas à optimiser la voiture pour un seul tour rapide mais pour vingt-quatre heures de course. Les pneus tendres se dégradent rapidement et il faudra être capable d’enchaîner les relais avec une voiture stable et prévisible, notamment la nuit. Nous avons donc beaucoup travaillé sur ce point. La performance pure reste importante, mais elle est secondaire à ce stade. »
Les résultats des essais vous ont-ils inquiété ?
« Pas vraiment. Nous sommes restés concentrés sur notre programme. J’ai la chance de partager la voiture avec deux excellents coéquipiers, Jack Hawksworth et Tom Gamble. Nous formons un équipage très solide. La Lexus est la plus ancienne GT3 du plateau avec douze années d’existence, mais elle reste compétitive. Dès que nous montons des pneus neufs et que nous cherchons la performance, nous sommes dans le rythme. Si la fiabilité est au rendez-vous, je suis convaincu que nous pouvons nous battre aux avant-postes. »
Justement, cette ancienneté de la Lexus constitue-t-elle un handicap ?
« Pas forcément. Nous bénéficions d’un fort soutien de Toyota et de Lexus. Nous espérons également une évolution de la voiture pour l’an prochain, ce qui pourrait faire de cette édition l’une des dernières pour cette génération. Ce serait une belle histoire de réussir un grand résultat avec une voiture aussi expérimentée. Cela démontrerait surtout la qualité du travail réalisé par Toyota il y a plus d’une décennie. Quand on compare nos chronos à ceux de modèles beaucoup plus récents, l’écart est parfois infime. »

A ce sujet, précisons – et comme me le souffle et rappelle Gilles Gaignault – que dès la prochaine saison en 2027, l’équipe Akkodis ASP devrait engager et aligner la toute nouvelle Lexus LMGT3, dénommée LRGT3 et qui depuis plusieurs mois, roule en essais privés !
Vous découvrez également l’univers du Mans avec des équipiers très expérimentés…
« Oui, et j’essaie d’apprendre un maximum. Je me considère comme une véritable éponge. Jack Hawksworth connaît cette voiture depuis sa création. Il la pilotait déjà alors que je n’avais même pas commencé ma carrière en karting. Son expérience est précieuse, que ce soit sur le pilotage, la gestion des pneus ou même les réglages du volant. C’est un véritable atout pour l’équipe et pour moi qui roule a ses côtés. »
Hadrien David, quel est le principal adversaire que vous redoutez ?
« La Porsche Manthey victorieuse l’an dernier reste une référence. Ils sont particulièrement performants dans la gestion des pneumatiques sur les longs relais. De notre côté, nous sommes très compétitifs sur la performance pure. Chacun possède ses forces et ses faiblesses. Nous avons beaucoup progressé sur la dégradation des pneus par rapport à l’an dernier et c’est encourageant pour la suite. »
Y a-t-il une partie du circuit qui vous procure des sensations particulières ?
« J’adore le dernier secteur, notamment les virages Porsche. La Lexus est extrêmement efficace dans les courbes rapides grâce à son niveau d’appui aérodynamique. Avec des pneus neufs, c’est un vrai plaisir, un réel régal à piloter. Et puis il y a aussi les freinages à très haute vitesse, notamment à l’approche de la première chicane des Hunaudières. Arriver à près de 300 km/h avant de freiner au panneau des 100 mètres reste toujours impressionnant. »
Comment avez-vous vécu votre première expérience de nuit au Mans ?
« Avec beaucoup plus de sérénité que je ne l’imaginais. Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus compliqué. Le circuit est relativement bien éclairé et il y a toujours du trafic autour de soi, ce qui offre des repères. Finalement, je me suis senti très à l’aise dès mes premiers tours nocturnes. La voiture était saine et facile à exploiter, ce qui m’a permis de prendre confiance rapidement. »

Quels seront les facteurs clés de la course selon vous ?
« La consommation de carburant jouera un rôle majeur. Les équipes capables d’optimiser leur gestion énergétique pourront gagner un temps précieux sur la durée. Mais au final, les deux éléments les plus importants resteront la fiabilité et la capacité à saisir les opportunités. Les neutralisations, les Safety Cars ou les Slow Zones peuvent totalement redistribuer les cartes. Il faudra être réactif et prendre les bonnes décisions au bon moment. »
Malgré toute l’effervescence autour des 24 Heures du Mans, comment gardez-vous votre concentration ?
« Je m’efforce de considérer cette course comme les autres. Bien sûr, l’événement est unique et l’ambiance incroyable, mais une fois dans la voiture, le travail reste le même. Mon objectif sera de réaliser des relais propres, sans erreur, sans pénalité et sans dégâts. Si je parviens à enchaîner les heures de course avec cette régularité, j’aurai rempli ma mission pour l’équipe. »
Aviez-vous des modèles lorsque vous étiez plus jeune ?
« Oui, notamment Kevin Estre. C’est un pilote que j’admire énormément. J’apprécie son agressivité et son engagement au volant, deux traits de caractère dans lesquels je me reconnais. J’ai aussi la chance d’être accompagné par André Lotterer, qui est mon manager. Son expérience est inestimable. Il a remporté les 24 Heures du Mans à plusieurs reprises et ses conseils sont extrêmement précieux dans la préparation d’une épreuve aussi particulière. »
Un dernier mot pour les supporters présents au Mans ?
« Je veux simplement leur dire merci. Sans eux, cette course ne serait pas la même. Quand on arrive sur le circuit et qu’on découvre les tribunes pleines, les drapeaux français et toute cette passion, cela procure une énergie incroyable. Je vais tout donner pour être à la hauteur de cet enthousiasme et, je l’espère, offrir une belle performance à tous ceux qui nous soutiennent. »
Propos recueillis par Christian SARRASSAT
Crédit Photos : Willy CHANTELOUP et Fabrice GUYON (RACINGSHOOTS) Thierry COULIBALY
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