Les 30 avril et 1er mai 1994 resteront à tout jamais des dates maudites pour tous les fans de F1 au cours d’un week-end qui pèse désormais comme le plus sombre de l’histoire des Grands Prix avec un enchaînement à Imola, d’évènements sans précédent qui se sont accumulés tout au long d’un sinistre GP de San Marino, le 551ème de l’histoire, sur le Circuit Enzo & Dino FERRARI dans la cité d’Imola en Emilie-Romagne.
C’était il y a 31 ans – trente et un ans déjà – au cours d’un week-end printanier maudit où la grande faucheuse allait entrer en action à deux reprises au cours du 1er GP en ouverture de la saison européenne après les deux premières manches disputées au Brésil et au Japon dénommé à l’époque GP Pacific et qui allait vivre une série d’enchaînements avec issues tantôt miraculeuses, tantôt dramatiques que la catégorie reine n’avait jamais vécus auparavant au cours de son histoire.D’ailleurs, aussi longtemps que la F1 installera ses chapiteaux à Imola, ces dates resteront collées au circuit pour ne jamais sombrer dans l’oubli quel que soit le temps écoulé avec ces souvenirs tragiques hélas toujours présents.
ACTE 1
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AYRTON-F1-IMOLA-1994-Vendredi-29-avril-Laccident-de-la-JORDAN-SASOL-de-Rubens-BARRICHELLO[/caption] Dès la première séance qualificative le vendredi 29 avril 1994 la dramaturgie qui allait se poursuivre tout au long du week-end allait prendre son envol avec une épouvantable sortie de route du pilote Brésilien Rubens BARRICHELLO sur sa JORDAN 194 qui touchait un vibreur à pleine vitesse à la Variante Bassa pour s’envoler spectaculairement dans le mur de pneumatiques et les grillages et ce … à près de 225 Km/h.Relevé incroyablement conscient avec une simple fracture du nez et d’un bras, pour le miraculé pilote Brésilien, le week-end s’arrêtait là et était terminé après un passage dans un hôpital à Bologne et la visite de son compatriote Ayrton SENNA venu s’enquérir de son état de santé. ACTE 2
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1994-30-avril-le-drame-de-Roland-RATZENBERGER[/caption] Alors que dans le paddock, le lendemain samedi, on évoquait toujours la bonne étoile qui avait veillé sur BARRICHELLO le jour précédent, la poisse prenait véritablement ses quartiers à Imola lors de la seconde séance d’essais chronométrés, déterminants pour établir la grille de départ.Alors que la pole se jouait entre Ayrton SENNA (WILLIAMS-RENAULT) et Michaël SCHUMACHER (BENETTON-FORD) dont le Team sous la baguette de Flavio BRIATORE était suspecté depuis le début de saison d’utiliser un système antipatinage (règlementairement interdit), la lutte pour la dernière place qualificative, la 26ème se jouait alors entre la SIMTEK-COSWORTH S941 du néophyte Autrichien Roland RATZENBERGER et le Français Paul BELMONDO sur sa PACIFIC-ILMOR PR01, avec au final… un léger avantage en faveur de RATZENBERGER qui grâce a deux autres tours lancés, tenait absolument à se qualifier pour son éventuel second départ en GP , après une première qualification à Aida au Japon deux semaines avant. [caption id="attachment_492388" align="aligncenter" width="600"]
1994-Ayrton-SENNA-et-le-Professeur-Sid-WATKINS-qui-s’apprécianet beaucoup-Manfred-GIET[/caption] Lors de son premier tour lancé en escaladant un vibreur à Aque Minerali, il avait endommagea plus que probablement son aileron avant, tout en poursuivant sans s’arrêter à son stand pour un autre tour rapide qui hélas malheureusement lui fut fatal, lorsqu’une partie de l’aileron abîmé se détacha soudainement à la courbe VILLENEUVE, alors que sa monoplace était lancée à 310 Km/h, sa voiture devenue inconduisible allait taper le mur latéralement avant de s’arrêter à l’entrée du virage de Tosa, avec un RATZENBERGER sans aucune réaction dans son cockpit, dont il fut extrait avant d’être héliporté vers un hôpital Bolognais…A titre personnel et alors que je me trouvais près de l’entrée de la Pitlane, je n’oublierai jamais le désespoir d’Ayrton SENNA remonté à pied jusqu’à l’entrée de celle-ci pour aller prendre des nouvelles de RATZENBERGER, auprès du médecin officiel de la F1,le Professeur Sid WATKINS, intervenu sur place et au centre médicalisé auprés du malheureux pilote Autrichien.Le ‘toubib toujours proche de tous les pilotes, qui lui annonça sans détour que celui-ci avait été tué sur le coup alors que l’annonce officielle de sa mort fut officialisée à 14 H 15, soit 55 minutes après l’accident et ce naturellement comme toujours en pareil cas… pour éviter que le parquet, soit chargé de mener une enquête qui aurait conduit à une annulation du GP de San Marino !RATZENBERGER né comme MOZART à Salzbourg devenait à 32 ans la 21ème victime de sa passion au cours d’un week-end de GP, après l’Italien Riccardo PALETTI, 12 ans avant lui, lors du départ du Grand Prix du CANADA le dimanche 13 juin 1982 à MONTREAL.Indifférent face à la pression, affable et avenant, ‘’RATZI’’ comme le surnommait son entourage était un personnage taillé dans le bois dont on fait les flûtes !En résumé, le gendre idéal, dont seul les moyens ne plaidaient pas en sa faveur et qui à force de sacrifices pour assouvir son objectif de toujours, découvrait enfin la F1 en cette année 1994. Ravagé par ce coup dur, Ayrton SENNA s’éclipsa du paddock pour aller s’isoler à son hôtel allant jusqu’à hésiter à prendre le départ le lendemain. ACTE 3
Alors que le dimanche matin le deuil dans le paddock devenait contagieux et tous les regards portés sur Ayrton SENNA, à propos duquel des rumeurs de forfait avaient circulé, mais finalement bien présent pour le warm-up dominical, session qu’il mit à profit pour démontrer grâce au temps réalisé non seulement qu’il avait retrouvé toute sa superbe et même profiter de sa radio de bord pour se réconcilier avec Alain PROST en signalant de vive voix ‘’qu’il lui manquait ! ( You miss me Alain)Au cours de cette même matinée dominicale, Ayrton SENNA et quelques autres, dont Michael Schumacher, Damon Hill, Gehrard Berger et Niki Lauda, décidèrent de se réunir dès le Grand Prix suivant à Monaco pour relancer l’association des pilotes de GP, le GPDA (Grand Prix Driver Association) afin d’élaborer de nouvelles règles en matière de sécurité. ACTE 4
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1994-Ayrton-SENNA-lors-du-warm-up-matinal-en-ce-1er-mai-1994-Manfred-GIET[/caption] Puis vint l’heure du départ d’un Grand Prix au cours d’un week-end cauchemardesque imprégné de malédiction et qui allait atteindre son paroxysme par la suite.Si le départ se déroula normalement au feu vert pour les deux premières lignes de la grille avec Senna-Schumacher et Berger-Hill dans l’ordre, derrière le Finlandais Lehto cale le moteur de sa Benetton et se fait violemment emboutir par la Lotus du Portugais Pedro Lamy, qui ne peut l’éviter, provoquant une dispersion de débris en tout genre ainsi que deux roues vers les tribunes, blessant 8 spectateurs et un policier et provoquant l’intervention de la Safety-Car durant cinq tours, le temps d’évacuer les blessés et les épaves de la Benetton et de la Lotus. ACTE 5
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1994-Ayrton-SENNA-en-tête-devant-Schumacher-et-Berger-à-lentame-de-ce-qui-sera-son-dernier-tour-Manfred-GIET[/caption] A 14 H 15 le directeur de course laisse repartir le GP pour les 55 tours restants avec Ayrton Senna en tête devant Schumacher, suivi de Berger et Hill et déjà un tour le plus rapide pour le favori et poleman Brésilien… lorsqu’au début du 7ème tour, Ayrton Senna à l’entrée de Tamburello, une courbe ultra rapide qui se prend en F1 à 300 Km/h et où Nelson PIQUET (WILLIAMS) en 1987 et BERGER (FERRARI) en 1989 s’en étaient déjà tirés miraculeusement, la WILLIAMS tirant quasiment tout droit pour aller percuter le mur en béton avec le flanc droit de sa monoplace à une vitesse mesurée de 211 Km/h au moment de l’impact entrainant l’arrachage de la roue avant et du pneu arrière côté droit de la Williams à bord de laquelle le malheureux SENNA, après un léger mouvement de la tête, restait ensuite sans réaction… tout comme RATZENBERGER la veille !Extrait de sa Williams par les secouristes et le personnel médical sur place en présence du Professeur Watkins et rapidement transféré au centre médical du circuit d’abord avant d’être héliporté ensuite vers l’hôpital Maggiore de Bologne à 14 H 35 et ce après que les médecins qui l’avaient pris en charge sous l’expertise de Sid Watkins, aient immédiatement diagnostiqué un traumatisme crânien grave, voire irréversible, provoqué par le choc de la roue avant droite contre le cockpit de la Williams et une pièce métallique de la suspension qui avait transpercé le casque de Senna, juste au-dessus de la visière au niveau de la tempe côté droit .
ACTE 6
Le GP ayant été arrêté au drapeau rouge se voyait relancé dans la foulée à compter du 7ème tour et diminué de trois tours, soit 58 tours au lieu des 61 initialement prévus dans l’indifférence la plus totale à 15 H 04 et ce vu pourtant l’émotion palpable qui régnait sur le site d’Imola où tout le monde était préoccupé de l’état de santé de Senna plutôt que de ce qui se passait sur la piste avec un GP qui dans ces circonstances se tirait en longueur et où uniquement le mauvais sort trouvait son compte…Sachant que les personnalités de la F1 (FIA et FOCA) étaient bien alertés par le professeur Sid WARKINS de la réalité de l’état du BRESLIIEN …‘ The Show must go on !!!!Puis ensuite de nouveau au 46ème tours, Michele Alboreto après être rentré à son box pour un dernier ravitaillement perdait une roue mal ajustée à sa Minardi en descendant la Pitlane qui allait percuter plusieurs mécanos, dont quatre plus sérieusement touchés furent évacués vers un hôpital régional alors que le GP touchait enfin à sa fin avec une cérémonie de podium sans champagne et qui en fonction de tous les évènements vécus n’avait plus que valeur symbolique dans une atmosphère empreinte d’incertitudes, pesant sur les acteurs dans le paddock et les milliers de fans sur le site dans l’attente d’une nouvelle rassurante pour certains alors que d’autres alertés par le bouche à oreille se préparaient au pire… [caption id="attachment_492399" align="aligncenter" width="600"]
1994 STAND WILLIAMS – Ann BRADSHAW et Jean Jacques DELARUWIERE[/caption] Nous concernant, un peu après 18 heures, nous avions compris après avoir assisté à une scène où Ann BRADSHAW, l’attachée Presse du Team WILLIAMS aux cotés de Jean-Jacques DELARUWIERE – son alter égo chez RENAULT F1 – tomba en sanglots dans les bras d’un officiel, attitude qui résumait bien ce que ça voulait dire !Effectivement peu après, on apprendra qu’Ayrton Senna fut déclaré en mort cérébrale à 18 H 05, suivi d’un arrêt cardiaque à 18 H 37 et l’officialisation de son décès à 18 H 40.Info qui tomba comme un coup de massue et qui en quelques minutes se répandit telle une trainée de poudre autour de la planète. ÉPILOGUE
Et pour couronner ce dramatique Grand Prix de Saint Marin, placé du début à la fin sous le signe de la malédiction, le lundi matin, un semi-remorque de l’écurie PACIFIC prit feu sur le chemin du retour vers l’Angleterre !Ainsi se clôturait le 551ème GP de l’histoire au scenario de pire film d’horreur et d’une dramaturgie insoutenable et jusqu’alors jamais atteinte en F1 et qui soudainement se retrouvait plongée dans un mélange dans le noir absolu, après tant d’éblouissements et qui avec le recul s’est trouvée plongée dans une situation d’impuissance et de fatalité devenue insoutenable et entourée de syndromes… Lesquels faisant penser à des indices prémonitoires comme les paroles de réconciliation prononcées par Ayrton SENNA durant le warm-up matinal à l’égard d’Alain PROST qui avait été un moment son ennemi ou le drapeau Autrichien retrouvé dans la WILLIAMS du Brésilien après son accident et qui aurait servi à honorer la mémoire de RATZENBERGER en cas de victoire. [caption id="attachment_492392" align="aligncenter" width="504"]
Jules-BIANCHI-Manfred-GIET[/caption] La disparition du génie et icône Ayrton SENNA et du novice Roland RATZENBERGER plus connu au Japon où il s’était exilé durant quelques années avant de revenir en Europe pour réaliser son rêve d’intégrer la catégorie reine, certes avec peu de moyens mais une envie devenue un besoin vital, feront à tout jamais partie des mauvais souvenirs de ce week-end maudit dont on retiendra comme seul point positif un tournant en matière de sécurité tant active que passive.Et suite à quoi depuis 31 ans la F1 n’a eu qu’une seule victime à déplorer avec Jules BIANCHI au GP du Japon en 2014 et encore dans des circonstances où le facteur chance était ce jour-là aux abonnés absents et dont la suite entrainera sa mort le 17 juillet 2015 à Nice et ce après plus de neuf mois de coma… le grand espoir Français n’ayant jamais repris connaissance depuis le crash de SUZULA au GP du JAPON !Le lourd tribut qu’ils ont payé aura toutefois fortement contribué à faire sortir de leur léthargie les instances sportives du sport automobile de haut niveau afin que ce genre de scénari ne se répètent plus à l’avenir en imposant entre autres des artifices comme le renforcement des parois latérales du cockpit, des systèmes HANS et HALO, que les roues restent reliées à un câble en cas de choc et une intervention plus rapide du Safety-Car en cas d’incident pouvant entrainer un risque de danger sur et autour de la piste. RIP Roland, Ayrton et JulesOn ne vous oublie pas ! Manfred GIETPhotos : Publiracing Agency et Bernard BAKALIAN ]]>










