
Celui qui l’on surnommait affectueusement ‘’Black Jack’’ en référence à ses cheveux noirs de jais et une pilosité qui lui donnait un aspect de mineur de fond, Jack BRABHAM, Australien de pure souche, né le 2 avril 1926 à Hurstville, grande banlieue au sud-ouest de Sydney, à 22 ans est devenu pilote de course un peu par hasard !
Et ce après avoir monté et entretenu des Mid-gets Cars, sorte de véhicules rudimentaires que les Australiens et Américains raffolaient de piloter sur des circuits en terre battue.
C’est d’ailleurs en ayant été constructeur et mécano pour un ami engagé dans ce type d’épreuve que le jeune BRABHAM, mécanicien de formation, prit le relai de son ami qui avait décidé d’en rester là tout en lui confiant tout son matériel.
Une véritable aubaine pour celui qui de mécano passait à l’improviste au grade de pilote en effectuant ses premiers tours de roues dans un sport qui allait lui offrir une carrière d’exception à l’échelle mondiale par la suite!
Ainsi le vit-on s’imposer dans différents Championnats nationaux comme ceux de Nouvelle-Galles et d’Australie ou encore en Afrique du Sud dès 1948, année où il rencontra un certain Ron TAURANAC, ingénieur en automobile, Australien comme lui mais naturalisé Anglais qui deviendra son ami et associé par la suite une fois débarqué en Angleterre comme c’était la coutume pour tous les espoirs du sport automobile issus de l’hémisphère Sud pour venir se mesurer aux meilleurs en perfide Albion reconnue comme le berceau du sport auto.
Actif sur de nombreux circuits Britanniques, le ‘kangourou Australien se lia vite d’amitié avec un certain John COOPER, propriétaire de son Team éponyme et qui engageait des COOPER-Climax 4 à moteur en position centrale arrière en catégorie reine.
Ce qui fin des années 50’ révolutionna la F1 en offrant une tenue de route bien supérieure à celle des monoplaces majoritairement équipées du moteur positionné à l’avant, une originalité à laquelle contribua largement Jack BRABHAM, via ses dons de metteur au point et visionnaire.

Rayon pilote, après avoir participé à quelques GP de F1 entre 1955 et 1961, John COOPER qui lui avait permis de mettre le pied à l’étrier sur des modèles du type T40, T43, T45, T51, T53, T55 et T58, tous sortis en droite ligne des ateliers de Surbiton, quartier bordant la Tamise au sud-ouest de Londres, avec deux victoires à la clé en GP durant la saison 1959 et 5 en 1960 qui lui permirent de remporter le titre de Champion du Monde durant ces deux mêmes saisons.
Nantis de ces deux trophées acquits de haute lutte, Jack BRABHAM, qui disputait également régulièrement des épreuves d’endurance récompensé parfois de beaux résultats comme une victoire aux 200 Miles à Riverside (USA) en 1961 sur une COOPER-CLIMAX MONACO T61, donnait cependant la priorité à la F1 comme en 1962 et 1963 lorsqu’il délaissa COOPER après avoir créé sa propre écurie avec l’aide de Ron TAURANAC et engager des LOTUS 24 et 25 sous l’appellation BRABHAM RACING ORGANISATION suivi de l’accronyme BT pour Brabham & Tauranac.

Des débuts qui laissèrent les deux associés nettement sur leur faim au point de se lancer dès 1963 dans la construction de leur propre châssis siglé BT 7 équipé d’un moteur V8 CLIMAX provenant de Coventry.
Si 1964 et 1965 s’avérèrent comme années d’apprentissage, 1966 sera couronnée de succès avec 4 victoires et un total de 42 points inscrits au Championnat du Monde, malgré un tournant au niveau de la réglementation et l’adoption d’un passage d’une cylindrée de moteur passant de 2,5 Litres à 3 Litres.

Et c’est précisément cela qui permit au duo BRABHAM-TAURANAC d’obtenir un propulseur pointu en développant un V8 en alu dont le bloc à la base était de série et d’origine OLDSMOBILE, conçu chez REPCO (Replacement Parts Company) basé à Melbourne en le dotant d’une architecture basée sur la légèreté et la fiabilité plutôt qu’axé sur la puissance pure développant quelques 315 cv à 7250 t/m pour une cylindrée de 2.995 cm³, le tout siglé REPCO 620.
Sur les neuf GP que comportait la saison 1966, Jack BRABHAM triompha à 4 reprises et ne connut qu’une seule casse moteur, ce qui lui permit non seulement d’être sacré Champion du Monde des pilotes pour la troisième fois dès le GP d’Italie à Monza le 4 septembre de cette même année, mais également d’écrire une page d’histoire de la F1 en devenant le premier pilote à être couronné sur une monoplace de sa propre conception et sous ses propres couleurs!

En 1967 le Team BRABHAM connut son apogée avec un titre pilotes pour Denny HULME et le titre constructeur avant de sombrer pour la suite dans une période plutôt de transition avec d’abord Jochen RINDT qui remplaça HULME en 1968 en ne terminant que trois GP durant cette saison.
L’année suivante ‘’Black Jack’’ reviendra au moteur V8 FORD COSWORTH et remplacera RINDT parti chez LOTUS par Jacky ICKX qui remportera deux victoires et terminera deuxième derrière Jackie STEWART du Championnat du Monde ‘’pilotes’’.
Suivra 1970, saison qui marquera la fin de carrière de Jack BRABHAM en tant que pilote sur la BT33 sur laquelle il s’offrira une dernière victoire en F1 au GP d’Afrique de Sud avant d’être marqué physiquement après un accident sérieux subit lors d’essais privés après le GP du Mexique et où il prit la décision d’arrêter sa carrière en F1 sur insistance de son épouse Betty.

Il laissera ensuite les rênes de l’écurie à son fidèle associé Ron TAURANAC, qui lui, cédera finalement le Team BRABHAM en difficulté à un certain Bernie ECCLESTONE à l’aube de la saison 1972 et qui engagera l’écurie pour la suite sous l’appellation BRABHAM RACING ORGANISATION jusqu’au GP du Brésil 1987, soit sur une période de 15 ans au cours de laquelle le nouveau jouet de Bernie lui rapportera 20 victoires et deux titres de Champion du Monde ‘’pilotes’’ pour Nelson PIQUET en 1981 et 1983 mais qui devra aussi faire face à la perte de Elio de ANGELIS qui se tua en essais en 1986 au Paul Ricard.

Entre 1987 et 1992 ce qui subsistait comme vestiges de cette écurie glorieuse ne subit que des turbulences majeures passant d’Ecclestone à Alfa Romeo qui revendit après une année 1988 sabbatique au financier Suisse véreux, Joachim LÜTHI, poursuivi pour fraude fiscale et qui cédera ce qui restait comme empreintes du team BRABHAM, ancien de pratiquement trois décennies, au consortium Japonais MIDDLEBRIDGE qui engagea Damon HILL, le fils de Graham, avec l’espoir de redonner un peu de lustre à cette écurie prestigieuse rebaptisée MOTOR RACING DEVELOPMENTS entretemps.
Mais rien n’y fit sinon une trésorerie malsaine qui mena à la faillite pure et simple après le GP de Hongrie en 1992 où Damon HILL fut le dernier à passer sous un drapeau à damiers sur une voiture siglée BRABHAM BT60B !
A noter que David BRABHAM (60 ans), le fils cadet parmi la fratrie Brabham composée de Geoff (74 ans) et de Gary (65 ans) et tous trois impliqués en sport automobile, a été engagé sur une BRABHAM BT 58 et BT 59 au cours de la saison 1990 mais que lors de ses 8 tentatives de qualifications, il n’y est hélas pour li malheureusement jamais parvenu !
Retiré du sport automobile depuis ses 44 ans, Jack BRABHAM, qui lorsqu’il quitta son Australie natale pour l’Angleterre, n’avait prévu qu’une année d’exil mais qui finalement se résumera finalement à 17 années pour devenir une sorte d’enracinement dans un pays où il ne devait que passer au cours de sa carrière de pilote !
Une carrière au cours de laquelle il participa aussi à quelques tours d’horloge, malheureusement chaque fois avec un abandon à la clé, aux célèbres 24 Heures du Mans en 1957 et 1958 ainsi qu’en 1970 avec le regretté François CEVERT sur une MATRA-SIMCA MS650, voiture au volant de laquelle la même année il remporta cependant les 1000 KM de Paris.

En 1980, il participa aussi aux célèbres 24 Heures du Nürburgring pour voitures de Tourisme sur une AUDI 80 GLE où il abandonna tandis qu’au fleuron du Tourisme et du GT, les 24 Heures de Spa, en 1981 il termina 21ème sur une FORD CAPRI III 3.0 S.

Personnage visionnaire, taciturne, toujours à l’écoute et affable en privé, Jack BRABHAM rangea définitivement sa combi, raccrocha gants et casque en 2004 avant de s’éteindre à son domicile Australien 10 ans plus tard en 2014, à 88 ans après une longue maladie du foie.
Son nom cependant restera gravé à tout jamais sur les tablettes de la F1 !
RIP Jack.
Manfred GIET
Photos : PUBLIRACING
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