RETOUR SUR LE BOL D’OR 2025

Il est 15h11 ce dimanche 21 Septembre 2025 sur le circuit Paul RICARD. C’est l’heure des comptes pour le Championnat du monde d’endurance FIM EWC qui vient de se conclure avec la 88ème édition du mythique Bol d’or.
Deux hommes s’empoignent amicalement dans la ferveur communicative de l’arrivée alors que les moteurs des motos se sont tus sur ce plateau du Castellet et qu’une alerte aux orages violents est annoncée.
Stéphane HADDADJ, le directeur de l’écurie National-Motos Honda FMA qui vient de remporter, pour la seconde fois, la Coupe du monde de la catégorie Superstock (125 points), lance d’une voix éraillée à son homologue Julien DIGUET, dauphin avec le Kaedear-Dafy-Rac 41 (115 points):
« Mais qu’est que tu m’as fait chier ! »

Des mots crus, inhabituels de la part de Stéphane, toujours dans la retenue, mais qui témoignent de l’intensité de ce final pour ces deux chefs d’écuries Honda voisines de stands.
Elles se sont bagarrées durant deux tours d’horloge à coups de secondes tant sur la piste que lors des ravitaillements.
Il faut dire que National Motos a connu par le passé des revers sévères identiques à celui que vient de subir BMW Motorrad(moteur cassé) qui perd le Championnat du monde FIM EWC 2025 … à 27 petites minutes de l’arrivée de cette ultime manche du calendrier, ce Bol d’’or !!!!.

Stéphane HADDADJ indique alors:
« En 2023 nous perdons le titre et la victoire au Bol d’or à vingt minutes de la fin. En 2024, le podium nous échappe mais nous remportons le titre et là nous avons podium (3ème en SST) et Coupe du monde, donc c’est assez incroyable ! »

Et pour le fils de l’inoubliable ‘Pipo BALDIT, l’homme passionné qui créa cette structure National MOTO dans les années 70, c’est aussi l’aboutissement de toutes ces années de travail mais surtout – comme me le rappelle souvent l’ami Gilles GAIGNAULT qui a vécu toute l’histoire du Team NATIONAL MOTO – de cette folle passion transmise par Pipo.
Avec Éric COLLIN, mon demi frère, les enfants Luc et Nicolas; nous avions décidé de tenter cette nouvelle aventure, ce qui n’était pas du tout évident car c’est beaucoup de temps et d’argent, mais tous nos partenaires nous avaient dit: “Oui il faut continuer!” Donc, à un moment donné nous ne pouvions plus dire non!
Au Mans nous avions gagné malgré une chute, 3èmes aux 8H de Spa, à Suzuka nous avons vécu une expérience de partage exceptionnel pour le team mais pas au niveau du résultat (moto détruite après trois chutes et Johan NIGON blessé à l’épaule). Donc nous arrivions sur ce Bol d’or 2025 avec un esprit de revanche car n’oublions pas qu’il y a quatre ans nous en étions absents.
Et de préciser avec une immense émotion et des trémolos :
« Voilà le boulot est fait! »

OBJECTIF NATIONAL-MOTOS 2026: UNE TROISIÈME COUPE DU MONDE!

Sur ces mots, nous nous étions quitté en sachant que National Motos ferait tout son possible pour défendre et viser une troisième Coupe du monde en 2026, malgré une conjoncture compliquée.
Nous avions retrouvé le 18 Mars dernier, face à face, prêts pour ce nouveau combat des chefs:
Stéphane HADDADJ et Julien DIGUET, lors de la conférence de presse ACO de présentation des prochaines 49èmes 24 Heures du Mans.

Stéphane HADDADJ (National-motos) qui nous confiait :
« Il n’y a pas de formule miracle. La clé du succès dépend de plusieurs facteurs : le travail, l’expérience, la rigueur aussi. Il est important de rappeler que nous ne sommes pas uniquement un team engagé mais aussi avant tout un concessionnaire (HONDA à La Garenne Colombes) et notre premier métier est d’abord de nous occuper de nos clients et de les accompagner dans l’usage de leurs motos. Ces dernières années avec l’arrivée de la Honda CBR1000R et notre engagement dans la catégorie Superstock, nous avons décroché trois victoires au Mans, deux titres dans la Coupe du monde. Notre résultat est plutôt honorable mais c’est vrai aussi que ce titre est remis tous les ans en jeu. C’est un éternel recommencement mais on accepte le combat avec tous les autres concurrents.
Et d’ajouter encore :
« C’est le but aujourd’hui, même si tout le monde nous pousse à la faute et que nous sommes la cible à abattre. Nous allons essayer de poursuivre ce match sans cesse remis en cause au fil des ans et nous battre encore et encore. Notre but est surtout de rester nous-mêmes sans chercher le titre mondial absolument mais en cherchant déjà à terminer les courses à la meilleure position possible. »
Et Stéphane conclut :
« Un nouveau sacre, avec un autre titre… nous verrons cela au Bol d’or et pour l’instant nous en sommes bien loin »

Julien DIGUET (RAC 41) enchainait, lui :
« Nous allons essayer d’être plus précis, plus pointu et plus compétitif. Nous manquons un peu de rythme sur la moto pour pousser les autres à la faute. Aujourd’hui nous sommes très proches. Nous avons face à nous une équipe National-Motos qui a énormément d’expérience et qui connaît l’endurance par cœur. Allez les chercher n’est pas la chose la plus facile à faire mais je dis toujours que les concurrents ne sont pas les autres mais nous. »
Il poursuivait :
« Les résultats sont effectivement toujours très liés au travail, ce qui nous a amené à une certaine régularité avec une petite part de chance qui se crée. Gagner, terminer plusieurs fois second n’est pas un hasard mais Il faudra inverser la tendance pour aller chercher la première marche. »
Lâchant au passage :
« Même si je suis plus jeune dans l’endurance (depuis sa retraite de pilote en 2020, Julien a repris le management du RAC 41), avec National-Motos nous avons la même démarche, la même passion, la même philosophie de la course: il ne faut pas rentrer dans les stands mais être sur la piste rapide, régulier avec des pilotes fiables qui restent sur leurs roues. la différence se fera sur de petits détails. »

CATÉGORIE SUPERSTOCK: 29 ENGAGÉS AUX 24H DU MANS

Cette catégorie Superstock, est la plus représentée du plateau depuis la création de cette Coupe du monde d’endurance (qui a vu le jour lors des 24 H du Mans 2008) et donc la plus disputée avec 29 machines engagées pour 6 constructeurs (9 YAMAHA – 8 HONDA – 4 BMW -3 KAWASAKI – 3 SUZUKI et 2 APRILIA) reconnaissables à leurs numéros aux plaques sur fond rouge et à leurs lumières jaune.
BMW a remporté trois victoires sur quatre courses en 2025 (les 8H de SPA et le Bol d’or pour l’écurie TECMAS N°9 de Arnaud SASSONE basée à Bourges mais absente au Mans l’an passé; alors que les 8H de SUZUKA ont été gagnées par le Team Japonais ÉTOILE N°25 mais qui abandonna su panne mécanique au Bol d’or.

HONDA remportant les 24H du Mans 2025 avec la National Motos N°55 et la régularité des autres équipes comme RAC41 permettant à la marque Japonaise de remporter la Coupe du monde des constructeurs (208 points) devant BMW (177 points) et Yamaha (143 points).
Les moteurs SST sont tous dans leurs configurations d’origine ainsi que le démontage des roues équipées par le manufacturier unique DUNLOP. Les réservoirs peuvent être modifiés avec des remplissages rapides et chaque équipage peut compter jusqu’à quatre pilotes.
A notet qu’Amandine CREUSOT sera la seule jeune femme à participer cette année aux 24H du Mans motos sur la Kawasaki JN Compétition N°198.
Amandine qui nous précisait :
« Je ne le fais pas pour l’image que ça renvoi, mais pour le plaisir…J’aimerais simplement que d’autres femmes osent se lancer…je me sens bien ici, même si c’est physiquement difficile. C’est une sensation et une réelle émotion que je ne retrouve nulle part ailleurs. »

PRÉ-TESTS 24 HEURES MOTOS: TRIPLÉ BMW
Les deux journées pré-tests des 24 H Mans des 31 Mars et 1er Avril ont vu la firme Bavaroise BMW s’emparer des trois meilleurs chronos de la catégorie SST (P1 Team Etoile N°25 avec 1’36″622 – P2 Champion HERT N°38 avec 1’37″000 – P3 Tecmas N°9 avec 1’37″222).
Julien DIGUET place ensuite la première Honda du RAC 41 (1’37″427) et reconnaît cet écart:
Photo12
« Les Honda ne sont pas les motos les plus rapides en qualifications mais dès les premiers tours de course nous sommes systématiquement devant ».
Avec son 10ème chrono (1’38″961), la National Motos N°55 n’a pas cherché la performance n’affichant d’ailleurs aucun temps durant les après-midis.
Chez National-Motos, tout est discuté, aplani puis validé avec les pilotes. Stéphane fait confiance depuis 2009 à Dorian MIEUSSET (MD RaceLab basé à Clermont-Ferrand) ingénieur piste intervenant sur le module d’acquisition de données embarquées.
Avec Éric COLLIN, le demi-frère de Stéphane qui est également le directeur général de la concession, tout est maîtrisé avec précision au doigt et à l’œil tant il connait le métier par cœur.
Il est la personne dont personne ne remet ses compétences immenses en cause et a su s’entourer de bénévoles ultra compétents dans tous les domaines.
On fonctionne ainsi chez National-Motos, avec méthode, concentration et ça marche!

NATIONAL-MOTOS: UN 4ÈME PILOTE DÉSORMAIS
Stéphane HADDAJD présent aux essais des 24 Heures qui s’était accordé une journée pour s’enquérir de la bonne osmose de son équipage désormais composé de 4 pilotes.
Alors pourquoi un tel nouveau choix ?
« Nous intégrons un quatrième pilote, ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant, par rapport au règlement, même si je n’y suis toujours pas favorable. Le choix était nécessaire face à la disparité des performances surtout en fin de course de 24 heures. Dans l’endurance il faut aller chercher le meilleur de soi-même et dans la durée et cela apporte une sécurité supplémentaire.
La concurrence est rude et les autres Top- teams en Superstock avaient tous 4 pilotes par rapport à l’opportunité donnée par la FIM de rouler à quatre et rester à 3 n’était pas le plus avantageux pour nous même si le résultat était là ces deux dernières années.
Je vous rappelle que l’idée initiale était que ce quatrième pilote puisse apporter du budget. Pour nous cela coûte plus d’argent qu’autre-chose! »
Et de rappeler :« Je reste partisan du Superstock à trois pilotes car je considère qu’en étant dans l’antichambre de l’EWC, c’est plus logique de rester à trois. Il faut s’adapter même si je ne suis pas le promoteur du quatrième pilote mais le militant pour avoir 3 pilotes en SST et 4 en Production! Notre choix s’est porté sur Philipp STEINMAYR, un pilote Autrichien de 32 ans (vainqueur de la Coupe du monde 2022 avec le Team 18 des sapeurs pompiers), qui nous sollicitait depuis de nombreuses années pour intégrer le team. Nous l’avons choisi d’une façon collégiale en pensant qu’il serait la personne qui pouvait s’intégrer le mieux avec notre trio existant Valentin SUCHET, Guillaume RAYMOND et Johan NIGON. »

2006-2026: L’HÉRITAGE DE LA 20ÈME VICTOIRE AU MANS DE NATIONAL-MOTO

Stéphane HADDADJ (Président de National-Motos) se rappelle:
« L’héritage c’est d’avoir continué à écrire l’histoire car ce n’était pas évident de porter cela. Nous restons uns structure privée et c’est important de rappeler que nous n’avons pas les mêmes moyens que les usines. Nous avons réussi à rivaliser avec ces usines et nous continuons à persévérer dans l’endurance, car si ces dernières années ont été plus favorables, ce ne fut pas toujours le cas. Avoir continuer ce combat et cette résilience est la plus belle des choses à mon sens.
Cette victoire (Frédéric PROTAT – Olivier FOUR et Daniel RIBALTA managés par Christian LAVIEILLE) nous a appris aussi à transmettre, je pense.
C’est l’une des valeurs majeures de notre équipe que de transmettre auprès des jeunes du GARAC (Ecole nationale des métiers de l’automobile et de la mobilité) d’Argenteuil et de l’INCM (Institut National du Cycle et du Motocycle) du Bourget. C’est extrêmement important pour la profession puisqu’ils forment les techniciens pour les concessions.
Nous essayons dans cette pépinière de valoriser les plus volontaires et performants à l’école et de leur faire découvrir la compétition avec ses valeurs, ce goût de l’effort pas forcément facile auprès des jeunes avec cette valeur travail. »

Et de conclure
« L’endurance a cette grande valeur de partage et d’aventure et je remercie nos partenaires, nos bénévoles, nos fans qui nous suivent depuis de nombreuses années et avec lesquels je partage toutes nos victoires. L’héritage c’est de continuer à porter cette passion de la moto le plus haut possible.
Et de penser bien sûr aussi avant-tout à mes Parents (Pipo BALDIT décédé en 2012 et Liliane qui ont créé la concession multi-marques en 1980, puis exclusif Honda en 1990 à La Garenne Colombes au 51 du Boulevard National 92250) lorsqu’ils ont commencé l’endurance en 1971 en arrivant aux 12 H de Montlhéry avec une moto de série (Honda 750 à cadre Égli) et deux pilotes à l’époque (Daniel GEY et Marc VIGNAL) mais ça permettait de mettre le pied à l’étrier. Cela prouve que la recette de la nouvelle catégorie a parfaitement fait son travail de remplir les grilles. C’est l’accessibilité dans notre sport aux teams qui le peuvent avec des moyens beaucoup moindre qu’en Superstock et bien sûr qu’en EWC. »
Stéphane, ajoutant :
« On continue l’histoire de l’endurance par fidélité, pour l’amour de ce sport, la promotion de la moto car je considère que l’endurance se rapproche le plus de la moto de Mr et Mme Tout le monde.
Il faut rester avec cette proximité et cette convivialité que nous avons avec le public qui n’existe plus vraiment dans d’autres disciplines de la moto. »

Rendez-vous à tous le samedi 18 Avril à 15 heures pour le départ de cette 49ème édition des 24 H du MANS Motos et cette bagarre attendue de la catégorie Superstock.
Texte et Photos : Michel PICARD












