
Ce week-end au Vigeant en Ultimate Cup Moto dans la manche du Championnat de France d’Endurance, l’équipage formé de Mathieu Gines et de Gautier Gurdebecke, double la mise !
Évidemment, le départ d’une course de quatre heures lorsque la nuit tombe, c’est original. Mais c’est ça l’endurance moto.
On a tous en tête les splendides nuits du Castellet, de Spa, au Mans évidement et à Suzuka pour les plus chanceux.
C’est l’essence même de la discipline. Lorsque la nuit tombe, l’ambiance change et ces bonhommes-là sur leurs drôles de machines deviennent de sacrés personnages romanesques.
La pénombre apporte toujours une dimension lyrique qui va tellement bien à la compétition moto.

Après une journée assez étonnante au niveau du climat, Sofyan Malagouan, responsable Michelin pour l’Ultimate Moto ne manquait pas de signaler une piste compliquée après les averses de l’après-midi.
Alors que la fumée girondine et les pluies poitevines se furent calmé, vingt-trois équipages s’élançaient à l’assaut de quatre heures de course.
Départ type Le Mans, il faut respecter la tradition, avec ce délicieux moment d’attente bet de silence avant que tous les pilotes ne se ruent vers leurs montures.
C’est Gautier Gurdebeke qui partait le plus promptement. D’emblée, le vainqueur de Lédenon creusait un écart suivi par Tom Texeira et Exupery Beaumont. Joey Lubrat mettait d’entrée une grosse pression et pointait troisième. Les concurrents courant à l’américaine (deux motos différentes) se voyaient pénaliser d’un tour (c’est le règlement).
Cela ne changeait pas grand-chose en tête, les équipages de pointe courant, eux, à la française (avec la même moto).

Devant Gurdebecke tournait en 1’46’’215, un rythme respectable mais sur la Honda CBR Matthieu Thibault tournait bien plus vite … en 1’43’’745, ce qui lui permettait bien sûr de revenir sur la tête.
En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, la CBR passait en tête et s’échappait. Lubrat faisait de même. Pour Gurdebeke la longue soirée commençait. Il lui fallait s’installer dans le sillage des deux premiers, sans hypothéquer l’avancée de la machine qu’il allait confier à Gines l’homme par qui tout devait arriver.
Après quarante minutes de course, seules onze motos se trouvaient dans le même tour. Alors forcément, les stratégies s’affinaient.
A Lédenon, les machines pouvaient rouler une heure. D’autres beaucoup plus mais sur un autre rythme.
Pas le temps de voir plus longtemps, car la Honda CBR de tête connaissait très tôt des problèmes de sélecteur. C’était donc Joey Lubrat qui prenait le leadership seulement huit petites secondes devant Exupery Beaumont, le coéquipier de Luissiana, un sacré client lui aussi.
Malheureusement, un pot d’échappement allait stopper l’aventure de la Yam !

C’est alors que Mathieu Gines, comme à Lédenon, entra en piste. Avec une trentaine de secondes de retard, il ne fallut pas beaucoup de temps au Breton pour aller chercher Maxime Roussillon, moins rapide que Lubrat.
En lui reprenant entre trois et quatre secondes au tour, il pouvait confectionner une petite rente pour son ami Gautier Gurdebeke.
Derrière les deux motos de tête seuls Sébastien Picot/Christophe Roux restaient en vue des leaders mais un peu loin quand même pour espérer revenir à la régulière.
Un scénario comme à Lédenon
L’étonnant suspense vu à Lédenon se reproduisait. Non pas à l’identique, car Gurdebecke semblait un peu plus à l’aise au Val de Vienne que sur le tobogan languedocien mais ça y ressemblait comme deux gouttes d’eau.
Un Gines impérial, une adversité domptée par la vélocité du pilote de Ploemeur, quand l’histoire se répète, seuls les vainqueurs ne s’ennuient pas.
A la mi-course, c’était donc une cagnotte d’une minute et sept secondes qui avait été amassée par l’ancien pilote de Grand Prix. Il pouvait ainsi confier la moto à son complice qui n’avait qu’un objectif, assurer une heure de relais sans aucun pépin.
Roussillon retarda au maximum le passage de relais mais globalement, la stratégie Gines fonctionnait.
Quand les deux motos furent à égalité de ravitaillement, Gautier Gurdebeke disposait à peu de chose près d’une quarantaine de secondes d’avance.
Il pouvait en dépenser. Mais pas trop tout de même.
On s’avançait peu à peu dans la nuit et certains connaissaient des belles galères.
Comme Joe Picart qui perdait l’avant et sortait dans le gravier. Décidément, après le sélecteur qui les avaient retardés c’était une sortie de route qui enrayait la tentative de remontée de la Honda 1000 CBR.
A mi-relais, Lubrat avait fait fondre de moitié l’avance de Gurdebecke, tout cela semblait mettre néanmoins en de bonne situation la 1000 YZF de tête.
Globalement, on le savait, il pouvait laisser jusqu’à une minute d’avance à son rival du moment.

L’arme fatale « made in Breiz » se chargerait de la rattraper dans le dernier relais.
C’est à un quart d’heure de la fin de relais que Gautier se faisait passer par Lubrat. Il lui restait à ne pas trop laisser filer le gaillard. Sans évidemment aller à la faute.
Fatale dans la stratégie. En fait, Lubrat ne réussissait pas à vraiment se dégager.
Et la pluie s’invita à la fête
Dans ce scénario qui semblait écrit à un peu plus d’une heure de la fin, la pluie est venue perturber tout ce petit monde. Exupery Beaumont et trois autres motos
chutaient. L’heure était au changement de pneumatiques. Les machines de tête restaient en piste avec l’objectif d’aller au bout de l’heure et éviter ainsi un arrêt non programmé. Ce que fait Joey Lubrat. Pas Gurebecke qui prolongeait sans doute le plaisir. Tout en perdant dix secondes au tour sur les machines ayant effectué le changement d’enveloppes.
Il rentrait deux tours après tout le monde et le ‘menhir breton débuta alors son dernier relais sous la pluie.
C’était donc au tour de Gines et Roussillon de s’expliquer. Derrière eux la machine la plus proche était à trois tours.
C’était donc entre ces garçons qu’allaient se jouer l’acte final.
Sous la pluie, il y avait encore moins photo. Plus de trois secondes au tour, il ne fallut pas longtemps pour que Gines retrouve son trône qui passait sous la barre des deux minutes sur le circuit mouillé.
Maxime Roussillon pourtant se battait comme il pouvait.
A quarante minutes du terme, la cause paraissait entendue. D’autant plus que Maxime Rousilllon repassait par les stands pour une intervention pneumatiques qui immobilisait assez longtemps la machine. Repasser en pneus secs, un pari osé mais sans doute pris en connaissance de cause.
En pneus pluie, Gines tournait en 1’39’’54, en sec, Roussillon tournait en … 1’ 58’’844. Pas vraiment une bonne opération dans l’affaire.
D’autant qu’à une demi-heure de la fin, Gines comptait… un tour d’avance. Et même si peu à peu, Roussillon inversait la donne, il ne reprenait qu’une seconde au tour au leader.
Bien trop loin pour être inquiété.
Difficile pour l’adversité d’aller contrer cet équipage. A moins de trouver quelque part un ancien pilote de Moto GP ou en Championnat du monde d’endurance qui aimerait faire quelques manches de ce Championnat de France.
Il y en a. Reste à les convaincre.
Jean-Michel LE ROY
Photos : Armand RAMPNOUX








