Quelques mois seulement après avoir fêté une première édition en octobre 2021 à M’Hamid aux portes de Zagora, Chris Armelin avait donc décidé de poser ses valises un peu plus au nord du coté d’Erfoud à l’hôtel Ksar, le long des dunes de Merzouga.Endroit d’exception et point central de cet événement. Un lieu magique que la plupart des baroudeurs d’Europe, connaissent bien. Si la beauté des paysages est digne des ‘mille et une nuits pour éblouir les touristes devant un coucher de soleil, il en est tout autrement pour des compétiteurs qui sont à la recherche d’adrénalines…
L’organisateur tenait à ce que cette épreuve soit populaire et ouverte au plus grand nombre de concurrents, même aux débutants. C’est dans cette optique qu’il s’est entouré une seconde fois de l’expérience du copilote, Sébastien Delaunay pour créer un tracé dans les chemins de traverse couleur, ocre. Cependant, le parcours devait aussi être suffisamment technique et difficile pour les trois grandes écuries en présences. Pinch Racing, Mercier Racing et Solurent.Parallèlement, l’assistance médicale a aussi été renforcée pour une efficacité maximale, dont un hélicoptère, six médecins, un chirurgien, une ambulance et un SSV médical équipé. Facteur fondamental et indispensable pour faire face à d’éventuels problèmes. L’organisateur a mis comme priorité la sécurité des équipages, avant la performance.
Compte tenu des dernières décisions gouvernementales tardives du pays pour ouvrir l’accès du transport maritime entre l’Espagne et le Maroc, plusieurs équipages Français ont préféré jeter l’éponge, au dernier moment. Finalement, ils n’étaient que vingt-trois équipages inscrits. Malgré tout, l’organisateur a maintenu son épreuve, contre vents et marées, avec le soutien sans faille de la Fédération ‘’FRMSA’’. Une épreuve qui comportait deux catégories : Séries et Open, et des concurrents de quatre nationalités (France, Italie, Belgique, Pologne).Notons la présence remarquée de Christophe Paquereau, le N°116, vainqueur de la première édition. Seul à bord, surnommé depuis ‘’Le Conquistador’’ est venu ici avec la ferme intention de récidiver. Face à lui, il avait deux grosses pointures de cette discipline, du moins sur le papier : Sébastien Guyette N°102 et Hugues Lacam N°101, qui sera copiloté par Delphine Delfino. Mais comme le disait l’ami René Metge « C’est à la fin du bal, qu’on paye les musiciens ! ».
L’épreuve du feu commence aujourd’hui ! ES1 : 235 kms.
Un lever de rideau sur les terres Marocaines à Merzouga, avec des pistes que connaissent bien les ‘’Vieux Routiers’’ de l’Apocalypse. En effet, les concurrents vont vites rentrer dans le vif du sujet avec es 235 kms de pistes ensablées, sinueuses, mais aussi avec l’immense honneur d’affronter les premières dunes, lorsque le soleil sera au zénith. Pas le temps pour se familiariser avec l’environnement, les houles de sable ocre et les pistes endiablées tendaient les bras à tous ces boulimiques du bac à sable, car c‘est bien connu, l’aventure n’attend pas.Les grosses chaleurs de ce jour, laissent à penser que la semaine sera particulièrement chaude. C’est l’ami Christophe Paquereau et son Can Am X3 N°116 qui s’élance en premier. La poussière de son véhicule drape rapidement le sol. Son poursuivant Hugues Lacam avec le N°101, enclenche la première pour un départ en trombe. Idem pour Sébastien Guyette le N°102 qui se je jette dans la bataille, le couteau entre les dents !À voir le profil aiguisé de ces trois lames de rasoir, on peut penser que la bataille va faire rage, dès les premiers kilomètres. L’inconvénient des pistes marocaines, c’est qu’elles sont étroites et très rocailleuses, où il n’est guère aisé de rester stable sans faire prendre de risques aux pneumatiques.Cette fois, on est entré dans la gueule du loup ! Au bivouac, c’est un peu comme un village Gaulois. On y croise Astérix, Obélix, Idéfixe, Abraracourcix, Panoramix, Cétaumatix, Aussurancetourix, Bellodalix, Uniprix, mais aussi des valeureux Vickings qui sont toujours prêts à se battre contre les inquisiteurs. Implanté en terre hostile, le Village Gaulois de 2022 a été dessiné de manière cohérente au pied des dunes, afin de surveiller l’autre berge détenue par les Romains.Pour que tout fonctionne parfaitement à l’intérieur du village, Abraracourcix (GO, chef du village) et Bonemine (GO, Cheffe du village), tenaient absolument à ce que les valeureux guerriers trouvent à leur retour des spéciales, le confort et le réconfort, après de longues et difficiles journées à chasser le gibier… D’ailleurs,aAu centre du village, tout y est : Piscine, salon de thé, chaises longues, salle de restaurant, Wifi, et bien entendu, l’endroit incontournable ou chacun peut récupérer sa potion magique ‘’Le Bar Tabac’’ est souvent pris d’assaut à la tombée de la nuit par les rescapés du jour!Peu importe le flacon, l’essentiel, c’est de parvenir à l’ivresse ! avec modération, bien sûr. Côté GPS, plusieurs concurrents font la queue chez Bernard, dit, Astronomix afin d’obtenir les meilleures traces du Global Position Système. Les discutions vont bon train, les initiés savent que la violence du combat en Rallye-Raid est visible tous les jours, d’autant que le pilotage est toujours lié à la navigation et qu’il faut savoir concilier deux axes : l’équilibre vertical et la vitesse horizontale de ces ‘’Sauterelles Sur Vitaminées !’’ES2 : 172 kms de jour et 56 de nuit.
À l’aube, les trois premiers à partir sont aussi tendus comme des arbalètes ! Le 101, Sébastien Guyette part comme un boulet de canon avec son Can-Am, obligeant ses adversaires à rester dans sa poussière. Le moment le plus délicat pour le pilote Belge, était long passage des dunes. Expert en Championnat de Belgique, 24 Heures TT de Paris et du Portugal et autres épreuves d’endurances en Belgique, Guyette n’est pas forcément à l’aise dans ‘le bac à sable.Malgré tout, cette fine lame voit vite s’éloigner dans son rétro, ses plus proches rivaux. Rapidement, Hugues Lacam N°101 le dépose et ouvre la trace dans ce tronçon délicat. Dès lors, l’équipage cravache dure pour distancer le Can-Am de Sébastien Guyette.Sur cette étape, la meilleure façon de rouler était de mettre le pied sur le champignon sur ces pistes sinueuses et particulièrement rapides. Nous ne savions pas si les trois premiers au classement général avaient pris leur potion magique ce matin au petit déj, mais en tout cas, Hugues Lacam, dit, Astérix partait comme une balle pour contraindre, SébastiIn Guyette, dit, Abraracourcix de l’écurie Mercier Racing à mettre les gaz. N’oublions pas non plus Christophe Paquereau, dit ‘’Le Conquistador’’, qui avait à cœur de briller sur un terrain de jeu, qu’il affectionne particulièrement. Ohé Moussaillons, me voilà de retour…Les premiers ennuis tombent sur les épaules des équipages N°108 Alletru/Beguin et N°114 Valverde/Dubuc. En effet, des problèmes mécaniques obligent les deux équipages à rentrer précipitamment au ‘’Village Gaulois’’, pour refaire le plein de potion magique, chaudron détenu par le druide, Panauramix. Devant, ça ferraille dur, le Can-Am N°102 de Guyette tient la corde et garde à distance les Can-Am de Lacam, Paquereau, De Burlin et Hantz.Force est de constater qu’à ce moment précis de la course, ces cinq là, sont un ton au-dessus. À l’issue des deux premières spéciales du jour, après six heures de course, seulement dix secondes séparent le 101 Lacam/Delfino et Sébastien Guyette le 102, tous deux sur Can-Am. La dernière spéciale de nuit était attendue, mais aussi redoutée. Même si la nuit, tous les chats sont gris ! Finalement, tout le monde est bien rentré au bivouac. ES3 : 215 kms
Ce matin au petit déj, tout le monde parlait de la spéciale de nuit. Chacun avait sa petite idée sur laquestion, mais en règle générale, la caravane a apprécié ce baptême du feu.Si l’ES3 était la plus belle du Rallye, elle était aussi, la plus dure avec ses deux spéciales chronométrées (S1 et S2). Tout y était : Déjà par les trois cordons de dunes : 7 kms, 5 kms et 13 kms, soit un total de 25. Puis, il y avait la traversée de plusieurs oueds ensablés et un passage d’herbe à chameau. Ces fameux petits arbustes, très courts et durs, dont seuls les chameaux peuvent les manger.Ensuite, les concurrents devaient trouver la passe étroite de Bega pour monter sur une haute montagne. Enfin, les pilotes retrouvaient des pistes du style WRC, puis, des petites dunettes avant arriver… au pied de l’hôtel! Par conséquent, un menu complet avec entrée, plat, fromage et dessert. Finalement, c’est un excellent condensé de ce qui attendait les concurrents, car les actes et les comportements n’ont d’intérêts que s’ils ont un sens.Une journée ‘’Galipettes !’’
Le départ est donné à 8h30 derrière la station Africa sous un soleil bleu azur. Sébastien Guyette se présente le premier sur la grille de départ en observant dans son rétro son adversaire le plus proche, le 101 Hugues Lacam. Va-t-il tenir la cadence ? En tout cas, le pilote Belge du Team Mercier est remonté comme un coucou… Mais au-delà de la performance de la veille, il avait aussi le privilège non négligeable de s’élancer le premier sur les pistes, sans la poussière.Depuis hier, on sentait qu’il y avait des bisbilles entre le premier et le deuxième au classement général. Peu importe, c’est parti sur les chapeaux de roues, la définition : Partir sur les chapeaux de roues provient du mot chapeau ‘’Les enjoliveurs’’ ces protections qui protégeaient l’axe central des roues.Partir à vive allure sur les ‘’enjoliveurs’’, autrement dit, balancer le véhicule sur les chapeaux de roues. Force est de constater que plusieurs véhicules se sont envolés dans le ciel pour réaliser des belles galipettes acrobatiques. Sur cette épreuve, l’entraide à parfaitement fonctionner puisque plusieurs équipages sont venus à la rescousse des acrobates pour remettre sur pied, pas moins de cinq véhicules. Hier, vu le nombre de casquettes, on a eu droit à la loi de Murphy « Tout ce qui peut mal tourner, va mal tourner ! » ES4 : 237 kms
À même pas peur de la Momie !Selon le directeur de course, cette quatrième étape est la plus rapide de la semaine. C’est la raison pour laquelle le départ n’est donné qu’à 9h00. Une première de 96 kms, la deuxième de 55 kms et la troisième de 86 kms. Aucune dune à l’horizon, que des pistes bien tracées où les plus rapides devaient faire la différence. Puis, c’est un passage obligé à la Momie, cet endroit où a été tourné le film ‘’La Momie’’. Même si le programme n’était pas copieux, les navigos étaient très sollicités sur ce tronçon.Concrètement, les spécialistes du désert devaient rester vigilant pour ne pas se laisser prendre au piège d’une navigation peu évidente, sur ce terrain glissant et piégeur avec de nombreux devers et de nombreux freinages en courbe.Comme à son habitude, sur la ligne de départ, Sébastien Guyette N°102, seul contre tous, ne lâche rien.Il sait que ses poursuivants vont ouvrir en grand pour revenir sur lui le plus vite possible. Un tracé ou les cadors allaient s’illustrer, à moins que les débutants bien inspirés viennent contre carrer les ambitions des premiers de la classe ! Si le parcours ne révèle aucune grande difficulté, la succession de changement de caps s’annonçaient usante pour les hommes et pour les machines. Mais aussi des plus motivantes pour déclarer la guerre sur ce terrain propice aux meilleures lames.D’ailleurs, c’est peut-être là qu’allait se jouer un des actes les plus importants de la Baja ?Sans frein depuis le début de la spéciale, ce bouquetin de Pasquereau #116 à la carrure d’un Gladiateur et réputé pour son endurance autant que pour sa combativité, voulait poser un genou à terre. C’est humain, tout le monde peut avoir son moment de doute dans cette discipline. Après une heure de course, c’est finalement l’équipage N°105 Hantz/Hantz qui pointe le nez de son véhicule en première position, juste devant Christophe Paquereau.Une meute de plusieurs SSV partent à sa poursuite dans les enfilades. Les N°108, 104, 119, et le 111… Un seul mot d’ordre : À l’abordage ! Ces poursuivants ont bien l’intention de clouer cet adversaire au pilori ! Finalement, l’abordage à fonctionner, puisque vers midi, le trio avec les 101,106 et 108 reprend les commandes du navire. À ce stade, ils ne causent plus, ils dispersent, ils ventilent !C’est un peu la course à la médaille du travail que recherche ces trois là. Au PC course, on assiste à une lutte régulière, mais sans merci entre les premiers de cordée. Au milieu d’un tourbillon de poussière ocre, les véhicules foncent comme des balles sur les pistes. Le constat est sans appel, après seulement trois heures trente de pilotage, les mains des pilotes sont de plus en plus gonflées à force de serrer le volant. Si certains équipages ne sont pas tombés dans le piège, d’autres, en revanche, sont partis à Tataouine !En fait, il y avait un petit piège concocté par le directeur de course, depuis des semaines. C’est ce qu’on appellera ‘’L’opération Léontine’’. Face à la poussière de l’étape et à la fatigue d’une journée de pistes desséchées, chacun allait vite oublier les problèmes du jour, en regardant la lune qui entame sa courbe descendante derrière un sable rougit par la chaleur de la journée.ES5 : 157 kms
La dernière séance !Sur la ligne de départ, c’est encore un décollage rapide qui prend la direction du podium doré et chamarré à point. Les concurrents se lancent dans la dernière ligne droite sur cette ultime étape qui était divisée en trois spéciales chronométrées. Une de 56 kms (mixte) une autre de 56 kms (Sol dur) et la dernière de 45 kms (sable et dunes). Un menu relativement adouci sur cette dernière. Après la photo de famille devant les dunes de Merzouga, les rescapés devaient se préparer pour l’ultime étape du Rallye.Malheureusement, l’équipage 119 Vallée/Arnavielle, se fait un joint de culasse à cent mètres du départ. Au comble de l’émoi pour avoir vécu un retournement de situation, le pilote et le copilote encaissent en prime la décevante expérience du Coitus interruptus !Comme à son habitude, le soleil est au rendez-vous. Si les paupières sont lourdes de la fatigue d’hier, les rescapés se mettent en file indienne, selon l’ordre de départ. Au point zéro, tous les concurrents écoutent le bruit de leur moteur qui se prolonge en eux comme une rumeur d’angoisse et de joie, à la fois : angoisse de la panne et joie d’une éventuelle victoire.C’est humain, car parfois, les rêves passent au cauchemar. C’est d’ailleurs là que les tactiques les plus élaborées se fracassent contre les réalités primaires du désert. C’est aussi là que la part invisible se cache entre le défi et son mystère.Très vite, la ferveur monte au fur et à mesure que le chrono défile. Sébastien Guyette #102 se présente le premier face aux dunes. Concentré, il pense aux vingt-neuf minutes d’avance qu’il a sur le deuxième.Par conséquent, une échappée belle sur cette ultime spéciale qui pourrait définitivement devenir le juge de paix ? C’est sans doute ce que pense aussi l’équipage 101 Lacam/Delfino en regardant l’arrière du SSV de Guyette, qui eux-mêmes sont surveillés comme le lait sur le feu par Christophe Paquereau, le 116. Quoique qu’il en coûte, il est bien décidé à conserver sa troisième place, car sur le papier, seulement quatre minutes séparent le troisième et le quatrième au classement général. C’est forcément cette troisième marche du podium qui allait être la plus disputée, ce vendredi.L’épreuve de force
Un seul mot d’ordre, lâcher les chiens de garde, autrement dit : ‘’Attaquer’’. Dans le vélo, cela veut dire « Mettre les chaussettes à la fenêtre ». Alors, c’est sans doute en début d’après midi que les baroudeurs de cette deuxième édition auront la possibilité de se distinguer dans cette cinquième étape qui, pourrait bien être le théâtre d’un changement au classement général. Qui des trois premiers au classement général va défourailler le premier pour porter l’estocade ? Une chose est sûre, pour des questions de suprématie, chacun est bien décidé à s’imposer. Finalement, l’étape allait favoriser les plus rapides, puisque le terrain devenait dur, comme du bois. Les photographes, postés sur place, constatent que les chevaux étaient lâchés, laissant derrière eux un nuage de poussière qui voltige dans le ciel. Un bras de fer pour ce Graal si convoité
À quelques kms de l’arrivée, la lutte finale s’intensifie. Mais avant de humer l’odeur de la victoire et de respirer ce parfum d’aventure sur le podium, il faut passer sous le drapeau à damier pour décrocher le Graal, extrêmement convoité. Chassez le naturel, il revient au galop !La bagarre se termine comme elle avait commencé avec l’irrésistible Sébastien Guyette du Team Mercier Racing, qui s’impose finalement sur cette épreuve. Tout au long de la semaine, le pilote a ventilé et dispersé tous ses concurrents aux quatre coins du désert, pour se faire une place au soleil. Dans le stand du Team Mercier, c’est un ouf de soulagement et une immense joie que Pascal Mercier partage avec toute son équipe.Conclusion de cette folle semaine, une grande majorité des concurrents souhaitent revenir sur la troisième édition. La parfaite organisation de la course, une ambiance chaleureuse, une météo favorable, une cantine à la hauteur des attentes, des couchages de qualité, le professionnalisme de tous les membres de l’orga, fait que cette deuxième édition a été une réussite totale.Thierry Sabine, disait « Faire vibrer ceux qui partent et faire rêver ceux qui restent ». Espérons que le rêve deviendra réalité. En attendant, tous les rescapés de cette épreuve sont des vainqueurs. Texte : Gilles DAVID Crédit photos : ActionGraphers










