Tragédie en trois actes

Le premier acte du drame que traverse le sport automobile français s’est joué le 24 mars dernier, lorsque le Comité Directeur et le président de la FFSA, Monsieur Pierre Gosselin, ont été révoqués par une Assemblée Générale aux ordres de Jacques Régis, président de fait de la fédération depuis 1996 jusqu’en 2024, qui n’a pas supporté de voir son jouet lui échapper et s’est appuyé sur une assemblée à sa botte composée de quelques affidés plus préoccupés par la défense de leurs privilèges que par le sport automobile français pour mener à bien cette insulte au fonctionnement démocratique de la fédération.
Le deuxième acte s’est déroulé le 22 avril, date à laquelle ont été élus un nouveau président et un Comité Directeur composé des mêmes représentants de ces dirigeants ayant pris la fédération pendant 30 ans pour leur bien personnel.
Cette élection a été rendue possible grâce à des statuts « ciselés » pour empêcher l’immense majorité des licenciés qui ont voté pour la liste du vrai changement de faire valoir leurs voix, faussant ainsi le scrutin.
Le troisième acte va se dérouler le 20 mai prochain, date à laquelle doit se réunir une nouvelle Assemblée Générale toujours aux ordres de Jacques Régis et ses affidés, et agissant sous les mêmes statuts faits pour museler l’expression des licenciés Automobile et Karting.
Les plus naïfs d’entre nous auraient pu croire que Pierre Ragues, le nouveau président élu, licencié du terrain lui-même, tenterait de remettre la FFSA au service des licenciés, comme il s’y était engagé, mais c’était mal connaître la profondeur du mal rongeant la fédération depuis toutes ces années.
Pierre Ragues vient en effet d’ajouter son nom à celui de Nicolas Deschaux sur la liste des marionnettes aux ordres.
Jacques Régis et son clan ont en effet compris de l’élection» du 22 avril que plus de 70% des licenciés plus les représentants de 5 ligues opposantes constituaient une majorité quasi- totale des vrais représentants du sport, et qu’il fallait donc prendre sans délais toutes les mesures propres à renforcer la gouvernance en place qui ne représente plus qu’elle-même.
Le pitoyable Pierre Ragues s’est donc empressé de convoquer une nouvelle Assemblée Générale le 20 mai, qui a pour objet l’adoption de nouveaux statuts permettant de « bétonner » encore davantage le système en place qui ne bénéficie d’aucune légitimité, et surtout d’empêcher toute velléité future de la part des licenciés de prendre le contrôle de leur fédération.
L’examen des modifications « proposées » aux statuts est édifiante !
Parmi ce florilège, retenons les points suivants :
– Nécessité d’obtenir l’accord de 2/3 des ligues pour convoquer une assemblée générale au lieu de 1/3 actuellement
– Obligation pour toute liste souhaitant se présenter d’obtenir le parrainage d’1/3 des ligues (c’est nouveau).
– Surtout pas de remise en cause du poids des DOM TOM qui ont décidé de l’élection du 22 avril (4% des licenciés pour presqu’un tiers des voix…
Exemple la Polynésie : 88 voix pour 40 licenciés, contre la ligue Rhône-Alpes qui en détient 89 pour 5150
licenciés, ou la ligue Bretagne-Pays de Loire qui en détient également 89 pour 4500 licenciés).
– Et le pire tour de passepasse possible, particulièrement pervers :
La fusion des collèges « ligues » et « Associations ».
Pourquoi ? Parce que le collège « ligues » est composé de deux représentants par ligue, sensés représenter leurs licenciés, mais qui ne représentent qu’eux-mêmes, les licenciés étant représentés par leur propre collège, collège qui a fourni deux fois plus de voix à la liste Gosselin qu’à la liste Ragues lors de la mascarade d’élection du 22 avril.
Il est donc impératif d’escamoter cette réalité en noyant le poisson par la fusion proposée des deux collèges, on n’y verra dorénavant que du feu.
Rappelons au passage que l’équipe de direction actuelle de la FFSA est partie prenante de cette réforme, ce qui augure mal du futur quand on sait que l’actuel Directeur Général est le prochain président-désigné de la fédération par Jacques Régis.
Il paraît par contre peu probable que le ministère puisse donner son accord à une telle mouture de statuts d’une fédération sportive, qui prive de fait de représentativité tous leurs licenciés qui en sont
pourtant les propriétaires.
Comment pourrait-on admettre que certains d’entre eux aient un poids électoral plus de 100 fois supérieur à d’autres ?
Rappelons aussi que ce même ministère des sports a diligenté une enquête administrative concernant la gouvernance de la FFSA et qu’un épais dossier financier est dorénavant sur le bureau du procureur de la république, deux faits qui ne manqueront pas d’éclairer les autorités de tutelle sur les pratiques en cours au 32 avenue de New York à Paris.
Vers une autre fédération ?
L’hypothèse peut paraître iconoclaste aujourd’hui, mais la question est sérieuse.
Combien de temps encore pourrait-on tolérer le naufrage moral et sportif de la FFSA si aucune solution à même de mettre un terme à l’ignominie actuelle n’était proposée « d’en haut » ?
Une étude de détail s’impose, mais rien ne s’oppose en principe à la création d’une nouvelle fédération.
La liberté d’association est reconnue par la loi française, la libre circulation des individus et en particulier des licenciés avec interdiction d’éventuelles sanctions à leur encontre est permise au nom des lois européennes, et il existe déjà en France depuis longtemps des épreuves sportives automobiles organisées par d’autres fédérations que la FFSA, comme par exemple l’UFOLEP.
Rappelons au passage que la FFSA elle-même est le produit d’une dissidence intervenue en 1959 au sein de l’Automobile Club de France.
Reste la position de la FIA qui ne reconnait qu’un seul pouvoir sportif par pays.
Première considération : la FIA étant une association loi 1901 étrangère, elle est soumise à la loi française, et partant à la loi européenne sur la libre circulation des biens et des personnes.
Deuxième considération : la FIA délègue son pouvoir sportif dans chaque pays à l’organisme le plus représentatif du sport automobile, souvent en défaveur d’institutions ne correspondant plus aux critères fondamentaux d’une bonne gouvernance du sport.
Rien ne s’opposerait donc en principe à une reconsidération de la délégation du pouvoir sportif
international à un autre organisme que la FFSA (Je me pense particulièrement bien placé pour évoquer cette éventualité ayant moi-même effectué de nombreux arbitrages de ce type sur tous les continents).
En conclusion
La main mise actuelle sur la FFSA par le système de prédation en cours de la part d’un clan ne cherchant qu’à préserver ses privilèges au détriment de toutes valeurs morales et sportives n’est pas inéluctable.
Plusieurs actions sont envisageables sans délais.
Auprès du Ministère des Sports, qui, heureusement vient de montrer sa détermination à remette la fédération sur de bonnes voies :
– s’assurer qu’il mènera son enquête administrative jusqu’au bout, particulièrement sur le rôle joué par le Directeur Général actuel et son administration dans les dysfonctionnements de la FFSA.
– s’assurer par une action de groupe immédiate comprenant les ligues « dissidentes » et les associations sportives automobile et Karting représentant de par leurs votes l’immense majorité « du terrain » qu’il ne pourra accepter la proposition de modification des statuts soumise à l’Assemblée Générale du 20 Mai pour toutes les raisons exposées plus haut.
– lui demander l’élaboration d’urgence de nouveaux statuts-types fédéraux garantissant l’instauration de gouvernances fédérales au service de leurs licenciés, en particulier en ce qui concerne la représentativité de ceux-ci.
– et dans le cas du succès de la manœuvre tentée le 20 mai par ceux qui ne représentent pas le sport automobile français dans les faits, demander tout simplement la mise sous tutelle de la fédération.
Dernière question : devant l’énormité de cette manœuvre, le temps n’est-il pas venu de la part de ces ligues et de ces associations sportives volées de leur représentativité le 22 avril 2026 de boycotter purement et simplement la réunion du 20 mai, montrant ainsi leur détermination à ne pas accepter l’inacceptable ?
Ce serait également un message fort à adresser aux autorités de tutelle.
Yvon LEON
Ex. Secrétaire Général de la FISA/FIA, Ex. Président de la Fédération Mondiale de Karting. Ex. membre du Comité Directeur de la ligue Bretagne-Pays de Loire.











