
Des équipements pléthoriques, une présentation flatteuse et des tarifs particulièrement attrayants et agressifs :
Les constructeurs chinois ont de sérieux arguments pour séduire les automobilistes européens.
Mais derrière cette offensive commerciale, une question mérite d’être posée : que reste-t-il de la personnalité automobile, et surtout, qu’en sera-t-il de la valeur de revente ?

Vingt marques, mais combien de véritables différences ?
Il faut réellement se poser la question. Car lorsqu’on observe de près les quelques vingt marques chinoises qui étaient présentes au dernier Mondial de l’Automobile il y quelques jours à Paris, une impression s’impose :
Derrière la diversité des carrosseries et des appellations, les différences semblent parfois se réduire à quelques grandes recettes techniques et stylistiques.
Certes, les silhouettes varient, les calandres se distinguent et les signatures lumineuses tentent d’affirmer …une identité propre !
Mais une fois installé à bord, le constat est plus troublant car on retrouve souvent les mêmes ingrédients, les mêmes ambiances intérieures et une conception très similaire de l’automobile.

Soyons justes et il faut bien le reconnaître, le niveau de finition est souvent remarquable et les équipements proposés rivalisent avec ceux de marques européennes voire américaines, bien plus prestigieuses.
Écrans généreux, selleries valorisantes, aides à la conduite et technologies embarquées composent des habitacles qui en imposent.
Mais, au-delà de cette présentation flatteuse, une question demeure : dans quel véhicule suis-je réellement installé ?
C’est précisément là que certaines marques européennes conservent un avantage. Elles cultivent, chacune à leur manière, un environnement, une ergonomie et une personnalité qui permettent de les reconnaître.

Une Peugeot ne se vit pas comme une Renault, une Volkswagen ne se confond pas avec une BMW. Ainsi au récent mondial Parisien, Citroën avec une Deudeuche ‘Newlook et Renault avec une R8 Gordini, l’inoubliable ‘Gord, ont proposé des superbes bagnoles ‘d’antan, remises au goût du jour, par les bureaux d’étude et et de style des marques françaises. Preuve qu’en europe et en france, on a encore des idées !!!

Cette identité, fruit d’une histoire et d’un savoir-faire, fait aussi partie de l’expérience automobile.
Du luxe au prix de l’entrée de gamme, cela représente, l’arme fatale chinoise
Alors, qu’est-ce qui fait réellement la différence ?
Le prix, bien sûr, mais aussi la simplicité de l’offre.
Là où certains constructeurs européens multiplient les finitions, les options et les packs parfois difficiles à déchiffrer, les marques chinoises privilégient souvent des versions richement équipées, avec une facture annoncée particulièrement séduisante.

Et il faut franchement bien le reconnaître que le résultat est spectaculaire : pour un tarif correspondant parfois à celui d’un modèle européen d’entrée ou de milieu de gamme, l’acheteur accède à une présentation et à un niveau d’équipement qui donnent une impression de montée en gamme.
Sur le papier, l’équation est redoutable. Pourquoi payer davantage lorsque l’on peut obtenir plus d’équipements, une technologie abondante et une présentation valorisante pour moins cher ?
Difficile, en effet, de ne pas être tenté…
Mais le prix d’achat ne fait pas tout!


Car, attention aux apparences. Dans l’automobile, le prix affiché au moment de l’achat ne raconte
qu’une partie de l’histoire.
Le coût réel d’un véhicule se mesure aussi à l’usage, à l’entretien, à la disponibilité des pièces, à la qualité du réseau après-vente et, surtout, à sa valeur résiduelle.
C’est sur ce dernier point que subsiste aujourd’hui une véritable interrogation…
Que vaudront ces modèles chinois sur le marché de l’occasion dans trois, quatre ou cinq ans ? Leur décote sera-t-elle comparable à celle des modèles européens concurrents ?
La fiabilité dans la durée et la confiance des acheteurs d’occasion, seront-elles au rendez-vous ?
Il est encore difficile de répondre avec certitude à ces questions pour les marques les plus récentes.
Or, ce qui semble être une bonne affaire au moment de signer le bon de commande pourrait se révéler bien moins avantageux au moment de revendre le véhicule.
L’économie réalisée à l’achat peut alors se réduire, voire disparaître, en fonction de la décote et du coût global de possession.
Le véritable match ne se joue donc pas uniquement en concession car il se joue sur toute la durée de vie de l’automobile.
Omoda & Jaecoo : la preuve que la recette fonctionne

Impossible, pour autant, d’ignorer le succès commercial de certains nouveaux entrants. Omoda & Jaecoo en offrent une illustration frappante…
Leur percée sur le marché français témoigne de l’attrait exercé par cette nouvelle génération de véhicules.
La recette est simple : proposer un style valorisant, des équipements généreux et des tarifs compétitifs.
Prenons un exemple parlant : lorsqu’un SUV au look évoquant l’univers d’un petit Range Rover est proposé à un prix proche de celui d’un Dacia Duster, comment ne pas susciter la curiosité, voire l’envie ?
Pour de nombreux automobilistes, l’achat automobile reste aussi une affaire de coup de cœur…
Le design, l’impression de qualité à bord et le sentiment d’en avoir beaucoup pour son argent peuvent parfois peser lourd dans la décision finale.
Et les constructeurs chinois l’ont parfaitement compris.
Des voitures conçues pour l’Europe… ou adaptées à la marge ?
Il reste néanmoins un point essentiel : tous ces véhicules sont-ils réellement adaptés aux attentes et aux usages des automobilistes européens ?

Un essai approfondi avant l’achat s’impose. Dimensions, poids, comportement routier, freinage, confort de suspension, consommation réelle et facilité d’utilisation au quotidien méritent d’être examinés avec attention.
Les habitudes de conduite, les infrastructures et les contraintes de circulation ne sont pas nécessairement les mêmes en Chine et en Europe.
Certains modèles, notamment les SUV imposants et lourds, peuvent ainsi se révéler moins pertinents dans nos villes, sur nos routes secondaires ou pour des trajets quotidiens.
Cela ne signifie évidemment pas que tous les véhicules chinois sont inadaptés car leurs caractéristiques varient considérablement d’une catégorie à l’autre et d’un modèle à l’autre.
Quant aux petites voitures, le débat est différent. Sur le premier segment, celui des citadines, l’offre européenne reste suffisamment riche pour répondre à de nombreux besoins sans qu’il soit nécessaire de se tourner vers un constructeur chinois.
Encore faut-il comparer les prix, les équipements et les prestations à niveau équivalent.
Le véritable défi est désormais européen
Faut-il pour autant condamner cette offensive chinoise ? Certainement pas.
La concurrence a toujours stimulé l’industrie automobile, et les nouveaux acteurs ont le mérite de bousculer des habitudes commerciales parfois bien installées.
Mais les constructeurs européens doivent vite en tirer les conséquences. Ils ne pourront pas éternellement justifier des écarts de prix importants par leur seule histoire, leur image de marque ou leur réputation !
Les automobilistes veulent aujourd’hui des voitures bien équipées, agréables à conduire, fiables et accessibles financièrement.
Le défi consiste donc à retrouver le juste équilibre entre technologie, qualité, personnalité et prix.

La véritable réponse à la montée en puissance des constructeurs chinois ne serait-elle pas de proposer, en France et en Europe, des modèles à un niveau de finition et d’équipement comparable, pour un tarif seulement légèrement supérieur ?
Car si les marques européennes parviennent à rendre le haut de gamme plus accessible sans sacrifier
leur identité, ni non plus, leur rentabilité, elles conserveront un argument de poids :
Celui de proposer non seulement une automobile séduisante à l’achat, mais aussi un produit cohérent dans la durée.
Au fond, acheter chinois peut aujourd’hui constituer un choix parfaitement rationnel.
Encore faut-il regarder au-delà du prix catalogue. Car, dans l’automobile comme ailleurs, la bonne affaire n’est pas toujours celle que l’on croit…
Christian BUISSON
Photos : Bernard BAKALIAN – Christian BUISSON









