Et, elle ne sera plus publiée afin d’éviter les spéculations.
BoP Hypercar : moins de transparence et un système revu pour 2026
Non-publication des tableaux, refonte du process après une saison 2025 imparfaite : l’ACO et la FIA assument une approche différente de la Balance de Performance.
Dans le paddock de l’Autodromo Enzo e Dino Ferrari, la Balance de Performance était au cœur des discussions ce jeudi matin 16 avril 2026.
Réunis autour de Bruno Famin et de Marek Nawarecki, les journalistes ont pu échanger sans filtre sur un sujet aussi technique que sensible.
« Le « Process BoP » est une démarche continue qui vise à fournir à chaque constructeur le même potentiel de performance à travers une approche à deux niveaux permettant de définir la puissance et le poids de chaque type de voiture, sur un circuit donné, » ont tenu à rappeler les instances dirigeantes.
BoP Hypercar : moins de transparence et un système revu pour 2026

De gauche à droite : Marius Louvet (directeur de la communication du WEC), Bruno Famin (En charge des aspects techniques et sportifs des championnats de l’ACO) et Marek Nawarecki (Responsable du département circuit à la FIA, en charge notamment des réglementations et de leur application en endurance (dont le WEC)
Si la structure de la Balance de Performance reste inchangée, toujours basée sur les paramètres d’homologation et une “rolling BoP”, son application évolue nettement pour 2026. Sélection plus fine des courses, traitement des données affiné et communication volontairement réduite : ce sont désormais dans ces ajustements que se joue l’évolution du système.
Pourquoi les chiffres ne sont plus publiques ?
C’est un changement fort, presque politique : les tableaux détaillés de BoP ne sont plus publiés. Une décision loin d’être anodine, que Bruno Famin, désormais en charge des aspects techniques et sportifs des championnats ACO, assume pleinement.
« Le problème du tableau, c’est que les choses ne sont pas comparables. Les circuits ne sont pas les mêmes. Et surtout, pour comprendre, il faudrait avoir les paramètres d’homologation. Et ça, on ne peut pas les communiquer. »
« Si tu n’as pas le point de départ […] on ne peut pas comprendre, on ne peut pas recalculer. […] Les constructeurs, eux, mettent une armée de mecs pour comprendre comment ça a été fait. Est-ce qu’il vaut mieux filer des chiffres que les gens ne peuvent pas comprendre ? […] C’est un peu de la fausse transparence. »
BoP Hypercar : moins de transparence et un système revu pour 2026
Une nouvelle base technique : le socle de toute la BoP
Souvent reléguée au second plan, l’homologation constitue pourtant le socle de toute la BoP. Avant même la moindre correction dynamique, chaque voiture est caractérisée dans ses fondamentaux.
Bruno Famin détaille ce premier niveau :
« On commence par l’homologation de la voiture […] on va caractériser les paramètres de perfo d’ordre 1 : la hauteur de centre de gravité, l’aéro bien sûr, 2 roues motrices, 4 roues motrices […] la conso spécifique du moteur. […] Une fois qu’on a toutes ces paramètres d’homologation, on va compenser ça avec un peu de masse, un peu de puissance de manière à ce que sur un circuit donné tout le monde ait le même potentiel de performance. »
Pour 2026, cette base a été entièrement recalibrée : « Tout le monde est repassé en soufflerie de manière à refaire une base propre, tout le monde dans la même soufflerie à Windshear. Il y a pas mal de gens qui en ont profité pour faire des Evo plus ou moins grandes au niveau de l’aéro. Mais néanmoins, ça reste la fenêtre de perfo […] elle est étroite. Ce n’est pas des Evo de la lune. Nous on connaît les écarts des paramètres d’homologation entre 2026 et 2025, qui ne sont pas énormes. Même si tu as changé tout ton bodywork, ça ne fait pas forcément des écarts énormes. […] On les connaît, on les caractérise. »
2025 : un système qui n’a pas tout bien fait
Derrière cette évolution, il y a un constat partagé entre l’ACO et la FIA : le système 2025 n’a pas fonctionné avec une domination de Ferrari sur le début de saison. En fin de saison dernière, Pierre Fillon reconnaissait déjà, auprès d’Endurance24 à Fuji, que le processus n’avait pas fonctionné comme attendu et qu’une refonte était nécessaire.
Bruno Famin, qui avait alors vécu la situation en tant que patron d’Alpine Motorsport, le reconnaît :
« On apprend au fur et à mesure. […] Il y a des choses qu’on a faites en 2025, on s’est dit après coup qu’on aurait pu mieux les faire. C’est le processus normal d’amélioration continue. Sao Paulo n’a pas été la meilleure course de l’année […] on n’est pas en train de dire qu’on a fait tout bien. On peut toujours faire mieux.
Je pense que là, on a pris en compte justement ce début de saison 2025 pour adapter et améliorer le système de rolling bop de manière à être meilleur et avoir une meilleure identification du travail réalisé, enfin des performances réalisées dans les courses passées. »
Une “rolling BoP” plus fine… et plus difficile à lire
Le cœur du système repose toujours sur la fameuse rolling BoP, supervisée conjointement par l’ACO et la FIA. A l’issue de chaque course, le potentiel de performances des voitures est réévalué à partir des données issues des courses précédentes les plus représentatives.
Ces données sont triées et retraitées afin de standardiser les points de comparaison et disposer ainsi d’une base de données aussi pertinente que possible. Des corrections supplémentaires du poids et de la puissance sont appliquées afin d’intégrer des écarts de performance potentiels observés en piste.
Mais celle-ci évolue sensiblement. « On choisit un certain nombre de courses représentatives […] il y a tout un travail assez énorme de traitement des données de manière à conserver un certain nombre de tours les plus représentatifs possibles de la performance. […] On nettoie pour avoir une base de données aussi représentative que possible. Donc on enlève les courses qui ne sont pas représentatives et on prend les meilleures. On a pris un panel de courses […] qui ne sont pas forcément les mêmes pour chaque constructeur. […] C’est pour ça qu’on ne dit pas lesquelles, ni combien. »
Entre équité sportive, compréhension du public et protection de l’image du championnat, la BoP reste plus que jamais un exercice d’équilibriste.
Florian DEFET
Photos WEC – RACINGSHOOTS
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