Cher Jean Pierre,
C’est avec beaucoup d’émotion, de souvenirs et de tristesse que je prends la plume aujourd’hui pour vous rendre hommage. Au professionnel avec qui j’ai eu l’honneur de travailler à l’ACO (Automobile Club de l’Ouest), mais à l’homme aussi.
Retracer en quelques lignes votre carrière relève la gageure tant celle-ci a été riche et variée !
Né à Marseille en 1940, vous avez ensuite grandi à Sanary dans le Var, avant d’entamer vos études dans l’ingénierie. Diplômé officier mécanicien de Marine, vous avez d’abord effectué vos premières navigations à bord du porte-avions FOCH durant votre service militaire.
Ce fut ensuite 4 années, toujours en tant qu’officier mécanicien, à sillonner les océans, cette fois pour la marine marchande et plus spécialement sur des cargos et autres bananiers transportant surtout des denrées périssables.
Cette formation vous a inculqué très tôt et pour toujours le goût de l’engagement, de l’exactitude, de la ponctualité et de la rigueur, qualités qui ne vous ont jamais quittées.
Cette formation et ce début de carrière, loin de l’asphalte et du tumulte des évènements de sports mécaniques, ne laissaient en aucun cas présager la suite de votre parcours.
Et pourtant, plus tard c’est bien dans ce domaine que vous vous êtes particulièrement affirmé, et peut être aussi épanoui, entrainant dans votre sillage les équipes d’organisation, de la plus grande course d’endurance du Monde, les « 24 Heures du Mans »
C’est en effet grâce à un concours de circonstances que votre oncle, Jacques FINANCE, administrateur de l’Automobile Club de l’Ouest, vous propose, en 1967, de rejoindre le personnel du grand club automobile manceau.
Embauché comme Attaché de Direction, vous devenez très vite passionné et dès l’année suivante, vous êtes nommé Secrétaire Général en charge des sports.
Parmi vos premières missions vous devez faire face au déménagement du siège de l’ACO situé centre-ville à la tribune principale du circuit, en 1968.
Cette même année votre premier grand défi est de taille car en raison des évènements de mai, l’épreuve est reportée en septembre, report qui entraîne son lot habituel de difficultés en tout genre.
Parmi vos nombreuses réalisations, on vous doit, cher Jean-Pierre, ainsi qu’à l’équipe dirigeante de l’époque, la diversification des épreuves de sport mécanique, grâce aussi, notamment, à la création du circuit Bugatti, peu de temps avant.
C’est ainsi que sont nés, entre autres, les 24 Heures Motos en 1978, Le Dragster festival organisé par Gilles GAIGNAULT et Philippe DEBARLE en 1980, les 24 Heures Camions en 1981, l’épreuve de Formule 3000, sans compter le GP de Formue 1 en 1968 et les Grand Prix de France motos en 1968 et 1969.
Vous avez imprimé de votre marque toutes ces épreuves et avez su réunir autour de vous, une petite équipe motivée et fidèle.
Vous étiez un homme d’action mais aussi de réflexion. Avec l’apparition des retransmissions en direct, à la télévision des grands évènement sportifs, vous avez été parmi les premiers à dénoncer et à lutter contre l’affairisme de quelques-uns.
C’est ainsi que les organisateurs ont pu conserver une certaine autonomie des évènements qu’ils avaient souvent créée eux-mêmes au prix, souvent, de lourds sacrifices.
Pourtant, vous avez aussi réussi à gérer, avec pragmatisme et réalisme, ce tournant indispensable à l’hyper médiatisation du sport de haut niveau.
Derrière le Secrétaire General de l’ACO, puis le Directeur des Sports que vous êtes devenu, il y avait aussi, naturellement, l’homme.
Celui que j’ai connu, qui inspirait le respect, en même temps que l’adhésion.
Vous étiez marié à Annick et avez eu trois enfants, Yann, l’ainé, puis Pascale et Gaelle.
Vous avez résidé pendant de nombreuses années à proximité de la petite ville de la SUZE, près du Mans puis la retraite venue, à Auray le pays de votre épouse.
Parmi les qualités dont vous faisiez preuve, et que tout le monde reconnaissait, il y avait tout d’abord cette réserve, naturelle et permanente.
Vous étiez un homme pudique, qui ne se confiait pas facilement… un homme de conviction, qui ne lâchait rien, tout en restant toujours aimable.
Malgré les nombreux tourments dus aux responsabilités de votre position, vous restiez de marbre.
Cette attitude vous faisait passer pour un homme très calme. D’ailleurs votre indicatif radio n’était – il pas « Calmos » ?
Pour autant, et pour ceux qui vous connaissaient bien, ce calme feint avait pour but, non seulement de calmer le jeu quand cela était nécessaire, mais aussi d’apaiser toutes situations, fussent-elles les plus scabreuses et conflictuelles possibles.
En dehors de votre activité professionnelles, vous avez aussi eu un parcours peu commun au sein des fédérations sportives, surtout à la Fédération Française de Motocyclisme et à la Fédération Internationale.
A titre bénévole, vous avez été élu Premier Vice-Président de la FFM, mais aussi, Vice-président de la Commission des Courses sur route de la Fédération Internationale.
Mais, au-delà de tout cela, vous étiez avant tout l’homme que certains d’entre nous ont eu le privilège de connaître et de côtoyer, un chef, mais aussi un ami.
C’est cet homme-là qui restera dans nos esprits, mais aussi dans nos cœurs.
Je voudrais naturellement, avec toutes mes condoléances adresser mes plus amicales pensées à Annick et aux enfants, Yann, Pascale et Gaële.
Puisse, cher Jean-Pierre, votre exemple nous inspirer pour longtemps encore.
Reposez en paix.
Jean-Marc DESNUES. Le 24 mars 2026
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