Ce Dimanche 18 Septembre 2022 , il est 14h38 lorsque Erwan Nigon, le leader, laisse le guidon de la Yamaha Viltaïs Igol N°333, à Florian Alt pour les dernières boucles d’un double tour d’horloge de folie…Erwan est très agité et n’est pas sûr de s’être bien fait comprendre lorsque qu’il cria à son équipier les risques d’une trace d’huile sur la piste du circuit Paul Ricard. L’enjeu de la victoire au Bol d’or est énorme et un tour d’avance c’est trop peu, quoique suffisant pourtant si proche du but!
Le doute, il n’y a rien de pire même à 38 ans, pour cet homme d’expérience, déjà sacré Champion du Monde de la discipline en 2019 avec l’équipe Kawasaki, double vainqueur des 24 heures du Mans en 2014, avec le SERT Suzuki et en 2019 avec Kawasaki.Erwan sait mieux que tout le monde que tout peut encore arrivé en endurance jusqu’au dernier virage. Il a vu cette Yamaha Viltaïs cassé son moteur lors de l’ultime rendez-vous des 6 heurs de Most en 2021 alors qu’elle disputait le titre à la Yoshimura SERT!Il sait aussi que la victoire des 100 ans du Bol d’or est la plus belle récompense dont tous les pilotes rêvent et ce pourquoi il a signé début janvier en intégrant cette équipe Auvergnate d’origine, comme lui d’ailleurs.
Erwan voulait ainsi donner un nouvel élan à sa carrière et aujourd’hui il est en passe d’atteindre le ‘Graal. La scène pathétique n’échappe pas à Yannick Lucot qui quitte son poste de commandement depuis lequel il s’entretenait avec Eric De Seynes, le PDG de Yamaha Motor France.Yannick qui dirige cette équipe Viltaïs, va d’une phrase et d’un simple geste de main sur la nuque de son pilote, encore casqué, apaisé son anxiété :” Oui, il a très bien entendu ta consigne Florian “
Le manager convie son pilote à venir se détendre à l’ombre des regards des journalistes venus en masse capter l’évènement de ces ultimes boucles qui décideront des 85èmes vainqueurs de ce Bol d’or crée en 1922, il y a un siècle donc !
La malédiction se serait-elle emparée de ce centenaire ? Nous pouvons nous le demander car chaque nouveau leader depuis le départ la veille samedi à 15 heures, a vu ses espoirs de victoire, partirent en fumée … avec des casses à répétition en série et ce, tant en catégorie Mondial EWC qu’en Superstock!!!Telles (photo) la Yamaha de l’écurie Autrichienne duYART ou la Suzuki de l’équipe Yoshimura SERT !Les mécaniciens Ducati qui étaient en train de remettre le moteur en fonction depuis 12 h35, poussent cette belle Panigale N°6 hors du box. David Checa en pleurs a retrouvé la concentration nécessaire pour reprendre la piste et peut-être finir malgré tout à la sixième place!
L’autre Yamaha, la N°77 du Wojcik racing qui avait succédé à la Ducati en tête de la course a cassé sa chaîne primaire et ne peut pas théoriquement combler son tour de retard sur la Viltaïs, d’ici le drapeau à damier…et se contenter de la seconde marche du podium.La Kawasaki Webike SRC N°11, va donc hériter de la troisième place. Elle fut retardé en début de soirée samedi par un long changement de faisceau électrique, mais les pilotes n’ont pas couché les pouces afin d’offrir une dernière fois un podium au préparateur Gilles Stafler, dont l’heure de la retraite va bientôt sonner.Honda va, sur la lancée de la victoire aux 8 heures de Suzuka, rafler le titre mondial EWC à l’équipe Suzuki Yoshimura SERT, avec sa quatrième place suffisante mathématiquement mais peu glorieuse suite aux ruptures récurrentes des lignes d’échappement.Tous les favoris voulaient tellement cette victoire du siècle que certains ont peut-être trop forcé sur la mécanique sur une ligne droite du circuit Varois du Paul Ricard, très exigeante …La pendule de la passerelle affiche 14h50.Yannick Lucot n’aime pas voir les hommes et les femmes en souffrance dans son équipe et dans la vie en général.
Depuis 2003, il est également le directeur de la structure Viltaïs Racing division. Cette association, liée à l’Union Nationale pour l’Habitat des Jeunes (UNHJ) , un mouvement d’éducation populaire implanté dans 250 villes, qui bénéficie du soutien de l’état et de la FFM (Fédération Française Moto), via son label ‘Moto Education Insertion.En redonnant aux plus précaires un rôle de citoyen actif, notamment au travers du sport moto, ce pôle, initié par Yannick Lucot, a pour objectif d’immerger les jeunes dans un projet où chacun peut développer à la fois son savoir-faire et son savoir-être.Et cela fonctionne en course car lorsque la 333 rentra d’une manière impromptue à 00h02 dans son stand, Yannick Lucot ne bougea pas de son poste mais laissa intervenir les mécanos pour changer le pneu arrière crevé, refaire le plein même après trois tours seulement déjà effectués. Ainsi, Florian Alt, pu reprendre sereinement la ronde, là ou d’autres écuries auraient répondu à ce fait de course par une excitation désespérée, poussant à la faute le pilote, lors de la reprise.
C’est à ce genre de détails que l’on comprend une partie du succès de cette équipe arrivée en Superstock en 2010 et qui fut Championne du monde FIM de cette catégorie, en enlevant la World Cup de la saison 2016/2017.Elle franchit le grand saut en Mondial EWC ensuite, avec une 3ème place aux 8Heures d’Oschersleben 2019, trois 5èmes rangs au Bol d’or, aux 24 heures du Mans et lors des 12Heures d’Estoril 2020. En 2021, la Yamaha Vitaïs terminant 8ème des 24 Heures du Mans, 4ème des 12 Heures d’Estoril, 6ème au Bol d’or et se classant au Championnat du Monde d’endurance EWC, à la quatrième place.
En janvier dernier, Erwan Nigon déclarait:” Nous avons avec mes équipiers Steven Odendaal, vice-champion du monde Super sport 2021 et Florian Alt, un bon plateau de vitesse et d’expérience avec l’espoir de terminer dans le Top 5, en tant que meilleur privé, mais avec trois courses de 24 heures (Le Mans , Spa et le Bol d’or) au calendrier, nous devons encore viser plus haut “.
Et il ne croyait pas si bien dire, car neuf mois plus tard, Erwan crie de toutes ses forces au 718ème et ultime passage de la Yamaha 333, qui remporte ce Bol d’or 2022 mais également une troisième place au Championnat du Monde EWC, grâce à sa 6ème place acquise lors des 24 Heures de Spa, l’été dernier.Erwan Nigon qui nous confiait encore:” J’ai déjà deux victoires au Mans mais il me manquait le Bol pour être satisfait de ma carrière. En Janvier, cela pouvait paraître un pari mais la vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain et l’endurance, c’est exactement cela, car on ne sait jamais ce dont l’avenir sera fait. C’est clair c’est la course du siècle “
Sur le podium du circuit Paul Ricard, les trois premiers équipages portaient haut les casquettes jaunes Dunlop, la firme qui signe un sensationnel triplé, avec outre la Yam 333, la Yamaha Wojcik N°77 seconde et la Kawasaki SRC N°11, face au Japonais Bridgestone, l’équipementier du Yoshimura SERT, de la Yamaha Yart et de la Honda FCC, et au manufacturier Italien Pirelli, qui équipait la Ducati N°6.Le fort Mistral qui soufflait sur Le Castellet avec des températures d’une dizaine de degrés la nuit peut expliquer le triplé de Dunlop.Une chose est certaine, Bridgestone a marqué le pas face à Dunlop et Pirelli dès le début de course également.
Sitôt la célébration de la victoire de son équipe Yamaha Viltaïs Igol au Bol d’or, Yannick Lucot (photo) – félicité par le team-manager de Honda – se confiait très aimablement pour Autonewsinfos. Tenant à préciser sa pensée immédiate, qui nous allait naturellement droit au cœur :” Tout d’abord avec cette victoire au Bol d’or, j’ai une grosse pensée pour Alain Monnot, paix à son âme, car s’il y a quelqu’un qui a cru en nous, quand nous avons débuté en endurance, c’est lui et il portait aussi des valeurs humanistes “.Rappelons que notre ami Alain Monnot disparu en Octobre 2020, a collaboré bénévolement, assurant la rubrique endurance moto et bien d’autres, depuis la création à l’automne 2008, par Gilles Gaignault du site Autonewsinfos, et qu’un lien très fort, le liait à Yannick Lucot, de part leurs actions communes sur le partage et l’entraide auprès des jeunes.
Autonewsinfos : En début de course , du bord de la piste nous pouvions voir Erwan Nigon qui ménageait extraordinairement sa monture . Il appliquait vos consignes ?Yannick Lucot : ” Bien sûr ! Les consignes du départ étaient de ne pas se mêler à la bagarre, qui de toute façon aurait lieu. Nous avons fait notre course avec notre méthodologie, notre savoir faire. Après, oui nous avons bénéficié de ce que chacun a pu engrangé ou pas, mais encore une fois, ce sont les règles de l’endurance que l’on accepte ou pas. Il faut réduire au maximum les potentiels dommages que nous pouvons avoir et pour cela, il faut être très carré et très organisé, en respectant un ordre de marche avec les valeurs que nous partageons pour un objectif commun. “Autonewsinfos : Justement , cette victoire pour votre équipe est énorme ?Yannick Lucot : ” Encore une fois, ce n’est pas une démonstration, ni un aboutissement car nous n’avons pas fini l’aventure. En fait, c’est une forme de pédagogie et une façon également de montrer que ce sont peut-être des méthodes décalées mais sincèrement et foncièrement humaines. Pour moi, la richesse d’une entreprise, d’une équipe, c’est d’avoir les hommes et les femmes qui la composent .”Autonewsinfos : Nous avons vu tous les leaders connaître des problèmes de motorisation, parler nous de celui de votre Yamaha ?Yannick Lucot : ” Le moteur avec lequel nous avons fait la course est un moteur stock qui est préparé juste comme il faut mais il n’y a pas d’apport supplémentaire. Nous partons avec des moteurs préparés par nos soins .”Autonewsinfos : Nous pouvions voir Eric De Seynes à vos côtés derrière le poste de commandement. C’est important d’avoir son soutien et celui de Yamaha ?Yannick Lucot : ” Bien sûr, c’est une vraie reconnaissance et c’est bien que l’on puisse apporter cette victoire à Yamaha. Je crois que nous ne mesurons pas encore l’importance des retombées de cet événement et puis tant mieux, car ça sert tout le travail de toute l’équipe .” [caption id="attachment_407429" align="aligncenter" width="828"]
YANN LUCOT Le manager de la YAMAHA VILTAIS VICTORIEUSE – Photo : Miche PICARD[/caption] Yannick Lucot, les yeux rougis par cette nuit blanche et l’émotion, repart avec sa pesante Coupe du Bol d’or sous le bras pour partager ce moment ‘historique car il l’est, avec son équipe.Encore une fois, l’endurance a choisi son vainqueur et les écuries représentant les usines auront tout l’hiver pour méditer cette superbe victoire d’un petit poucet, ma foi bien sympathique, qui est entré par la grande porte de la ‘ Légende Centenaire’ du Bol d’or, cette épreuve que l’on adore .Yamaha Viltaïs récolte aujourd’hui les petits cailloux semés depuis bientôt vingt ans, grâce à ses valeurs humanistes envers les plus précaires, capables de passer dans le monde des adultes … et de gravir les plus hautes marches des victoires les plus inaccessibles!Et pourtant les hommes de Viltaïs y sont parvenus…Chapeau et respect à la bande de Yannick Lucot Texte et photos : Michel PICARD
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<![CDATA[Les vainqueurs 2022 - Photo : Michel PICARD]]>











