INTERVIEW DE PIERRE GOSSELIN, PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DU SPORT AUTOMOBILE
Élu le 26 juin 2024, au titre de Président ‘Intérimaire (voir lien) de la FFSA (Fédération Française du Sport Automobile) en remplacement de Nicolas Deschaux, enrôlé par l’ancien pilote Jean Alesi, nommé Président de la société Excelis le 1er février 2023 – où il avait lui-même succédé à Claude Sage – Deschaux donc recruté comme nouveau Directeur du circuit Varois du Paul Ricard après le départ de son ancien patron, le très apprécié Stéphane Clair, le non moins apprécié, lui aussi Pierre Gosselin, a été ce mercredi 9 octobre 2024, été cette fois ‘ officiellement élu … Président de cette FFSA !L’occasion pour la rédaction d’Autonewsinfo (Gilles Gaignault-Charles Bernard Adréani et Jacky Foulatier) de faire le tour d’un certain nombres de questions que se posent bien des licenciés ! 1 – Compte tenu que l’Etat et les collectivités distribuent annuellement des sommes fortes importantes de subventions aux associations, la FFSA ne devrait elle pas être soutenue financièrement afin de pouvoir se positionner à leurs côtés pour participer dans le cadre scolaire à la formation à la conduite des enfants et des adolescents ?« Le sport automobile est bien plus que du sport. C’est une passion et un formidable outil d’éducation. Des conventions établies directement entre certaines Ligues et leur région et/ou département permettent justement de développer ce type de projets éducatifs. Par ailleurs, au travers des projets sportifs fédéraux (PSF) soutenus par l’Agence National du Sport, les associations sportives peuvent présenter des projets et bénéficier d’aides financières. C’est une réelle opportunité pour ces associations de décliner au niveau territorial les objectifs de développement de la pratique. En 2024, la FFSA a fixé au titre du PSF quatre objectifs prioritaires dont les actions visant à renforcer le rôle éducatif du sport automobile en incitant à la mobilité responsable (apprentissage des règles de bonne conduite et du respect sur la route notamment). De nombreuses associations ont ainsi pu bénéficier de moyens pour lancer leurs projets. 2 – Quelle est aujourd’hui la place de la France au sein du sport automobile mondial et de la FIA (Fédération Internationale Automobile) ?« La France est depuis toujours une terre de sport automobile. Nous sommes une des fédérations nationales les plus importantes. Sur le territoire, nos compétitions s’organisent d’année en année et sont d’un très bon niveau. À écouter nos voisins, nos championnats de rallyes, rallycross, montagne, auto-cross et drift sont parmi les plus beaux championnats nationaux qui existent. A l’international, nous sommes présents dans toutes les disciplines.Pilotes, constructeurs, écuries, team managers, la France est très bien représentée et très souvent en haut des classements. Le récent engagement du groupe de luxe français LVMH en Formule 1 est une excellente nouvelle qui envoie un bon message pour le sport automobile français. » 3 – Quoi qu’on en dise, et l’on s’en rend compte dès les premières années de pratique sportive du karting, les sports mécaniques sont extrêmement onéreux. Avez-vous des solutions pour parvenir à en diminuer sérieusement les coûts ?« Le travail mené pour le développement des Ecoles Françaises de Karting (EFK), tout comme pour les championnats Mini 60 et le Championnat Junior Karting, avec le tirage au sort moteur, sont des bons exemples des actions entreprises par la FFSA pour rendre la pratique plus accessible. Nous devons absolument veiller à l’équité et à la maitrise des coûts. C’est valable aussi en sport auto pour la première étape en monoplace, celle de la F4. Cela a toujours été et restera une préoccupation majeure pour la FFSA.» 4 – Quels sont les principaux axes sur lesquels vous allez faire travailler la FFSA afin de développer plus encore l’attrait du sport automobile en France au cours des prochaines années ?« Nous souhaitons une Fédération résolument au service de ses ligues, de ses associations et de ses licenciés. Cela commence par une administration à l’écoute, qui s’efforce de simplifier les processus pour faciliter la vie de nos acteurs. Nous voulons aussi encourager l’engagement des bénévoles et attirer les jeunes générations vers nos disciplines, en créant un environnement accueillant et dynamique pour eux. Nous portons une ambition forte pour l’avenir du sport automobile et du karting. Nous visons à rendre notre sport toujours plus accessible, en développant et en valorisant la pratique amateur, ce qui constitue le socle de notre passion. La FFSA Academy jouera un rôle clé dans ce domaine, en identifiant et en formant les élites de demain. Nous intensifierons également nos efforts de communication pour mieux faire connaître et valoriser les actions menées par notre Fédération. » 5 – Quel est l’impact économique du sport automobile en France ?« En 2023, nous avons initié conjointement avec la FFM (Fédération Française de Motocyclisme), et le soutien du Ministère et de l’Agence National du Sport, un baromètre économique et environnemental des sports mécaniques mettant en exergue l’importance de la filière des sports mécaniques qui représente à ce jour la 3ème filière économique et sportive en France, avec 1,6 milliards d€ de revenus directs et un impact total de plus de 3 milliards d’euros ! Alors, c’est une évidence oui, le sport automobile compte dans l’économie française. » 6 – Le sport automobile français a très bien vécu les dix années sans Grand Prix de France F1, de 2008 à 2018, et en quatre éditions le Groupement d’intérêt public a accumulé un déficit de quelque 30 millions d€. Est-ce à dire que la gestion d’un tel événement soit trop sérieuse pour la laisser entre les mains d’élus et d’institutions politiques ?« Nous savons que la clé est avant tout financière. Il ne s’agit pas de pointer du doigt une gestion d’événements. Nous avons tout pour accueillir à nouveau un Grand Prix en France, mais le problème reste financier. Seules, les collectivités locales ne peuvent pas assumer. Nous aurons à cœur de soutenir activement le développement de compétitions de renom et nous nous engageons à investiguer et à appuyer tout projet viable permettant le retour de la Formule 1 en France. » 7 – Quelles mesures la FFSA peut-elle mettre en œuvre pour encourager le développement durable dans les compétitions ?« Consciente que les impacts de notre pratique ne sont pas qu’économiques, nous avons souhaité, à travers le baromètre évoqué précédemment, dresser un bilan complet de l’impact environnemental de notre pratique. Et les résultats sont très positifs car sur les 1900 compétitions organisées chaque année, le roulage des pilotes ne représente que 5% des émissions totales de la filière, alors que 69% sont liées aux déplacements des spectateurs et des pratiquants. Surtout dû au fait que 60 % de nos épreuves sont organisées dans despetites villes qui n’offrent pas d’accès en mobilité durable. Nous devons ainsi prendre cela en compte dans la définition de notre trajectoire responsable. Celle-ci s’articulera autour de trois axes :Accompagner nos associations locales, s’appuyer sur la réglementation et les innovations pour diminuer notre empreinte carbone, et enfin travailler en étroite collaboration avec les organisateurs et les collectivités pour réduire le premier poste d’émission, les déplacements. » 8 – L’un des éléments clefs du succès de toute compétition est la forte présence du public. Mais en dehors des 24 Heures du Mans, des épreuves de véhicules historiques et de rares compétitions à quelques exceptions, rares sont celles qui font le plein. Compte tenu des contraintes techniques, financières et de contrôle du système d’entrées payantes, la FFSA ne pourrait-elle aider au concept de compétitions dont l’accès serait gratuit pour toutes et tous ?« Le Grand Prix Camions a accueilli 80.000 personnes, il y a quelques jours au Mans ! Et le Rallycross, l’Autocross, le Drift, font le plein à chacune de leurs épreuves, malgré un accès payant essentiel quant à la tenue de ces organisations. En rallye, comme très souvent en course de côte, l’accès est totalement gratuit et rassemble un large public de passionnés comme de curieux. Nous souhaitons conserver cette accessibilité pour permettre la découverte de notre pratique. » 9 – Pourquoi les prix des pneumatiques, dès le karting jusqu’au sommet du sport automobile national et international, que les concurrents sont souvent contraints d’utiliser dans un marché verrouillé de l’intérieur, sont-ils scandaleusement élevés alors que dans le même temps ceux de tourisme, même typés sport, connaissent de colossales évolutions tout en voyant leurs prix baisser régulièrement ?« Oui c’est vrai, les pneumatiques sont chers et prennent une part importante dans les budgets. Mais il faut être conscients qu’une partie du prix payé pour ces pneumatiques par les concurrents … revient aux organisateurs, assurant ainsi la tenue et la promotion des épreuves. Nous sommes conscients de ce sujet et comme déjà évoqué, nous avons à cœur de rendre notre sport toujours plus accessible. Nous travaillons en ce moment avec les constructeurs sur la création d’un nouveau groupe débouchant sur une voiture polyvalente, sûre et économique qui permettrait de faire du circuit, du rallye et de la course de côte. Cette voiture, montée avec des pièces de série et équipée de pneus de série, se veut résolument accessible et fiable. Nous veillerons à la maîtrise des coûts, à la fois pour l’organisation des épreuves et pour les participants. » 10 – Les Commissaires de piste portent sur leurs épaules une très lourde charge en matière de sécurité des concurrents, des spectateurs et de l’ensemble des intervenants lors d’une compétition. La FFSA ne devrait-elle pas songer à en professionnaliser une partie afin, qu’à chaque poste d’intervention figure au moins un professionnel de la sécurité ?« Une de nos priorités est d’encourager l’engagement des bénévoles et de les accompagner dans leur formation. Nous avons développé une nouvelle plateforme e-learning permettant l’accès à la fonction et nous allons maintenant développer la partie formation continue. Les nouveaux outils numériques vont nous permettre de le faire. C’est un chantier essentiel pour assurer l’organisation de nos épreuves. » 11 – Le kart étant la base du sport auto, celui-ci manque cruellement de communication et de promotion, ne serait-il pas possible d’envisager une journée du karting comme le font d’autres sports ?« Le kart loisirs nous échappe. Mais le kart en compétition est au cœur de nos réflexions. Nous avons accentué notre communication via les réseaux sociaux et lancé une vaste campagne de recrutement pour les Ecoles Françaises de Karting (EFK) en cette rentrée de septembre qui a remporté un franc succès. Nous allons continuer ! Effectivement pourquoi ne pas réfléchir à une journée dédiée au karting. Nous organisons depuis 1996 la rencontre nationale des Lycées dans la course, pourquoi ne pas envisager d’autres journées de ce type. » 12 – Comment va être géré le karting pour qu’il retrouve un nouvel élan, tant politiquement que sportivement ?« La pratique Karting est gérée par la Commission des Ligues de Karting. C’est une discipline à part entière du sport auto. Elle est gérée de la même façon. Parallèlement, l’accès au haut niveau par le karting est géré par la FFSA Academy, avec des objectifs fixés chaque année par le Ministère. Nous resterons très vigilants à la maîtrise des coûts et à l’équité, que ce soit pour la filière karting vers le haut niveau ou pour la F4. » 13 – Comment Le Sénat FFSA est-t-il composé ? Pourquoi n’y a-t- il pas de représentant du karting ?« Le Sénat est chargé d’examiner l’ensemble des questions d’ordres juridiques et statutaires que les Assemblées, le Président et le Comité Directeur entendent lui soumettre. Relève également de la compétence du Sénat l’ensemble des questions ayant trait à l’organisation et au développement du sport automobile et du karting dans les territoires des DROM-COM et de la Nouvelle-Calédonie. Il est composé d’un maximum de 10 membres, comprenant un Président et un ou plusieurs Vice(s)-Président(s), nommés par l’Assemblée Générale de la FFSA, sur proposition du Président de la FFSA. Le Président et les anciens Présidents de la FFSA sont membres de droit du Sénat et ont la qualité de Vice-Présidents. Enfin, les membres du Sénat ne sont pas des représentants spécifiques d’une discipline plus qu’une autre, mais avant tout des membres qualifiés et avisés qui ont toujours œuvré au développement de toutes les disciplines du sport automobile. » Propos recueillis par Gilles GAIGNAULT, Charles Bernard ADREANI et Jacky FOULATIERPhotos : FFSA – AUTONEWSINFO 









